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02 janvier 2022

THÉMIDORE (Godard d'Aucourt, 1745)


· Réédition, 1911, A. Méricant ·

(...) Quelle destinée pour la philosophie d'être fille du libertinage ! Rozette fit une comparaison de ses pareilles avec les Abbés, qui n'étoit pas sans ressemblance.
    – Les uns, disoit-elle, débutent dans le monde par un air de modestie et de pudeur ; les autres par une affection de cagoterie.
Nous regardons les hommes à la dérobée ; les Abbés dévorent les femmes sous leurs grands chapeaux. Les hommes viennent nous chercher ; les femmes se glissent vers nos Messieurs. Nous ruinons nos amans ; ils font fortune par le moyen de leurs maîtresses. Nous sommes dans l'opulence tant que nous sommes jeunes, les autre ne deviennent à leur aise qu'en vieillissant. Nous sommes sages et quelquefois saintes sur la fin de nos jours ; les Abbés, au contraire, sont plus libertins sur le déclin des leurs. La nécessité fait notre vocation ; l'intérêt fait presque toujours le leur : on se donne au monde que ce qu'il y a de mieux, et l'Eglise a ordinairement le rebut de la nature. Nous sommes dans l'Etat deux êtres indéfinissables, qui ne tiennent à rien et se trouvent partout, qui ne sont pas nécessaires, et dont on ne peut se passer.
    Elle nous détailla ensuite quelques aventures qu'elle avoit eues avec de très-graves Eclésiastiques et qui nous amuserent beaucoup. Je les passe sous silence, cher Marquis ; ayant un frere Chanoine et un autre Abbé Commendatataire, je ne veux pas qu'il soit dit que j'aie révélé le secret de l'Eglise.
(...)