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27 mai 2023

LE MAUVAIS LIVRE (Jules Renard, 1890/1900)


· Réédition, 2016, L'arbre vengeur ·

(...) Peu importe, lecteur, que tu ne comprennes point Éloi devenu tout à coup symboliste. Il n'a aucune sorte d'estime pour toi. Si tu lui dis « Je ne comprends pas ! » ses mains se frottent d'elles-mêmes, et s'il lui arrive de se comprendre, il n'est plus fier.
    C'est pourquoi il veut, infatigable, toujours aller à l'obscur, vers du plus obscur encore. Aveugle, il jetterait, la nuit, sur un tableau noir, les lettres retournées de mots sans suite.
    Or, il surprend sa gentille amie en larmes.
    – Oui, dit-elle, il faut que je t'ouvre mon cœur. J'ai trop de chagrin. Je lis tout ce que tu fais. Je le relis en cachette, mon Petit Larousse sur les genoux. Va, je travaille ; souvent ma tête éclate. Et je peine vainement. Impossible de traduire une ligne. Je suis donc bien bête ! J'en crierais ; je serais si heureuse de deviner quelquefois. Je t'aime tant !
    Elle pleure comme une source pure.
    Éloi lui baise les mains, et, presque vaincu, appuie son front sur l'épaule de son amie, mais pour le relever soudain, avec orgueil et défi.
    Il mourra avant d'oublier cette minute où il faillit, à cause de sa gentille amie, perdre, d'un coup, tout le talent qu'il a de ne pas écrire en français.
(...)

07 octobre 2022

SENS DESSUS DESSOUS (Raymond Devos, 1976)


· Réédition, 1989, Stock ·

(...) On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C'est difficile  de juger. Moi, j'ai longtemps donné raison à tout le monde. Jusqu'au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc, j'avais raison ! Par conséquent, j'avais tort ! Tort de donner raison à des gens qui avaient tort de croire qu'ils avaient raison. C'est-à-dire que moi qui n'avais pas tort, je n'avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu'ils avaient tort. J'ai raison, non ? (...)

18 septembre 2022

LES AVENTURES DE RONCHONOT (n° 2136 à 2141, 1938/39)


· Édition originale, 1938/39, A. Buniet ·

(...) – Ah ! voyez-vous, l'canon a des effets désastreux pour beaucoup d'personnes. Son bruit affecte les oreilles des uns, l'estomaque ou les intestins des autres.
    Aussi, je vais vous raconter une anecdote :
    Moi qui vous parle, j'ai connu un home qui, à la suite d'un coup d'canon, a eu les boyaux du ventre détériorés pour tout l'restant d'ses jours.
    Ça lui
causa d'sales ennuis et des histoires abracadabrantes, comme vous allez voir, car il devint à charge à son prochain, aux autres et à lui-même.
    Dieu, qui protège la France sur les pièces d'monnaie, s'dit un soir, en retirant ses sauchettes, qu'les Français étaient des êtres un peu ballots pour s'laisser gouverner d'puis dix-huit ans par un idiot comme Napoléon III, et qu'en conséquence de c'lui-ci ils avaient besoin d'une leçon soignée.
    Il jeta en 1870 un peu d'huile diplomatique su l'feu qui couvait entre la France et l'Allemagne, et aussitôt la guerre éclata.
    A l'époque dont s'agit, l'grand-du d'Gérolstein était cap'taine des uhlans.
    Il entra en campagne dès la déclaration d'la guerre et il espérait bien rapporter des boisseaux d'croix, des charretées d'honneurs, lorsqu'il lui arriva une aventure qui devait faire l'malheur de toute son existence.
    Au premier coup de canon qu'il entendit, commença à foirer comme une pomme cuite.
    Vous devinez combien il devait s'trouver bien à cheval avec un cataplasque d'cette nature au derrière.
    L'soir, quand l'grand-duc put enfin mettre pied à terre, il changea d'caneçon, d'culotte et, le lendemain, il se remit en tête d'son escadron.
    Mais, scrongnieugnieu, v'là qu'au moment où il s'y attendait l'moins, sa foire le reprit avec une intensité vraisemblablement r'marquable, et c'pendant on n'tirait pas l'canon.
    A partir de c'jour, il alla sous lui comme une passoire sans qu'il lui fût p'sib'e d'prévoir l'moment pissaulogis.
    Dans une situation aussi putride n'pouvait plus demeurer sur son cheval, il s'abîmait les fesses au point qu'elles n'avaient plus figure humaine, sans compter qu'il empuantissait tous ceux qui l'entouraient. D'Gérolstein s'vit donc obligé d'donner sa démission, s'retira dans son duché et vécu tristement dans l'château d'ses ancêtres où il appela toutes les célébrités médicinales à seul fin d'tarir la source de ses infirmités.
    Mais aucun docteur n'comprit quéque chose à son foutu cochon d'cas qui s'aggravait chaque jour, au point qu'on avait été obligé d'fabriquer pour c'pauv'e duc un costume et des chaises spéciales.
(...)

