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21 mars 2022

TU GARDERAS TES BAS POUR MOURIR (Gérald Rose, 1951)


· Édition originale, 1951, La Tarente ·
 

(...) Saïd eut un petit sourire qui mit à nu ses belles dents régulières, puis se pencha vers moi :
  – Dis, madame Dédé...
  – Je t'écoute...
  – Tu peux toujours pas me donner le nom de l'assassin de mon frère ?
  Je restai quelques secondes silencieuse. Puis saisie d'une inspiration soudaine, je répondis à Saïd:
  – Peut-être !
  – Ah ! haleta-t-il.
  – Mais d'abord je te veux, chéri ! Donnant, donnant !
  – Puisque je t'offre mille dollars !
  – J'ai pas besoin de ton fric ! C'est toi qu'il me faut !
  – Tu es drôle ! Qu'est-ce qui te plaît en moi ?
  – Tout !
  De nouveau Saïd devint cramoisi.
  – Tiens ! fit-il. Tu me dis le nom de l'homme et tu as deux mille dollars !
  – Ce n'est pas un homme !
  – C'est une femme ?
  – Oui !
  – Je la connais ?
  – Oui !
  – C'est celle qui a eu peur de moi, l'autre jour ?
  – Oui !
  – Tu me le jures, madame Dédé ?
  – Je te le jure, Saïd ! Va, je la hais autant que toi ! Elle a tué mon premier mari, après l'avoir torturé !
  – Et tu ne l'as pas vengé ?
  – Ensuite, c'est elle qui m'a fait enfermer dans cette maison où tu m'as trouvée !
  – Et tu l'as laissée en vie ?
  – J'ai jamais tué personne, mon pauvre petit ! Je crois que je saurais même pas !
  Saïd me regarda longuement.
  – Je te crois, madame Dédé ! fit-il. Je lis la vérité dans tes yeux ! Raconte-moi tout... Je te vengerai, en vengeant mon frère...
(...)