(...) Les morts ne transpirent pas.
Il faisait très chaud dans la morgue, et la sueur couvrait d'une fine pellicule le visage de Carella et de Hawes, s'accrochait à la lèvre supérieure de l'homme qui les accompagnait, et dessinait une auréole sous les aisselles de l'assistant qui leur jeta brièvement un regard morne avant d'ouvrir le tiroir.
Le tiroir glissa presque sans bruit sur ses roulements à billes. La fille Irène était étendue nue et morte sur la couche ; ils l'avaient découverte avec sa culotte, mais celle-ci avait été expédiée immédiatement au laboratoire, et elle était là nue et froide et sèche tandis que l'assistant et les trois hommes la regardaient. Un peu plus tard, elle serait transférée vers une autre partie de l'hôpital, où aurait lieu l'autopsie. Pour l'instant, son corps était encore intact. Il n'y manquait que la vie. (...)
[Traduit de l'anglais]
31 août 2022
LIKE LOVE (Ed McBain, 1962)
27 août 2022
L'AILE DE L'ABÎME (Dominique Henri Keller, 1955)
(...) Le ressuscité fut exact au rendez-vous. Il avait longuement réfléchi et s'était demandé s'il ne risquait rien à sortir au vu et au su de tout le monde.
Mais qui aurait pu penser à cette supercherie tragique ? Pour tout le monde, Andy Sadan était mort et bien mort. On pourrait seulement incriminer le hasard ou la coïncidence si quelqu'un qui avait connu le négociant venait à rencontrer Simon Arrow.
Toutefois, pour sauvegarder les apparences et pour ne pas trop tenter le destin, il avait décidé de porter un chapeau, alors qu'il était de notoriété publique que Sadan sortait toujours nu-tête, et il avait mis sur son nez d'épaisses lunettes noires. (...)
25 août 2022
MISTRESS OF FEAR (Hank Janson, 1958)
(...) Il s’adressait à des jeunes teenagers qui avaient toujours vécu dans une cité industrielle morne et sans rien d'exaltant. Pour elles, Casablanca paraissait probablement aussi mystérieuse et enchanteresse qu'Aladin et sa lampe. Elles s'imaginaient une grande ville moderne, étincelante, avec de belles voitures, le nom de célébrités s'affichant au néon sur les théâtres où elles se voyaient en tournée, ou bien dans les night-clubs, entourées par un désert romantique, ses dunes de sables, traversé occasionnellement par quelque arabes et leur joyeux campement de tentes à rayures.
"Y a-t-il des chameaux là-bas ?" demanda l'une des filles d'une voix excitée.
"Eh bien, je pense qu'on peut y apercevoir un chameau par-ci par-là," concéda Salk.
Les filles le pressaient pour obtenir plus de détails et, tandis qu'il faisait mine de rechigner à répondre à leurs questions, s'appliquant à leur faire miroiter une cité de rêve, de fortune et d’opportunités, les regards des filles se remplissaient d'un espoir mélancolique.
Finalement, une fille posa la question à 64 dollars. "Il ne semble y a voir aucune raison pour ne pas aller à Casablanca, Mr Salk. Pourquoi pensez-vous que nous ne devrions pas accepter cette proposition ?"
Salk fronça les sourcils. Il les parcourut lentement du regard, les examinant par dessus ses lunettes d'écaille. "Voici la chose, mes petites" dit-il sur un ton de confidence. "Je ne pense pas réellement que vous devez refuser ce contrat. Au contraire, je pense que c'est une formidable opportunité. C'est juste que..." il sourit comme à regret. "C'est ainsi, les filles," reprit-il. "J'ai entrepris de vous amener à Paris, puis de vous ramener à la maison." Il écarta les mains, haussant les épaules, comme s'il répugnait à s'expliquer pleinement. "C'est surtout que je ne veux pas que vous vous imaginiez que je vous pousse à faire quelque chose."
"Oh, non, Mr Salk," protestèrent-elles. "Bien sûr que non."