13 septembre 2022

LA MALLE D'AMOUR (Harry Kover, 1930)


· Édition originale, 1930, Collection Gauloise ·

(...) Les deux gendarmes avaient posé leur main militaire sur l'épaule du baron :
    – Au nom de la loi, je vous arrête. Vous allez passer la journée au clou !
    Tandis qu'ils opéraient ainsi, ils tournèrent le dos au panier. Alors, deux hommes robustes surgirent de derrière les feuilles te empoignèrent la malle par les anses.
    – A la gare du Nord, ordonna la voix sépulcrale de la victime.
    Les gendarmes prêtèrent l'oreille :
    – Ah ! Ah ! voilà une bonne piste.
    Ils se frottèrent les paumes :
    – On va prévenir le procureur que l'assassiné se fait conduire à la gare du Nord.
    Et avec une juste sévérité, ils entraînèrent l'inculpé.
    La baronne suivait en se lamentant. Josuette avait allumé une nouvelle cigarette. Elles suivirent leur mari et père, mais devant la massive porte du clou, elles durent s'arrêter.
    M. de la Rumichel demeurait impassible, froid comme un particulier qui se sent la conscience légère et le ventre sans pli.
    Le brigadier hésita dix secondes, puis se décida :
    – On va vous fouiller, au moindre signe de résistance on vous passera à tabac, ensuite on vous donnera la médaille des bons serviteurs pour compenser.
    Mais le baron n'offrit aucune résistance ; il ne portait d'ailleurs que son gilet par-dessus sa chemise de nuit, ses jambes étaient nues, ses pieds se chaussaient de pantoufles en peau de zébie.
    Au premier contact, le brigadier sentit un objet contondant et du gousset du gilet il extirpa, un canif, un bout de ficelle, des brins de tabac.
    Il eut une exclamation de triomphe :
    – Le crime est évident.
    Il montra le canif :
    – Voilà l'arme du crime...
    Il leva le bout de ficelle :
    – Vous avez attaché votre victime avec ce qui manque à cette corde.
    Il brandit la punaise :
    – Vous aviez cinq punaises dans votre poche, les quatre autres ont servi à placer l'étiquette sur le panier.
    Il prit un temps, sa moustache frémit. Ses yeux lançaient des éclairs.
    – Avouez ou je vous casse la gueule !
    – Je suis innocent ! rétorqua le baron avec dignité. Labille est un galapiat !
    Le brigadier pâlit, il essaya un autre moyen :
    – Allons, avouez mon cher ami, avouez, je vous paierai la goutte.
(...)

