(...) On sert le thé. Béru, timidement, demande si, à la place, il ne pourrait pas avoir un petit verre de Juliénas.
Je lui vote un coup de latte dans les échasses.
– Crétin, fais-je, t'es censé être arbi et le picrate est interdit par ta religion.
– Qu'est-ce que c'est le Juliénas ? demande Obolan.
– Un mélange de lait, d'huile d'olive et de miel, me hâté-je d'expliquer.
L'émir donne des ordres pour que soit préparée cette mixture. La bouille du gros est indescriptible.
Lorsque les serviteurs lui amènent son cocktail, il considère le breuvage avec épouvante.
– Si je me retiendrais pas, tu le prendrais dans la devanture, m'assure Sa Grosseur.
On fait des risettes à l'émir. Il nous bonnit que sa fameuse fiesta du Falzar, qui tombe cette année le jour même de la commémoration du Grand Kalbar, doit revêtir un éclat tout particulier. Non seulement les notables de tout l'émirat doivent s'y pointer, mais de plus, les autres émirs du Kelsaltan vont rehausser de leur présence ces fêtes dignes du siècle de Klérambar-le-Somptueux, celui-là même qui fit construire le prestigieux palais de Mars-El-Hémé. (...)
