27 février 2022

BÉRURIER AU SÉRAIL (Frédéric Dard, 1964)


· Edition originale, 1964, Fleuve Noir ·

(...) On sert le thé. Béru, timidement, demande si, à la place, il ne pourrait pas avoir un petit verre de Juliénas.
    Je lui vote un coup de latte dans les échasses.
    – Crétin, fais-je, t'es censé être arbi et le picrate est interdit par ta religion.
    – Qu'est-ce que c'est le Juliénas ? demande Obolan.
    – Un mélange de lait, d'huile d'olive et de miel, me hâté-je d'expliquer.
    L'émir donne des ordres pour que soit préparée cette mixture. La bouille du gros est indescriptible.
    Lorsque les serviteurs lui amènent son cocktail, il considère le breuvage avec épouvante.
    – Si je me retiendrais pas, tu le prendrais dans la devanture, m'assure Sa Grosseur.
    On fait des risettes à l'émir. Il nous bonnit que sa fameuse fiesta du Falzar, qui tombe cette année le jour même de la commémoration du Grand Kalbar, doit revêtir un éclat tout particulier. Non seulement les notables de tout l'émirat doivent s'y pointer, mais de plus, les autres émirs du Kelsaltan vont rehausser de leur présence ces fêtes dignes du siècle de Klérambar-le-Somptueux, celui-là même qui fit construire le prestigieux palais de Mars-El-Hémé.
(...)

25 février 2022

DÉLIRE SEXUEL (Stéphane Lauran, 1953)


· Edition originale, 1953, P. PIC ·  Pour adultes 

(...) La brune Gina Grevers, plus chanteuse et plus vedette que Geneviève, achève ce triumvirat.
    Elle a une voix de basse, des cheveux noirs, un corps de déesse. Junon, descendue sur terre pour y développer les jeux de l'amour, quoi que ce soit plutôt le rôle de Vénus.
    Mais elle a le physique de Junon.
    Aussi a-t-elle un faible marqué pour les filles minces, blondes, à l'aspect très juvénile, ce qui est le cas de Geneviève Lambry.
    Elles s'entendent très bien toutes les deux. Et leurs corps d'aspect différent s'entendent encore mieux de par la loi de l'opposition qui fait que les contrastes s'attirent.
    Gina Grevers faisait depuis longtemps partie du cercle des amis de Pascal Dinvars. Il organise de fréquentes réunions, le beau Pascal.
Des réunions d'art, de tous les arts, même l'art de fumer, ce qui ne gâte rien, au contraire. Quand on se retrouve, nus sous des kimonos, devant une lampe qui fait grésiller des boules magiques, exquisement odorantes, quand on tire ensemble sur le bambou et que des corps se mêlent dans une fine griserie, ne sachant plus à qui appartiennent ces corps, quand on part ensemble vers des contrées inexplorées, on n'a plus, les uns pour les autres, rien de caché. (...)

23 février 2022

LA POLLUTION AU MOYEN-ÂGE (Jean-Pierre Leguay, 1999)


· Édition originale, 1999, Editions Gisserot ·

(...) L'opinion publique du XVe siècle considère déjà la crasse comme une protection naturelle, un moyen de combattre les inconvénients de la porosité de la peau qui expose les organes à l'infection ! Plutôt que de succomber à la peste, mieux vaut laisser les corps couverts de croûtes et de vermine, diront les plus farouches adversaires du bain. "Ils doivent défendre les étuves et les bains en raison qu'après qu'on en est sorti, la chair et l'habitude du corps en est ramollie et les pores ouverts, et, partant, la vapeur pestiférée peut entrer promptement dedans le corps et faire mourir subitement, ce qu'on a vu plusieurs fois" dit fort doctement un texte médical du XVIe siècle. (...)

18 février 2022

FILLES DES BRUMES (Paul Dorient, 1956)


· Edition originale, 1956, Editions du Grand Damier ·

(...) Florence regarda l'homme qui n'était plus tout à fait sur son siège. On le sentait tendu, les muscles bandés, prêt à bondir. C'était merveilleux et terrible que cet instant lourd de sens. Cet ultime prémice qui déjà transfigure le mâle et le rend à la fois plus brutal et plus ardemment désirable.
   
– Aujourd'hui par exemple ?
   
La réponse vint, assourdie, tellement la voix était rauque :
   
– Aujourd'hui, oui. Ce soir plus que jamais...
    Dans un éclair, Florence vit la détente, puis elle ferma les yeux car l'homme venait enfin de la prendre dans ses bras, de lui écraser la bouche de la sienne, brûlante, goûtant l'alcool et le tabac, ces senteurs fortes qui attirent tant et tant de femmes.
(...)