04 avril 2022

SANS VOILE (Jean d'Albans, 1931)


· Édition originale, 1931, Collection Gauloise ·

(...) Que s'est-il passé ? L'ancre du radeau a-t-elle chassé ?
    Le moment n'est pas d'en chercher les causes mais d'essayer de regagner cette terre dont un courant marin nous éloigne de plus en plus :
« Ah ! m'écriai-je ! Si seulement nous avions une voile, la brise souffle vers la terre !  » Une voile ? Où en dénicher une ! Il n'y a même pas une bêche dans la resserre. Doudou l'explore sans en trouver. Mais elle reparaît par l'écoutille avec la boîte où Baptistin tient son fil et ses aiguilles.
   
– Voilà, dit-elle, de quoi coudre une voile.
    – Coudre ! C'est bientôt dit. Mais coudre quoi ?
    – Nos maillots de bain, donc ! cria Doudou !
    Tonnerre ! Comment n'y avais-je pas pensé !
    Je donne aussitôt l'exemple en enlevant mon caleçon et en criant à mes compagnes d'en faire autant. Pressées par le danger, elles m'imitent toutes, sauf une, la pudique miss Boolott qui gémit :
    
« Mais alors nous allons nous montrer sans voiles ! »
  
« Au contraire ! m'écriai-je avec impatience. Nous allons en avoir une » et j'invite les autres à dépouiller de force la récalcitrante de son ample maillot. Elles en viennent à bout malgré sa résistance. Vite ! Vite ! Toutes celles qui savent tenir une aiguille se pressent de découper et de coudre ensemble ces étoffes disparates de façon à obtenir suivant mes indications une voile triangulaire.
   
« Fort bien, fait remarquer Doudou dont le corps se manifeste comme celui d'un éphèbe à la peau délicate, mais où trouver le mât. Avez-vous la prétention de le fournir comme ça, tout de go ? » (...)

10 décembre 2021

BÉRU-BÉRU (Frédéric Dard, 1970)


· Édition originale, 1970, Fleuve Noir ·  Pour adultes 

(...) On roule un moment en direction des faubourgs. J'aime les faubourgs italiens. Ils n'ont pas la tristesse grise des nôtres. Au contraire, ils sont pétants de vie et d'allégresse. L'humanité dégouline sur les trottoirs. Ça sent la friture, la vinasse, le safran. Ça sent l'enfance joyeuse. Le bébé qu'on vient de faire ! Celui qu'on va fignoler tout à l'heure. La pauvreté y semble source de joie. Ils sont pleins de grosses femmes volubiles, de vieillards édentés, de mâles en chaleur. Y'a des beignets partout, du poisson frit, de la tomate. Et puis des gosses, surtout ! Jaillissant de tous les orifices de la rue, des gosses sales et beaux, barbouillés de rires. Y'a plus que les Italoches qui soient encore un peu vivants en Europe. Ailleurs, c'est fini, ça s'éteint dans des oxydes de carbone. Même en Espagne. Une grande ombre accablante s'étale sur le vieux continent. (...)

29 novembre 2021

PRINCESSE NICHONNETTE (André Chandor, 1929)


· Édition originale, 1929, Collection Gauloise ·

(...) Ce matin-là, Hilarion XIV, roi de Boulimie, se réveilla de fort méchante humeur. En jouant à le belotte la veille au soir avec son valet de chambre – que voulez-vous, quand on est roi, les distractions ne sont pas très nombreuses – Sa Majesté avait perdu les derniers trente-cinq francs qui lui restaient sur ses petites économies personnelles. Or, deux jours plus tôt, son grand trésorier lui avait signifié qu'il ne pouvait plus lui lâcher un "radis" (monnaie du pays qui ne vaut guère plus que notre franc actuel) jusqu'à la fin du mois.
    D'autre part, l'accorte et jeune camériste qui était chargée depuis un mois déjà du réveil de l'auguste souverain, avait filé, la veille, avec un acrobate roumain venu en représentation de gala au palais, à l'occasion des dix-huit ans de la princesse Viviane. Or, pour des raisons qu'il ne nous appartient, ni à vous ni à moi, d'approfondir, Hilarion XIV appréciait tout particulièrement la manière aimable qu'avait cette jeune fille de chambre de le faire passer du rêve à la réalité.
(...)

