Affichage des articles dont le libellé est POLICIERS. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est POLICIERS. Afficher tous les articles

30 juillet 2023

MÉNAGE TES MÉNINGES (Frédéric Dard, 1969)


· Edition originale, 1969, Fleuve Noir ·

(...) – Laisse-le moi, y me plaît ! fait dans mon dos la voix graillonneuse et tant aimée de Bérurier.
    Et le Gravos fait une entrée de théâtre. Il a ses bretelles qui lui battent les noix, une veste de pyjama au lieu de chemise, sa veste est partagée en deux dans le dos, il est sans chapeau et sans souliers. Ses chaussettes grises sont ravaudées avec du coton rouge. On dirait qu'il a deux truites de six livres à la place des pieds.
    
– T'as eu le naze creux en me bigophonant, fait-il. Figure-toi que pendant que tu me causais la Rousse investissait l'hôtel. (...)

24 juin 2023

MEURTRES EN COMMUN (André Caroff, 1965)


· Edition originale, 1965, Fleuve Noir ·

(...) Le mardi était toujours pour Barclett un jour d'affluence. Évidemment, les week-ends amenaient bien les jeunes twisteurs des environs, mais la nouvelle vague se cuitait au jus de fruits et les filles ne buvaient pas pour ne pas perdre la ligne. D'ailleurs, Barclett pendant un week-end, ça n'était plus Barclett.
    Entre les grattements des guitares, les détonations syncopées de la batterie, les battements de mains et les trémoussements de toute cette jeunesse triste, aux chansons mélancoliques, gueulant son désespoir d'être jeune et amoureuse, par le truchement de chanteurs aphones dans une aveuglante débauche de projecteurs, et le Barclett du mardi, il y avait tout un monde.
    Tango, lumières tamisées, ombres enlacées glissant harmonieusement sur la piste brillante, seaux à champagne ruisselants de gouttelettes glacées, odeurs de tabacs, de parfums coûteux, joie discrète d'humains sur le retour, sachant que le plaisir n'est formé que d'instants fugitifs qu'il faut saisir à pleins bras, avant que tout ne croule en un petit tas qu'on appelle souvenirs...
    Ernest Jousse renifla, donna un coup de coude à Nortens.
    – Ça sent la pépée, souffla-t-il.
    Nortens était mal à l'aise, mais il faillit pouffer.
    – Vestiaire, messieurs ?
    Jousse se retourna. La femme était blonde, mince, très élégante dans une robe beige aux revers marqués de deux B discrets.
(...)

08 mai 2023

Y'A BON SAN-ANTONIO (Frédéric Dard, 1961)


· Réédition originale, 1967, Fleuve Noir ·

(...) Madame porte un gaine garnie de dentelle noire, un porte-bas affolant, noir aussi, et un bustier d'où elle retire successivement : un kilo de farine blanche, deux poissons rouges, un dis de carreau, un tesson d'aquarium, un tronçon de baguette magique, un bouton de col, un berlingot Bio-dop, un étui à lunettes, le reste d'un sandwich aux rillettes, une balle de tennis, une de Lebel et une de coton. C'est pas un soutien-chose, c'est un hotte. Je m'attends à l'en voir retirer le gars Alfred en personne, mais elle stoppe l'évacuation, se sonde l'entre-seins, ramène encore un chandelier à trois branches et déclare forfait.
    
– San-A., proteste le Gros, je te prierais de ne pas regarder Mme Bérurier de cet œil c...-c...-pissant. Je veux bien que tu es mon supérieur, mais ça ne donne pas le droit de cuissage. (...)

30 avril 2023

FILE-MOI UNE COUVERTURE (Jame Hadley Chase, 1980)


· Édition française, 1981, Gallimard ·
 

(...) Dans le hangar où plusieurs filles noires disséquaient des grenouilles (spectacle et odeurs qui me soulevèrent le cœur), je trouvai un homme de soixante-cinq ans environ qui mangeait des haricots blancs dans une boîte de conserve. Qu'on puisse manger dans cette puanteur atroce me dépassait. Mais cet homme petit, trapu, solidement bâti, à la barbe grisonnante et assez cradingue, paraissait déjeuner tranquillement. Je lui débitai ce que j'avais déjà dit à Weatherspoon. Je collectais des renseignements pour le compte d'agence. Il m’écouta pendant qu'il mangeait, puis me regarda avec des yeux gris où brillèrent une lueur de ruse propre aux pauvres.
    Ça faisait des années que je me livrais à la chasse aux renseignements, et je connaissais bien ce regard.
    
– M. Weatherspoon m'a dit que vous pourriez me fournir des tuyaux, commençai-je. Je ne les demande pas pour rien. Cinq dollars vous intéresseraient-ils ?
    – Dix dollars, ça serait mieux, répondit-il aussitôt.
    Je sortis un billet de cinq dollars de mon portefeuille et l'agitai devant sa figure.
    
