(...) – Vous aviez dans le temps une excellente maison à Paris, juste en face de la Bourse, – dit Mr Corck. – L'avez-vous toujours ?
– Non, nous avons eu des difficultés avec la police, répondit Martignac sur un ton d'indifférence. – Nous avons été obligés de fermer. Nous nous sommes alors mis à voyager à l'étranger pendant deux ou trois ans. Je restai une année entière à Buenos-Ayres et à Montevideo où je me mis en relation avec le señor Philippo Garcia. Son père avait débuté en faisant la traite des nègres qu'il allait lui-même chercher en Afrique. Mais, quand l'esclavage fut aboli, il dut entreprendre un négoce d'une autre espèce mais dont il su tirer tout autant de bénéfices. Le père est mort depuis longtemps ; mais le fils possède toujours le navire qu'il avait conduit, et c'est sur ce navire qu'il vient en Europe chercher des esclaves blanches, deux fois l'an. Quand il revient avec sa cargaison, les acheteurs viennent à bord où se tient une vente aux enchères. Tout ce qui n'est pas vendu sur place est expédié par le même navire dans d'autres villes situées plus au sud que Buenos-Ayres... C'est un homme qui gagne beaucoup d'argent et qui fréquente dans la meilleure société pendant ses périodes de loisir.
– Alors, la fille que je vous ai amenée est sans doute destinée à l'Amérique du Sud ? – dit Mr Corck. – Nous préférons, pour notre part, la voir expédiée le plus loin possible, à cause de la police anglaise. (...)
