30 juin 2022

L’ÉTOFFE DU DIABLE (Michel Pastoureau, 1991)


· Édition originale, 1991, Seuil ·

(...) Ce sur quoi l'on peut déjà insister, c'est le lien qui au Moyen Age unit la rayure et l'idée de diversité, de varietas, comme dit le latin médiéval. Rayé (virgulatus, lineatus, fasciatus, etc.) et varié (varius) sont parfois synonymes, et cette synonymie tire d'emblée la rayure du côté péjoratif. Pour la culture médiévale, en effet, ce qui est varius exprime toujours quelque chose d'impur, d'agressif, d'immoral ou de trompeur. Un homme qualifié de varius est soit un être rusé ou menteur, soit un individu cruel, soit un malade, spécialement lorsqu'il s'agit d'une maladie mentale ou d'une maladie de peau. Au reste, le substantif même de varietas sert à désigner tout à la fois la tromperie, la méchanceté et la lèpre. Et, tout naturellement dans les images, nous l'avons vu, les personnages félons (Caïn, Judas), cruels (le bourreau), atteints de « folie » (le bouffon de cour, l'insensé du livre des Psaumes), ou bien infirmes (lépreux, cagots), sont fréquemment dotés de vêtements rayés. L'écart est grand ici entre notre sensibilité contemporaine – qui fait plutôt de la « variété » une valeur positive, connotant la jeunesse, la gaîté, la tolérance, la curiosité d'esprit – et la sensibilité des hommes du Moyen Age, qui investit surtout dans cette notion des valeurs péjoratives. (...)

28 juin 2022

SAN-ANTONIO CHEZ LES "GONES" (Frédéric Dard, 1968)


· Edition originale, 1968, Fleuve Noir ·

(...) – C'est le grand circus dans la cour de l'école. La fiesta des big days. Les mouflets ont investi le groupe scolaire et ils ont commencé à l’anéantir systématiquement.
    Les morceaux de craie sont écrasés, ils jouent au foot avec les éponges, ils ont dessiné des phallus sur les tableaux, les bureaux sont empilés les uns sur les autres, et les cahiers sont devenu basse-cour (cocottes en papier), ou escadrilles d'avions. Bref, it is the bavordavel intégral.
    En arrivant dans la strass, le Gros, que sa picolanche de la nuit et mes sarcasmes ont foutu en renaud, pique une crise féroce.
   
– Qu'est-ce que j'aspers-je ! trépigne Son Enormité courroucée. On fait la vacherie dans ma classe ! En vingt ans de carrière j'ai jamais vu ça !
    Il se précipite sur les marmots et se met à les boxer à tout va. Les gnons pleuvent drus. Je suis obligé d'intervenir.
    – Hé ! Molo, Gros, c'est pas une armada de blousons noirs, seulement des écoliers en folie.
    Intrigué, je me rends dans la classe voisine. La même agitation l'embrase. J'interroge un tout petit.
   
– Et ta maîtresse ?
   
– L'est pas là, m'sieur.
   
– Vous l'avez pas vue ce matin ?
    
– Non, m'sieur...
    Le cœur étreint d'une affreuse angoisse, je grimpe au logement de Rosette. Sa porte n'est pas fermaga à clé et je n'ai même pas à faire appel à sésame pour entrer. Personne ! Tout est en ordre, le lit est fait, mais pas  de Rosette ! 
(...)


26 juin 2022

ALERTE DANS LE CIEL (Charles Garreau, 1956)


· Edition originale, 1956, Editions du Grand Damier ·

(...) Car la nuit du 17 au 18 février donna lieu au spectacle le plus extraordinaire que les radaristes de l'aéroport d'Orly aient jamais observé sur leurs écrans. Ce fut, en tous points, une réédition complète de la nuit du 20 juillet 1952, à Washington.
    Il était 22 h. 55 quand le phénomène commença de se manifester par un brouillage de l'écran des radars du centre de contrôle régional : des taches, en forme de croissant, « de banane », se formèrent sur les cadrans. Et soudain, au milieu de ces taches, un « blip »
apparut. Il était plus large, plus intense que les habituels points lumineux signalant un avion dans le ciel. Il avait la même luminosité verdâtre.
    Croyant à un dérèglement du radar, le chef de l'équipe de quart, M. Devaux, appela l'ingénieur de service. Un examen approfondi, diverses vérifications, confirmèrent que le radar fonctionnait normalement.
    Pendant ce temps, l'engin inconnu parcourait le ciel de l'Ile-de-France, disparaissant, reparaissant, s'immobilisant, puis parcourant l'espace à des vitesses fantastiques, que des recoupements permirent d'évaluer à 2.600 km à l'heure, avec des pointes frôlant les 4.000 km.-h.
    Vers minuit, le DC3 d'Air-France, Paris-Londres, décolla. Comme il arrivait vers 1.500 mètres d'altitude, le contrôle d'Orly l'appela : « Attention, un engin non identifié se dirige vers vous... »
    L'avion était alors à la verticale d'Orgeval.
    Sur sa droite, le pilote, le commandant Dessavoi aperçut une lumière rouge qui clignotait. Il dégagea sur sa gauche pour l'éviter. Pendant trente secondes, l'équipage suivit des yeux la lueur insolite, qui, maintenant, filait vers le Bourget.
    Mais le radar du Bourget ne devait rien enregistrer : radar d'atterrissage à portée restreinte, il était trop faible pour « attraper » la chose, qui, pendant deux heures encore, allait mener une sarabande effrénée, jouant à cache-cache avec les avions, fonçant sur eux pour les éviter à la dernière seconde, puis se lançant dans de nouvelles et fulgurantes évolutions.
    Vers deux heures du matin, elle disparut à la verticale de la balise d'Orly.
(...)