– Cinq pour commencer. Voyons ce que vous avez à dire.
    Il m'arracha la coupure des doigts comme un lézard gobe une mouche. (...)

04 avril 2023

PAS UNE POUR RACHETER L'AUTRE (Jean Bruce, 1952)


· Edition originale, 1952, Fleuve Noir ·

(...) Je me mordis les lèvres. J'avais complètement oublié ce foutu collier. Lorsque Tony me l'avait remis, je l'avais glissé dans la poche de mon pyjama. Y était-il encore ? J'étais incapable de le dire. Il y avait eu cette séance d'amour avec Rose, puis ma retraite précipitée devant l'arrivée du mari, enfin la découverte de la pendue dans le garage. Tout cela m'avait fait oublier le collier. (...)

31 mars 2023

SAN-ANTONIO POLKA ( Frédéric Dard, 1963)


· Réédition, 1969, Fleuve Noir ·

(...) Je reprends mes prouesses amygdaliennes là où je les ai laissées. Elles ne semblent pas déplaire à la môme Lydia, bien au contraire. La voilà qui se plaque contre moi, qui m'étreint, qui me chevauche, qui me comprime, qui m'exprime, qui s'incruste, qui s'insinue, qui s'empare, qui ne désempare pas, qui promet, qui tient, qui tient bien, qui n'y tient plus, qui se dit que deux tu les as vaut mieux qu'un tien tu l'auras... (...)

30 mars 2023

THE AFFAIRS OF PAULA (Hank Janson, 1965)


· Édition originale, 1965, Gold Star Books
·

(...) Je me retournai. Avec désintérêt, je me demandais si elle avait l'intention de me tirer dans le dos. Si telle avait été son intention, je n'aurais pas levé le petit doigt pour l'en empêcher. Parce qu'en plus d'être dépourvu d'émotions, je me sentais épuisé et les membres comme du plomb. (...)
[Traduit de l'anglais]

29 mars 2023

LAZARE N° 7 (Richard Sale, 1942)


· Édition française, 1950, Gallimard ·
 

(...) Il y avait un table d'opération, des vitrines pleines d'instruments de chirurgie, des produits chimiques bien rangés sur des étagères, une table de laboratoire chargée de cornues, de tubes, de brûleurs à gaz et enfin une grosse centrifugeuse qu'il appelait G. On aurait dit un de ces appareils sur les lesquels s'entraînent les aviateurs, un de ces appareils sans ailes qu'on pilote comme un avion, auxquels on peut faire faire tout ce que fait un avion, mais qui ne quittent jamais leur support. Au centre de cet appareil était fixée une table équipée de lanières. Je lui demandai des explications.
    – Je me sers de G pour faire repartir la circulation. On ne peut pas compter sur un cœur qui a cessé de battre. L'adrénaline ne suffit pas. Il faut une poussée du sang dans les artères pour ranimer le cœur. Cette machine tourne sur elle-même à toute vitesse, à un maximum de 1.500 tours par minutes. Je ne vais pas jusque-là, naturellement, mais la machine remet le sang en circulation. Un autre jour, je vous expliquerai le mécanisme en détail. Pour Lazare numéro 7, vous viendrez peut-être chez moi et vous verrez vous-même. (...)




21 mars 2023

LUNE DE FIEL (Ange Bastiani, 1959)


· Edition originale, 1959, Fleuve Noir ·

(...) Walter regarda sans paraître le reconnaître le garçon qui, durant deux ans, avait été son secrétaire empressé, courtois, déférent, et que, depuis ces derniers mois, il haïssait en silence, sans en donner rien à connaître à quiconque.
    Il ne trouvait plus devant lui qu'une sorte de bête fauve au regard glauque qui n'avait plus rien de commun avec l'homme qu'il avait eu sous ses ordres. (...)

26 février 2023

LA RATE AU COURT-BOUILLON (Frédéric Dard, 1965)


· Réédition, 1969, Fleuve Noir ·

(...) Comme dans les films américains des années 30, la belle Eczéma est à sa coiffeuse. Elle porte un déshabillé qui mérite bien son blaze ; tellement transparent, il est, qu'on a l'impression que la dame s'est fringuée uniquement avec de la fumée de cigarette. Le cadre de son miroir est en or massif, vous aviez rectifié de vous-mêmes. Elle se tourne vers moi en m'apercevant et me virgule un sourire d'accueil qui ferait fondre l'obélisque de la place de la Concorde. (...)

