(...) A peine nous étions-nous reposés une heure ou deux que le navire se mit à verser. Les cris et gémissements des premiers qui s'en aperçurent réveillèrent la plupart des autres qui dormaient encore profondément ; et ainsi ils découvrirent l'eau qui montait si promptement que la confusion et la bousculade furent totales. Nous trouvâmes refuge derrière le grand mât et sur la dunette. Il manqua trois hommes à l'appel, qui certainement s'étaient noyés.
Nous fûmes deux heures dans cet état, la plupart à demi-morts, quand soudain le navire se rétablit aussi droit sur le sable qu'un vaisseau peut l'être sur mer. Cela semblait être un miracle de Dieu, car s'il ne s'était pas redressé, nous n'aurions pas pu couper la mâture pour en faire un radeau, et aurions tous immanquablement péri. Rassemblés à la poupe, nous ouvrîmes quelques coffres et distribuâmes des habits et des chapeaux à nos gens. Puis l'eau-de-vie coula en abondance.
L'effet en fut plaisant et bientôt bien des choses changèrent en peu de temps, car habillés et coiffés de neuf certains s'imaginaient de grands seigneurs, burent à la santé de leur commerce et ne parlaient que de millions, sans se soucier de savoir comment ils allaient quitter le navire. Au contraire, le chapeau sur l'oreille, ils allèrent s'abreuver encore davantage devant puis dans la cabine des pilotes ; peu s'en fallut qu'ils ne chantassent, mais nous les en empêchâmes. D'autres, également en proie aux excès de l'eau-de-vie, cherchaient à oublier que la mer menaçait à tout instant de broyer le navire condamné, que la mort approchait et que l'unique ressource était de faire un radeau en coupant les vergues, et de partir en remettant notre sort à la divine providence. Envahis par l'angoisse, ils ne faisaient que gémir et maudire le Ciel car ils avaient perdu tout espoir. (...)
25 septembre 2022
LE NAUFRAGE DU TERSCHELLING (Frans Janssen van der Heiden,1675)
17 août 2022
LA VIE SECRÈTE DES COUVENTS (Roland Gagey, 1953)
(...) L'évêque de Sisteron, Mgr Lafiteau, ayant attrapé un mauvais souvenir de son séjour chez la Gourdan [mère maquerelle du XVIIIe s.], s'encoléra en ces termes :
« Vous mériteriez, vile mégère, que je vous fisse mettre à l'hôpital. J'ai reçu chez vous un fameux coup de pied de Vénus qui m'oblige à quitter la capitale pour aller rétablir ma santé en province. On a bien raison de dire qu'il y n'y a plus de probité, et qu'on ne sait vraiment à qui se fier. »
Le diagnostic qu'avait posé, après certaine éruption consécutive à ses prouesses amoureuses chez la Gourdan, l'archevêque ne fut pas erroné, car l'abbé de Tencin écrivait, non sans ironie, à sa ... soeur :
« L'évêque de Sisteron est parti d'ici avec la vérole, dit-il, c'est apparemment pour s'en faire guérir qu'il s'en va à la campagne. »
Nul à cette époque ne se scandalisait des débauches du clergé et des moines, bien plus occupés à forniquer qu'à prier Dieu. On se contentait de chansonner ces vénérables ecclésiastiques :
Tous ces prédicateurs
Qui font trembler la chair
Et réforment nos mœurs
Sont les premiers à faire
L'amour
La nuit et le jour.
Le roi nomma cependant une commission d'évêques dans le but de réprimer les orgies du bas clergé, et le chansonnier ajoute :
On a choisi cinq évêques paillards,
Tous cinq rongés de vérole et de chancre,
Pour réformer des moines trop gaillards.
Peut-on blanchir l'ébène avec de l'encre ? (...)
25 septembre 2021
LA VIE EN CHEMIN DE FER (Pierre Giffard, 1888)
(...) Le monsieur qui déjeune en wagon.
Pouah ! le sale ! ...
Je l'ai en horreur ! C'est pour moi l'un des êtres les plus désagréables qui traversent la vie en chemin de fer.
Par économie, il a emporté de quoi manger en route, soit un demi-poulet, soit un fragment de jambon enveloppé dans un papier blanc, auquel la graisse a donné une huileuse transparence. Il a sa petite bouteille de vin, son verre, son pain de deux sous, son sel dans un cornet de papier, son poivre dans un autre cornet, le tout roulé par précaution dans une serviette qu'il va étaler sur ses genoux.
Attention ! C'est l'instant, c'est le moment ! Une demi-heure avant l'arrêt qui va vous permettre de déjeuner au buffet, ce voisin désagréable déploie sa serviette et sort de leur papier comestibles et ustensiles les uns après les autres. Si vous croyez que votre présence les gêne, détrompez-vous. Il dispose toutes ses petites affaires, il se tourne à demi vers la fenêtre, afin de pouvoir lancer plus commodément ses détritus sur la voie, et le voilà qui mastique, qui lèche, qui pourlèche, qui ronge, qui boit, qui sirote, avec une gravité insupportable. Il ne se doute pas qu'il est vilain à voir. (...)
20 septembre 2021
BEHIND THE SCENES WITH THE MEDIUMS (David P. Abbott, 1907)
01 septembre 2021
NUITS À PARIS (Rodolphe Darzens & Willette, 1889)
· Édition originale, 1889, E. Dentu, Éditeur ·
(...) Place Pigalle, le Rat mort est le plus ancien des cafés qui s'y trouvent. Il y a quelque vingt-cinq ans, quatre joyeux compères, le peintre Marchal, Léon Goupil, Victor Davau et Olivier Métra vinrent y prendre un apéritif. Ils trouvèrent le café en grand émoi : on venait de découvrir, dans la pompe à bière je crois, un énorme rat récemment décédé. « C'est ici le café du Rat Mort », s'écria Marchal, et ainsi fut baptisé l'endroit. Goupil tout aussitôt peignit au plafond la malheureuse bête, et Davau, plus tard, fit quatre panneaux oblongs qui ornent encore l'établissement. Extérieurement le café fait l'angle de la place Pigalle et de la rue Frochot ; intérieurement il a la forme d'un boyau coudé ; des artistes, des peintres l'ont fréquenté, le fréquentent encore. Mais le bruit court que c'est aujourd'hui le rendez-vous préféré des jeunes femmes que l'exemple de la poétesse Sapho initia aux rites mystérieux de Lesbos. Même, dit-on, de "grande dames" viennent avec leurs amoureux, y choisir une compagne d'une heure, l'auxiliatrice discrète et savante qui leur évitera les inévitables fatigues préliminaires.
Le fait est qu'on y voit souvent souper de jeunes femmes, en tête à tête, gentiment. (...)
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