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· Édition originale, 1991, Seuil ·
(...) Ce sur quoi l'on peut déjà insister, c'est le lien qui au Moyen Age unit la rayure et l'idée de diversité, de varietas, comme dit le latin médiéval. Rayé (virgulatus, lineatus, fasciatus, etc.) et varié (varius) sont parfois synonymes, et cette synonymie tire d'emblée la rayure du côté péjoratif. Pour la culture médiévale, en effet, ce qui est varius exprime toujours quelque chose d'impur, d'agressif, d'immoral ou de trompeur. Un homme qualifié de varius est soit un être rusé ou menteur, soit un individu cruel, soit un malade, spécialement lorsqu'il s'agit d'une maladie mentale ou d'une maladie de peau. Au reste, le substantif même de varietas sert à désigner tout à la fois la tromperie, la méchanceté et la lèpre. Et, tout naturellement dans les images, nous l'avons vu, les personnages félons (Caïn, Judas), cruels (le bourreau), atteints de « folie » (le bouffon de cour, l'insensé du livre des Psaumes), ou bien infirmes (lépreux, cagots), sont fréquemment dotés de vêtements rayés. L'écart est grand ici entre notre sensibilité contemporaine – qui fait plutôt de la « variété » une valeur positive, connotant la jeunesse, la gaîté, la tolérance, la curiosité d'esprit – et la sensibilité des hommes du Moyen Age, qui investit surtout dans cette notion des valeurs péjoratives. (...)