06 février 2023

THE GIRL'S NUMBER DOESN'T ANSWER (Talmage Powell, 1960)

· Édition originale, 1960, Pocket Books ·

(...) Les penseurs évaporés aux crânes ébouriffés ont plein de théories sur l'espace et le temps. Une chose est certaine. L'écoulement du temps n'est pas un processus continu et régulier pour la personne qui le subit. Il y a des instants d'arrêt, des moments qui se figent dans un cerveau humain.
    Ce fut comme ça avec Helen Martin. Comme on sortait de la bagnole de location à Caloosa Point, elle s'immobilisa avec encore à l'esprit la vision de la scène sanglante, et l'écho d'un hurlement étouffé au fond d'elle-même.
    Je ne la précipitai pas. Je restai à son côté jusqu'à ce qu'elle se sent prête à s'éloigner de la voiture.
(...)
[Traduit de l'anglais]

FLEUR DE NAVE VINAIGRETTE (Frédéric Dard, 1962)


· Édition originale, 1962, Fleuve Noir ·

(...) – Béru, il faut absolument que nous découvrions l'assassin. Il est inadmissible que nous volions des heures dans le même zinzin que lui sans rien faire pour le démasquer.
    Le Gros agite les grelots de son sombrero.
    – D'ac ; mais je vois pas le moyen !
    – Moi, je l'entrevois, dis-je.
    – Quel est-ce ?
    – Je vais essayer de le débusquer en lui filant les grelots.
    – De quelle manière ?
    – Tu vas voir à la prochaine escale.
    – C'est à dire ?
    – Calcutta.
    Le Gros n'insiste pas.
    – Calcutta, c'est bien au Danemark ? murmure-t-il d'un ton indécis.
    – Naturellement.
    – C'est ce qui me semblait. On a beau dire, mais l'instruction ça reste. On ne sait pas toujours, mais quand on sait, on sait.
(...)

08 janvier 2023

DU POULET AU MENU (frédéric Dard, 1958)


· Réédition, 1966, Fleuve Noir ·

(...) Quelle humanité en péril ! C'est tout en pleine décomposition, ça, madame ! Ah ! si vous pouviez mater ces tronches, ces corps, ces physionomies !
    Des grosses mochetées, gonflées et rondouillardes comme le bonhomme Michelin. (Du reste l'une d'elles a appelé sa petite fille Micheline.) Avec des bourrelets aux cuisses, au bide, au fignedé... Des nichons pareils à des sacs de farine, des bajoues. Le tout couvert de peinture, d'or, de soie, de prétention... Couvert d'imbécilité... Des sourires lippus ; des regards visqueux comme des beignets mal cuits ! Ah ! les belles dames rupinos ! Bien faisandées, varicées, cellulitées, engraissées, mais dignes ! Dignes avec du rouge aux lèvres et aux joues, du noir et du vert, et du bleu et du violet aux châsses ! Et jaunes aussi... C'est jaune et ça ne sait pas !... Jaune verdâtre, comme toutes les barbaques gâtées.
(...)

10 décembre 2022

TOUT LE PLAISIR EST POUR MOI (Frédéric Dard, 1959)


· Réédition, 1964, Fleuve Noir ·

(...) Un type ayant des principes, comme Archimède par exemple, demanderait à la veuve Coras si elle prend sa poire pour un quart de Brie et lui conseillerait d'aller cultiver le pois de senteur sur la tombe de son défunt. J'ai déjà vécu des moments pas ordinaires, vous le savez ; et si vous le savez pas il vous suffit de ligoter les tomes (de Savoie et autres) sortis de mes presses pour vous en convaincre (un con vaincu valant un vainqueur). Mais des moments comme icelui étaient jusqu'à présent inconnus au bataillon. (...)

24 novembre 2022

FAUT ÊTRE LOGIQUE (Frédéric Dard, 1967)


· Edition originale, 1967, Fleuve Noir ·

(...) – Dites, Larnacq, le houspillé-je, ne jouez pas les grands timides au moment de vous mettre à table, parce que nous risquerions de perdre patience !
    Bérurier intervient.
   
– Tu penses que le Maître n'a pas envie de nous faire languir, dit-il gentiment. Il se doute bien qu'autrement sinon je lui filerais des petites caresses en jus de muscles !
    Joignant le geste à la parole et désireux d'illustrer sa menace, le Gros cloque une mandale sur le museau frelaté de Larnacq qui en éternue ses lunettes.
   
– Je... Je vais parler, assure le tabellion.
   
Ben évidemment, déclare le Gros, tu penses que j'en doute pas, pépère, puisque si tu causais pas tu te ferais massacrer, faut être logique...
    Le notaire s'humecte les lèvres avec son triste bout de langue.
   
– Je... j'avais une bonne assurance, dit-il... dans différentes compagnies suisses et anglaises...
   
– Ça ne m'étonne pas de vous, affirmé-je, vous êtes un méticuleux dans votre genre, Maître.
   
– Alors j'ai fait une déclaration de vol très... très...
(...)