(...) Quant à la maison de Mlle Bou, elle devint, à l'époque de la Restauration, la propriété de M. Fiéron qui, en raison, sans nul doute, de l'hôte illustre que Valence avait jadis abrité, avait reçu au baptême le prénom de Napoléon. Jusqu'en 1871, une plaque de marbre, apposée sur la façade, signalait aux passants que Bonaparte, aux débuts de sa carrière, avait habité là. Beaucoup d'étrangers considéraient cette maison avec respect ; quelques-uns s'enhardissaient jusqu'à demander à la visiter. Vers 1830, deux Anglais s'y présentèrent, de bon matin et sollicitèrent la faveur d'entrer dans la chambre de Napoléon. Un chroniqueur local qui a rapporté l'anecdote assure que la domestique à laquelle ils s'adressèrent, et que n'obsédait pas, probablement, la légende napoléonienne, répondit avec le plus beau sang-froid :
– Il n'est pas encore levé.
Les deux Anglais la regardèrent avec stupeur.
– Pas levé, s'écrièrent-ils. Mais il est mort depuis longtemps.
La servante eut un sursaut : pourtant elle se remit vite, et répondit avec assurance.
– Mort ! Napoléon ! Ah ! Par exemple ! Il se porte mieux que vous.
Les insulaires se croyaient déjà en possession d'un formidable secret politique, quand M. Fiéron, le propriétaire, qui avait entendu le colloque, se présenta, mettant ses bretelles.
– Messieurs, dit-il, cette fille a raison ; vous avez Napoléon devant vous... Seulement, c'est Napoléon Fiéron. (...)