Il eut un sourire en coin. "Quoi qu'il en soit, c'est à vous toutes de décider. Discutez-en et prenez une décision. J'ai promis de prévenir l'agent demain matin à neuf heures. Mais, dans tous les cas, faites vos valises. Nous partons demain matin. (...)
[Traduit de l'anglais]
21 août 2022
LE FILS DES ÉTOILES (John Morressy, 1972)
(...) J'appris des choses intéressantes : notamment que Poe, le grand prophète des Scarabées, n'était pas du tout un prophète. C'était seulement un écrivain, quelqu'un de semblable aux bardes qui flânent de système en système, gagnant leur droit de passage et leur subsistance en récitant d'anciennes légendes et histoires et en composant des chansons et poèmes.
La grosse différence, c'est que, des siècles après la mort de Poe, quelqu'un prit son livre et le transforma en prophétie mystique. (...)
17 août 2022
LA VIE SECRÈTE DES COUVENTS (Roland Gagey, 1953)
(...) L'évêque de Sisteron, Mgr Lafiteau, ayant attrapé un mauvais souvenir de son séjour chez la Gourdan [mère maquerelle du XVIIIe s.], s'encoléra en ces termes :
« Vous mériteriez, vile mégère, que je vous fisse mettre à l'hôpital. J'ai reçu chez vous un fameux coup de pied de Vénus qui m'oblige à quitter la capitale pour aller rétablir ma santé en province. On a bien raison de dire qu'il y n'y a plus de probité, et qu'on ne sait vraiment à qui se fier. »
Le diagnostic qu'avait posé, après certaine éruption consécutive à ses prouesses amoureuses chez la Gourdan, l'archevêque ne fut pas erroné, car l'abbé de Tencin écrivait, non sans ironie, à sa ... soeur :
« L'évêque de Sisteron est parti d'ici avec la vérole, dit-il, c'est apparemment pour s'en faire guérir qu'il s'en va à la campagne. »
Nul à cette époque ne se scandalisait des débauches du clergé et des moines, bien plus occupés à forniquer qu'à prier Dieu. On se contentait de chansonner ces vénérables ecclésiastiques :
Tous ces prédicateurs
Qui font trembler la chair
Et réforment nos mœurs
Sont les premiers à faire
L'amour
La nuit et le jour.
Le roi nomma cependant une commission d'évêques dans le but de réprimer les orgies du bas clergé, et le chansonnier ajoute :
On a choisi cinq évêques paillards,
Tous cinq rongés de vérole et de chancre,
Pour réformer des moines trop gaillards.
Peut-on blanchir l'ébène avec de l'encre ? (...)
EN PEIGNANT LA GIRAFE (Frédéric Dard, 1963)
(...) Troisième service ! C'est fou le nombre de gens qu'on expédie soit à la morgue soit à l'hosto dans cette affaire. Gaffez-vous de ne pas y aller aussi. Votre soupière pourrait bien faire explosion à force de me lire. L'aspirine ne vous suffira pas toujours, les gars. L'organisme s'accoutume. Le jour viendra où vous tomberez en syncope après le mot fin d'un San-Antonio. Notez que ça me fera de la publicité mais comme je suis bonne âme, je verserai une larme, surtout si je m'assure la collaboration d'un oignon. (...)
08 août 2022
LA SYMPHONIE PASTORALE (André Gide, 1919)
(...) Sarah ressemble à sa mère, ce qui fait que j'aurais voulu la mettre en pension. Elle ressemble non point, hélas ! à ce que sa mère était à son âge, quand nous nous sommes fiancés, mais bien à ce que l'ont fait devenir les soucis de la vie matérielle, et j'allais dire la culture des soucis de la vie (car certainement Amélie les cultive). Certes j'ai bien du mal à reconnaître en elle aujourd'hui l'ange qui souriait naguère à chaque noble élan de mon cœur, que je rêvais d'associer indistinctement à ma vie, et qui me paraissait me précéder et me guider vers la lumière – ou l'amour en ce temps-là me blousait-il ?... Car je ne découvre en Sarah d'autres préoccupations que vulgaires ; à l'instar de sa mère elle se laisse affairer uniquement par des soucis mesquins ; les traits mêmes de son visage que ne spiritualise aucune flamme intérieure, sont mornes et comme durcis. (...)