19 juin 2022

OVNI - UN PILOTE DE LIGNE PARLE (Jean-Gabriel Greslé, 1993)


· Édition originale, 1993, Guy Trédaniel Éditeur ·

(...) Bien peu de scientifiques semblent posséder les qualités de décision ou de courage nécessaires pour aborder le problème général d'un éventuel contact entre l'humanité et des représentants de civilisations technologiquement plus avancées que la nôtre. Malgré quelques exceptions notables, une prudence inquiète et tatillonne dissimule bien mal l'embarras. Il en va tout autrement des techniciens de haut niveau chargés des problèmes liés à la défense nationale. Nous avons découvert sans surprise qu'ils constituaient la majeure partie des "troupes" affectées aux États-Unis, dès 1947, à l'étude des OVNI.

    Les éléments dont nous disposons nous permettent déjà de construire un ensemble cohérent d'hypothèses :

    1° - Au plus haut niveau de l'Exécutif des États-Unis, un petit groupe d'hommes comprenant sans aucun doute la plupart des membres du National Security Coucil et le président Truman lui-même est persuadé de la réalité des faits suivants :
    a. Des véhicules volants manufacturés pénètrent sans autorisation dans l'espace aérien national.
   b. Les Forces Armées ne disposent pas d'une technologie leur permettant de s'opposer à ces incursions.
    c. Toutefois, elles semblent avoir accès dès 1947, à une source d'information privilégiée telle que les témoignages prennent une importance secondaire.
    d. Le mémorandum du 23 septembre 1947 suggère que l'AMC et les services consultés sont arrivés aux conclusions qu'ils proposent grâce à l'étude d'objets matériels.

    2° - Une décision politique très grave est prise par le Président, après un avis favorable de ses conseillers :
    a. La matérialité d'une violation permanente de la souveraineté des États-Unis sera cachée aux représentants du peuple américain.
    b. En sa qualité de Commandant en Chef des Armées, le Président impose un secret absolu sur la source d'informations à laquelle ses services compétents ont accès.
    c. Les Agences de renseignement existantes, y compris le FBI et la CIA, seront tenues à l'écart du secret.
    d. Des Agences spécialisées seront crées suivant les besoins. Elles échapperont au contrôle du Congrès et à la chaîne habituelle de commandement. Elles n'auront qu'une connaissance partielle et "compartimentée" du secret.

    3° - Tous les moyens nécessaires au maintien du secret seront utilisés, même s'ils impliquent la suspension des droits constitutionnels de certains individus :
    a. Désinformation du public avec la complicité de quelques scientifiques, journalistes, écrivains et faux témoins.
    b. Mise en œuvre de tous les moyens adéquats pour réduire au silence les témoins ou les chercheurs trop encombrants, ou détruire leur réputation et leur crédibilité.
    c. Création de moyens juridiques contraignants à l'usage des Forces Armées.
(...)

17 juin 2022

SEEING IS BELIEVING (John Dickson Carr, 1941)


· Édition poche, 1946, Pocket Books
·

(...) "Nous devons découvrir la personne qui a remplacé une dague en caoutchouc par une véritable dague, quand tout est là pour prouver que personne n'a été en mesure de le faire. Ça ne sert à rien de demander, "Où êtiez-vous à tel ou tel moment ?" Nous savons où chacun se trouvait. Il est inutile de demander, "Comment expliquez-vous telle attitude suspecte ?" Parce qu'il n'y a aucune attitude à soupçonner. Il n'y a eu absolument aucune action. Hypnotisme ! Dague de caoutchouc ! Urr !" (...)
[Traduit de l'anglais]

03 juin 2022

DEMAIN : L'APOCALYPSE (Jimmy Guieu, 1969)


· Édition originale, 1969, Fleuve Noir ·

(...) – Oh ! s'exclama la jeune Russe. Venez donc regarder par ici !
    Ils la rejoignirent, de l'autre côté du dôme transparent et Bill Howard et Aileen restèrent, plus encore que leurs compagnons, pétrifiés de stupeur. Suspendu dans le vide clouté d'astres innombrables, un monstrueux engin en forme de toupie tournoyait lentement ! Un engin colossal, hérissé d'antennes, percé à « son équateur » d'un grand nombre d'ouvertures rectangulaires, les unes sombres, les autres éclairées d'une lumière jaune, assez vive. Fréquemment, des astronefs lenticulaires, analogues au leur, franchissaient ces ouvertures et disparaissaient ; d'autres en sortaient, fusant alors dans l'espace à une vitesse fantastique, telles des bulles de lumières qui ne tardaient pas à s'amenuiser, à s'estomper dans la lumière réfléchie par la surface terrestre vers laquelle ils se dirigeaient.
    – Notre base spatiale, annonça le commandant Thorg, une sorte de satellite artificiel qui, depuis des années, orbite autour de votre planète.
    
– Le... Chevalier Noir ? hasarda Raymond Dorval.
    
– Oui, c'est ainsi que vous l'avez baptisé. Cette base spatiale a causé bien des migraines à vos astronomes. (...)