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10 décembre 2021

BÉRU-BÉRU (Frédéric Dard, 1970)


· Édition originale, 1970, Fleuve Noir ·  Pour adultes 

(...) On roule un moment en direction des faubourgs. J'aime les faubourgs italiens. Ils n'ont pas la tristesse grise des nôtres. Au contraire, ils sont pétants de vie et d'allégresse. L'humanité dégouline sur les trottoirs. Ça sent la friture, la vinasse, le safran. Ça sent l'enfance joyeuse. Le bébé qu'on vient de faire ! Celui qu'on va fignoler tout à l'heure. La pauvreté y semble source de joie. Ils sont pleins de grosses femmes volubiles, de vieillards édentés, de mâles en chaleur. Y'a des beignets partout, du poisson frit, de la tomate. Et puis des gosses, surtout ! Jaillissant de tous les orifices de la rue, des gosses sales et beaux, barbouillés de rires. Y'a plus que les Italoches qui soient encore un peu vivants en Europe. Ailleurs, c'est fini, ça s'éteint dans des oxydes de carbone. Même en Espagne. Une grande ombre accablante s'étale sur le vieux continent. (...)

07 novembre 2021

LES VACANCES DE BÉRURIER (Frédéric Dard, 1969)


· Édition originale, 1969, Fleuve Noir · 
Pour adultes 

(...) – Et marie-Marie ? m'inquiété-je soudain, réalisant l'absence de la gosse.
    
– Elle est à la salle à manger des enfants, renseigne Berthe. C'est une gamine déjà trop délurée que la fréquentation des grandes personnes ne lui vaut rien.
    Y'a des mots qui tisonnent le destin. Comme la Baleine profère les ci-dessus, on perçoit un fracas de verrerie pulvérisée dans les régions avoisinant la salle à manger. On croit que c'est un accident de cuisine. La maladresse d'un serveur. Mais dans le fond de la pièce, une porte à doubles battants
s'ouvre à la volée, et un serveur surgit en titubant. Il a un Saint-Honoré écrasé sur la figure, un seau à champagne en guise de casque et il marche au radar, mains en avant, dans la position du médium en charge. Des rires juvéniles fusent d'au-delà des portes qui n'arrêtent pas de battre en contrariété. Le maître d'hôtel principal, un beau personnage grave et grisonnant, avec des épaulettes d'or, se précipite sur le loufiat crémeux et l'aide à se décasquer.
   
L'autre ressemble à un skieur après une chute dans de la profonde. Il regarde autour de lui, réalise qu'il s'est gourré d'issue, mais n'en explose pas moins :
    
– Je donne ma démission, glapit-il, des mômes pareilles, c'est pas tenable !
   
– Je suis sûre que c'est ma nièce, nous confie Berthaga en fonçant.
    Elle réapparaît deux minutes plus tard, en poursuivant Marie-Marie. La môme trace entre les tables pour échapper à la fureur tantesque.
(...)