18 novembre 2021

UN P'TIT MODÈLE (René Virard, 1927)


· Édition originale, 1927, Collection Gauloise ·

(...) – Je te dis que tes seins tombent, Kiki ; moi je te dis que tes seins tombent. Bien sûr ! ça ne se voit pas quand tu es habillée. Mais tes seins dégringolent.
    Celle qui devait s'appeler Kiki dans l'intimité, une grosse rousse elle aussi, attrapa son corsage à pleines mains :
    – Mes seins tombent ? Répète-le un peu que mes seins tombent ?
    – Je te dis Kiki que tes seins dégringolent !
    Des boutons giclèrent contre les glaces, de l'étoffe se déchira : poussée à bout, Kiki exhiba deux seins lourds, voluptueux, auréolés de brun, qu'elle soupesa comme une matronne qui choisirait des courges :
    – Je te souhaiterais d'en avoir toute ta vie des pareils, mon petit...
    – Pour me servir d'oreiller, ou de traversin ?
    Kiki ne répondit pas : le gérant de la brasserie se précipitait, la serviette en bataille, en criant au scandale. Il intima l'ordre à toute l'équipe d'avoir à quitter la maison séance tenante. Une maison si tranquille !
    Kiki renveloppa ses tétons, mais pour se venger, avant de franchir le tambour de la porte, aux applaudissements de tous, elle releva ses jupes d'un geste preste et exhiba au nez du gérant un visage sinon souriant, du moins assez joufflu pour avoir l'air de se payer sa tête.
(...)

07 novembre 2021

LES VACANCES DE BÉRURIER (Frédéric Dard, 1969)


· Édition originale, 1969, Fleuve Noir · 
Pour adultes 

(...) – Et marie-Marie ? m'inquiété-je soudain, réalisant l'absence de la gosse.
    
– Elle est à la salle à manger des enfants, renseigne Berthe. C'est une gamine déjà trop délurée que la fréquentation des grandes personnes ne lui vaut rien.
    Y'a des mots qui tisonnent le destin. Comme la Baleine profère les ci-dessus, on perçoit un fracas de verrerie pulvérisée dans les régions avoisinant la salle à manger. On croit que c'est un accident de cuisine. La maladresse d'un serveur. Mais dans le fond de la pièce, une porte à doubles battants
s'ouvre à la volée, et un serveur surgit en titubant. Il a un Saint-Honoré écrasé sur la figure, un seau à champagne en guise de casque et il marche au radar, mains en avant, dans la position du médium en charge. Des rires juvéniles fusent d'au-delà des portes qui n'arrêtent pas de battre en contrariété. Le maître d'hôtel principal, un beau personnage grave et grisonnant, avec des épaulettes d'or, se précipite sur le loufiat crémeux et l'aide à se décasquer.
   
L'autre ressemble à un skieur après une chute dans de la profonde. Il regarde autour de lui, réalise qu'il s'est gourré d'issue, mais n'en explose pas moins :
    
– Je donne ma démission, glapit-il, des mômes pareilles, c'est pas tenable !
   
– Je suis sûre que c'est ma nièce, nous confie Berthaga en fonçant.
    Elle réapparaît deux minutes plus tard, en poursuivant Marie-Marie. La môme trace entre les tables pour échapper à la fureur tantesque.
(...)

31 octobre 2021

METHUEN'S LIBRARY OF HUMOUR (Harry Graham, 1934)

 
· Édition originale, 1934, Methuen & co ·

Quand grand-mère avait dix-sept ans
Et que régnait la reine Victoria,
Elle portait des robes d'alépine
Et l'on célébrait sa beauté ;
Elle épousa grand-père (pourtant
Elle préférait un autre prétendant
Qui jouait du piccolo)
Parce que c'était son devoir
Et non pas, soyez-en certain, parce qu'
Elle savait combien il était riche.
(...)
[Traduit de l'anglais]