(...) Le patron de la petite goélette cracha au sol : quelque chose de gluant, de noir, de malodorant : tabac à chiquer, alcool et piments. Il toisa le métis des pieds à la tête. Il était connaisseur d'hommes, le capitaine. On ne la lui faisait pas. Surtout pas un métis. Encore moins un métis comme Filippo. Il les connaissait tous, comme s'ils appartenaient à sa nombreuse progéniture grouillant un peu dans tous les ports où il avait passé. Ils n'étaient pas si nombreux cependant. (...)
29 décembre 2022
D'AMOUR ET DE PEUR (Juan de Linda, 1954)
21 mars 2022
TU GARDERAS TES BAS POUR MOURIR (Gérald Rose, 1951)
(...) Saïd eut un petit sourire qui mit à nu ses belles dents régulières, puis se pencha vers moi :
– Dis, madame Dédé...
– Je t'écoute...
– Tu peux toujours pas me donner le nom de l'assassin de mon frère ?
Je restai quelques secondes silencieuse. Puis saisie d'une inspiration soudaine, je répondis à Saïd:
– Peut-être !
– Ah ! haleta-t-il.
– Mais d'abord je te veux, chéri ! Donnant, donnant !
– Puisque je t'offre mille dollars !
– J'ai pas besoin de ton fric ! C'est toi qu'il me faut !
– Tu es drôle ! Qu'est-ce qui te plaît en moi ?
– Tout !
De nouveau Saïd devint cramoisi.
– Tiens ! fit-il. Tu me dis le nom de l'homme et tu as deux mille dollars !
– Ce n'est pas un homme !
– C'est une femme ?
– Oui !
– Je la connais ?
– Oui !
– C'est celle qui a eu peur de moi, l'autre jour ?
– Oui !
– Tu me le jures, madame Dédé ?
– Je te le jure, Saïd ! Va, je la hais autant que toi ! Elle a tué mon premier mari, après l'avoir torturé !
– Et tu ne l'as pas vengé ?
– Ensuite, c'est elle qui m'a fait enfermer dans cette maison où tu m'as trouvée !
– Et tu l'as laissée en vie ?
– J'ai jamais tué personne, mon pauvre petit ! Je crois que je saurais même pas !
Saïd me regarda longuement.
– Je te crois, madame Dédé ! fit-il. Je lis la vérité dans tes yeux ! Raconte-moi tout... Je te vengerai, en vengeant mon frère... (...)
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