17 février 2022

MALPERTUIS (Jean Ray, 1943)


· Réédition, 1976, Marabout ·

(...) « Tout cela n'est que cauchemar ! »
    C'était la pauvre voix de la raison qui essayait de parler du fond de mon être ; mais elle se tut et ne répéta plus ces consolantes paroles.
    J'étais assis dans la cuisine noire ; devant les feux éteints, une chandelle vacillante faisait bondir les ombres d'angle en angle.
    Je ne pouvais dire comment j'y étais venu ; en tout cas, c'est là que je retrouvai ce qu'on appelle les esprits.
    Je criai, je fis l'appel de tous ceux qui avaient vécu avec moi sous le toit maudit, personne ne répondit.
    J'étais seul dans Malpertuis, SEUL !!!
    Et, alors, j'eus l'incroyable courage de partir en expédition à travers l’horreur nocturne de cette maison infernale.
(...)

BERCEUSE POUR BÉRURIER (Frédéric Dard, 1960)


· Réédition, 1967, Fleuve Noir ·

(...) Maintenant le jour est presque là. Il descend des toits, le long des façades grises. Il y a dans la brume des promesses de soleil. Des zigs maussades s'en vont gagner le bœuf bihebdomadaire, le dos rond. Il y en a qui passent en triporteur, d'autres en scooter, d'autres en boitant.
    Quelques-uns sont à vélo. Ils pensent à la belle journée qui se prépare pour ceux
qui se les roulent. Ils ont vu samedi-soir-dernier des films pleins de courts de tennis, de bagnoles décapotables décapotées, de filles en short et de Méditerranée et ça les a fait suer, rétrospectivement, d'avoir pris la Bastille pour en arriver là.
    Ce soir, à la télé-pas-finie-de-payer, ils apprendront ce qui s'est passé dans le monde : des trucs imprévisibles et surprenants, mais ils savent qu'à part un accident du boulot ou de la circulation, cette journée sera pour eux pareille aux autres. Ils feront les mêmes gestes aux mêmes heures et aux mêmes endroits, en compagnie des même bagnards. Tout ce que le bon Dieu peut faire pour eux, c'est de leur braquer un peu de soleil pour que tout ça ait l'air moins dégueulasse. Et comme Il est bon, Il commence d'arroser de bon matin, le bon Dieu. Son bourguignon, il l'a fait fourbir pendant la noye. Il va en faire une tiède.
    Tout en m'abandonnant à ces réflexions particulièrement sociales, je planque ma viande sous un porche.
    Deux minutes passent devant moi sans me remarquer. Landowski sort de l'hôtel et fait comme les deux minutes en question. Illico, San-A se le paie.
    L'homme va d'un pas pressé, mais sans but défini. Il regarde autour de lui ; non comme un homme qui a peur, mais comme un homme qui cherche quelque chose ou quelqu'un.
(...)

13 février 2022

LA FOIRE AUX ASTICOTS (Frédéric Dard, 1955)


· Edition originale, 1955, Fleuve Noir ·

(...) – Et voilà le travail, ai-je dit à Emma. Tu vois que je suis devenu quelqu'un de très capable. Remarque, dans ce dernier cas, c'est un peu de la légitime défense.
    Elle n'a pas répondu et s'est approchée un peu de Robbie. Ce dernier tournait au vert-bouteille et dégueulait sur le tapis.
    – Allons Robbie, je lui ai dit, tiens-toi mieux que ça... Pour un larbin de bonne crèche tu n'es guère stylé !
    Une joie mauvaise m'allumait. Ça me faisait rudement plaisir de voir ce mec cracher sa vie en rouscaillant.
(...)

12 février 2022

SECRET PLACES OF THE LION (Georges Hunt Williamson, 1958)


· Réédition, 1974, Futura Publications ·

(...) Le récit de cet étrange parcours de réincarnation est le plus intriguant et le plus sensationnel de la période de préparation ! En dépit du fait que Hadad se soit enfui en Égypte, il lui restait quand même à affronter l'inévitable conséquence du karma. Il paya le prix de son dégoût pour Israël en faisant don de sa propre chair et de son propre sang afin que David puisse persister dans la vie et devenir Ahmose Ier ! (...)
[Traduit de l'anglais]


10 février 2022

L'ESCLAVE BLANCHE (ELISABETH SCHØYEN, 1905)


· Edition française, ≃1910, éditeur non identifié ·

(...) Vous aviez dans le temps une excellente maison à Paris, juste en face de la Bourse, – dit Mr Corck. – L'avez-vous toujours ?
   