07 août 2022
CAIN'S GIRL FRIEND (William Grote, 1957)
(...) Comme il regardait dehors par la fenêtre, son visage pâlit de fureur. L'appartement d'Helene était au-dessus du garage. Le sol était environ quatre mètres plus bas. Cette pièce avait été choisie pour entrer parce qu'elle était la plus éloignée de la chambre, et quiconque avait commis l'effraction avait dû utiliser une échelle ou une corde.
Sa rage l'enserra comme de mortels doigts d'acier, une émotion acérée, lacérante, qui griffa son esprit des sillons livides de la haine. Le procédé avait été le même pour assassiner Dan. Un incendie.
Il sut que cette nuit-là allait devoir le transformer. Qu'à partir de maintenant il ne pourrait plus se montrer aimable, plus jamais civilisé. Pour sa propre survie, il devait devenir aussi dur et impitoyable que l'incendiaire qui l'avait traqué jusqu'ici. (...)
[Traduit de l'anglais]
03 août 2022
UNEASY LIES THE HEAD (William L. Rohde, 1957)
(...) "Il y a pas mal d'années, une gitane qui s'était amourachée de moi m'a fait avaler un café d'amoureux. Punaise ! Quelle nuit ce fut!"
"Quel genre de café ?"
"J'ai appris plus tard la recette par un puro rom. Elle y avait mis une tasse de café fort et ajouté deux cuillères de cannelle, cinq clous de girofle, dix grains de vanille, une pointe de muscade, et deux gouttes de teinture de cantharide –"
"Remède de cheval," m'exclamai-je. "C'est un filtre d'amour ou un poison ?"
"Ça n'est pas tout. Elle avait ensuite passé le café dans une chemise de nuit qu'elle avait portée au moins deux nuits. Après qu'elle l'eut réchauffé, elle me le servit. Je l'ai bu." Son regard traversait le mur comme s'il fixait un point à six mille kilomètres d'ici. "Je ne savais pas ce que c'était, à ce moment-là," continua-t-il, se parlant un peu à lui-même. "Le goût en était sucré mais fort, très agréable après le Cognac que j'avais bu. Elle devint soudain la plus belle femme du monde, et moi un véritable Hercules amoureux. L'effet était durable, en plus – nous sommes restés ensemble huit jours."
"Qu'est- il arrivé ensuite ?"
" J'ai dû rentrer en Angleterre. J'étais censé la retrouver l'été suivant à Belgrade. Elle n'y était pas. J'ai trouvé des gitans, mais pas Rena. Elle s'était mariée et avait migré en Hongrie, m'ont-ils dit. Je ne l'ai jamais revue."
Je restai silencieux à beurrer les tartines, et à remplir des petites assiettes de confiture. Un homme a bien le droit de revisiter ses souvenirs.
Après qu'il se soit éclairci la gorge en reprenant maladroitement une cigarette, j'ajoutai, "Je me demande si Peggy connaît cette recette. Non pas qu'elle serait prête à m'en servir."
"N'en soyez pas si sûr. Peut-être même vous invitera-t-elle à dîner, un de ces jours, et qu'elle vous préparera des boulettes de viande. Des boulettes dans une sauce puissante, en fait."
"Vous avez testé ça aussi ?"
"Non, mais je connais la méthode. Elles mélangent de la viande hachée avec oignon et épices, puis la fille les roule sur ses seins et son ventre, avant de garder chaque boulette sous ses aisselles pendant au moins trois minutes. C'est à dire, si elle souhaite que vous tombiez amoureux d'elle, naturellement. Si vous mangez cette préparation, vous êtes aussi cuit que les boulettes."
"C'est une recette qui a du sens," remarquai-je. "Elles savent que la transpiration est un aphrodisiaque." (...)
[Traduit de l'anglais]
.png)

.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)