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13 avril 2022

DES HOMMES ET DES... CORBEAUX (Boria Sax, 2003)


· Edition française, 2005, Delachaux et Niestlé ·

(...) Le Petit Trianon, à Versailles, fut le théâtre d'une histoire mettant en scène un corbeau. Alors que Marie-Antoinette prenait son petit déjeuner, un jour d'octobre 1785, un corbeau se posa, la regarda et se mit à agiter doucement ses ailes. La reine donna à l'oiseau le reste d'un biscuit, et c'est ainsi que naquit leur amitié. La reine nourrissait l'oiseau chaque matin, et celui-ci la suivait d'arbre en arbre alors qu'elle se promenait dans son domaine. Quand Marie-Antoinette fut décapitée, en 1793, il disparut pour plusieurs années. Mais en 1810, Marie-Louise d'Autriche, épouse de Napoléon Ier, prenait son petit déjeuner au même endroit lorsqu'elle remarqua le corbeau. Il survolait le pavillon et appelait, espérant visiblement partager sa nourriture. Quand Marie-Louise raconta l'anecdote à Napoléon, celui-ci y vit un mauvais présage et quitta immédiatement Versailles... Les serviteurs considéraient quant à eux l'animal avec bienveillance. Ils le nourrirent jusqu'à la fin de sa vie, et l'on prétend que des visiteurs venaient de loin voir le corbeau de Marie-Antoinette.
    Ce qui rend cette histoire improbable n'est pas tellement le comportement de l'oiseau, mais plutôt celui des humains : à moins d'être soi-même un corbeau, reconnaître un individu en particulier est chose impossible, surtout à distance. Comment pouvait-on savoir qu'il s'agissait du même corbeau ? Il est probable que l'on ait eu affaire à des oiseaux différents. En tout cas, l'anecdote illustre la force des superstitions en temps de crise : le cri d'un corbeau, pris comme un signe du destin, pouvait encore effrayer un homme aussi pragmatique que Napoléon...
(...)