– Non, nous avons eu des difficultés avec la police, répondit Martignac sur un ton d'indifférence. – Nous avons été obligés de fermer. Nous nous sommes alors mis à voyager à l'étranger pendant deux ou trois ans. Je restai une année entière à Buenos-Ayres et à Montevideo où je me mis en relation avec le señor Philippo Garcia. Son père avait débuté en faisant la traite des nègres qu'il allait lui-même chercher en Afrique. Mais, quand l'esclavage fut aboli, il dut entreprendre un négoce d'une autre espèce mais dont il su tirer tout autant de bénéfices. Le père est mort depuis longtemps ; mais le fils possède toujours le navire qu'il avait conduit, et c'est sur ce navire qu'il vient en Europe chercher des esclaves blanches, deux fois l'an. Quand il revient avec sa cargaison, les acheteurs viennent à bord où se tient une vente aux enchères. Tout ce qui n'est pas vendu sur place est expédié par le même navire dans d'autres villes situées plus au sud que Buenos-Ayres... C'est un homme qui gagne beaucoup d'argent et qui fréquente dans la meilleure société pendant ses périodes de loisir.
   
– Alors, la fille que je vous ai amenée est sans doute destinée à l'Amérique du Sud ? – dit Mr Corck. – Nous préférons, pour notre part, la voir expédiée le plus loin possible, à cause de la police anglaise. (...)

07 février 2022

MATRIX OF POWER (Jordan Maxwell, 2000)


· Édition originale, 2000, The Book Tree ·

(...) Nous devons tous ensemble tourner notre attention vers les mouvements secrets dans le monde et comprendre comment ils nous affectent jusque dans nos vies privées. Bien sûr, nous avons tendance à considérer qu'ils ne nous atteignent pas dans notre existence de tous les jours, et pourtant c'est le cas. Ils ont une influence sur vos enfants à l'école, ils déterminent ce que vos enfants apprennent, ils déterminent aussi ce que vous apprenez jour et nuit par la télévision. (...)
[Traduit de l'anglais]

03 février 2022

TROIS SIÈCLES D'HISTOIRE DE FRANCE - vol. II/III (G. LENOTRE, 1898/1942)


· Édition originale, 1977, Librairie Académique Perrin ·

(...) Quant à la maison de Mlle Bou, elle devint, à l'époque de la Restauration, la propriété de M. Fiéron qui, en raison, sans nul doute, de l'hôte illustre que Valence avait jadis abrité, avait reçu au baptême le prénom de Napoléon. Jusqu'en 1871, une plaque de marbre, apposée sur la façade, signalait aux passants que Bonaparte, aux débuts de sa carrière, avait habité là. Beaucoup d'étrangers considéraient cette maison avec respect ; quelques-uns s'enhardissaient jusqu'à demander à la visiter. Vers 1830, deux Anglais s'y présentèrent, de bon matin et sollicitèrent la faveur d'entrer dans la chambre de Napoléon. Un chroniqueur local qui a rapporté l'anecdote assure que la domestique à laquelle ils s'adressèrent, et que n'obsédait pas, probablement, la légende napoléonienne, répondit avec le plus beau sang-froid :
    – Il n'est pas encore levé.
Les deux Anglais la regardèrent avec stupeur.
    – Pas levé, s'écrièrent-ils. Mais il est mort depuis longtemps.
    La servante eut un sursaut : pourtant elle se remit vite, et répondit avec assurance.
    – Mort ! Napoléon ! Ah ! Par exemple ! Il se porte mieux que vous.
    Les insulaires se croyaient déjà en possession d'un formidable secret politique, quand M. Fiéron, le propriétaire, qui avait entendu le colloque, se présenta, mettant ses bretelles.
    – Messieurs, dit-il, cette fille a raison ; vous avez Napoléon devant vous... Seulement, c'est Napoléon Fiéron.
(...)

02 février 2022

SALUT, MON POPE (Frédéric Dard, 1966)


· Edition originale, 1966, Fleuve Noir ·

(...) Des volumes tout ce qu'il y a de volumineux et une ligne de bassin qui mystifie le bassin Aquitain. La tête n'est pas déplorable non plus. Brune, bronzée, le regard clair, la bouche bien faite... C'est tout de même marrant, la vie. On est là à se pâmer le chou-fleur pour un visage, sous prétexte qu'il est mignon, harmonieux et tout. Et pourtant, hein ? Après tout c'est quoi, une bouille ? Deux yeux gélatineux ? Deux narines, deux cages à miel, une bouche ; autrement dit des trous, quoi !
    L'homme consacre sa vie à des trous, en conclusion. Il gravite autour d'orifices plus ou moins propres, son existence durant. C'est débectant à y réfléchir de près.
(...)