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29 mars 2023

L'ORIENT BARBARE (Hérodote, 445 av. J.-C.)


· Traduction de Larcher (1802), 1966, Calmann-Lévy ·

(...) Si le roi des Scythes tombe malade, il envoie chercher trois des plus célèbres d'entre ces devins, qui exercent leur art de la manière que nous avons dite. Ils lui répondent ordinairement qu'un tel ou un tel, dont ils disent en même temps le nom, a fait un faux serment, en jurant par les foyers du palais. Les Scythes en effet, jurent assez ordinairement par les foyers du palais, quand ils veulent faire le plus grand de tous les serments.
    Aussitôt on saisit l'accusé, l'un d'un côté, l'autre de l'autre; quand on l'a amené, ils lui déclarent que par l'art de la divination, ils sont sûrs qu'il a fait un faux serment en jurant par les foyers du palais, et qu'ainsi il est la cause de la maladie du roi. Si l'accusé nie le crime et s'indigne qu'on ait pu le lui imputer, le roi fait venir le double d'autres devins. Si ceux-ci le convainquent aussi de parjure par les règles de la divination, on lui tranche sur-le-champ la tête, et ses biens sont confisqués au profit des premiers devins. Si les devins, que le roi a mandés en second lieu, le déclarent innocent, on en fait venir d'autres, et puis d'autres encore; et, s'il est déchargé de l'accusation par le plus grand nombre, la sentence qui l'absout est l'arrêt de mort des premiers devins. (...)

12 mars 2023

LES SECRETS DE LA BASTILLE (Frantz Funck-Brentano, 1932)


· Edition originale, 1932, Flammarion ·

(...) Il faut bien distinguer les deux éléments dont se composa la foule qui se porta sur la Bastille. D'une part une horde de gens sans aveu, ceux que les documents contemporains ne cessent d'appeler « les brigands » et, d'autre part, les citoyens honnêtes – ils formaient certainement la minorité – qui désiraient des armes pour la constitution de la garde bourgeoise. La seule cause qui poussa cette bande sur la Bastille fut le désir de se procurer des armes. Sur ce point tous les documents de valeur et tous les historiens qui ont étudié l'évènement de près sont d'accord. Il n'était pas question de liberté, ni de tyrannie, de délivrer des prisonniers, ni de protester contre l'autorité royale. La prise de la Bastille se fit aux cris de : Vive le Roi ! tout comme, depuis plusieurs mois en province, se faisaient les pillages de grain. (...)

29 octobre 2022

VIEILLES MAISONS, VIEUX PAPIERS VI (G. Lenotre, 1929)


· Réédition, 1930, Librairie Académique Perrin ·

(...) Timoléon de Bennes était parti, en effet, résolu à gagner Coblentz pour s'enrôler dans l'armée que formaient sur le Rhin les Princes, frères de Louis XVI, afin de marcher sur Paris et réduire à merci la révolution. Mme de Bennes, informée du projet de son mari, avait décidé de ne point se séparer de lui ; vêtue d'un costume d'homme, elle l'accompagnait dans son long voyage.
    Par quels moyens arrivèrent-ils au but ? La voiture était bien coûteuse pour leur maigre bourse ; leur bagage, d'ailleurs, devait être léger et ne les embarrassait guère ; il est probable qu'ils allèrent à pied, évitant les grandes villes où leur allure suspecte eût pu leur attirer des désagréments, et qu'ils parvinrent à la frontière par Laigle, Amiens, Beauvais, La Fère ; là ils se trouvaient à une quinzaine de lieues des Pays-Bas autrichiens où, en leur qualité d'émigrés, ils rencontreraient de bienveillants concours. Il paraît certain qu'ils voyagèrent sans passeports, ou, du moins, munis de fausses pièces d'identité, car ils se donnaient pour deux frères, – les frères de Haussey, le chevalier et son cadet. Ils avaient à peu près le même âge, même tournure ; les formes viriles de Mme de Bennes justifiaient son travestissement masculin. Ils sortirent de France sans malencontre et poursuivirent par la Belgique leur route vers le Rhin.
(...)

19 septembre 2022

SAVONAROLE (Georges Mounin, 1960)


· Édition originale, 1960, Club Français du Livre ·

(...) Or toute la dernière partie de la vie du frère a le caractère d'une longue agonie autour de laquelle hurle de plus en plus frénétiquement l'ignoble danse du scalp d'une ville civilisée tout entière – ou peu s'en faut. Comme arrière-plan, l'acharnement carnassier de tous les religieux contre ce religieux – carnivorisme de basse-cour, où l'on sait que les poules achèvent à coups de bec la volaille blessée simplement parce qu'elle saigne déjà. Sur le chemin de Fiesole, un groupe de frères mineurs – les gens de saint François ! – lui crient des injures et des grossièretés. Les franciscains de Santa Croce, contre lui, se font indicateurs et provocateurs, et les dominicains (moins rigoureux) de Santa Maria Novella aussi. Depuis Ponzo, qui le tourne en ridicule avec sa marmite, jusqu'à fra Mariano qui s'abaisse, en cour de Rome, en présence du pape, à traiter le frère Jérôme dans un sermon, de juif, de larron, de ribaud scélérat, d'ivrogne inspiré par le trop bon vin de Trebbiano ; jusqu'à fra Francesco di Puglia qui donne suite à sa bravade de l'épreuve du feu parce qu'il est assuré – par la seigneurie d'Arrabiati et par les Compagnacci, – que de toute façon elle n'aura pas lieu ; jusqu'au sémillant commissaire apostolique Romolino, dont le premier mot quand il arrive à Florence, en réponse à la foule qui crie à mort, est celui-ci : « Nous ferons un beau feu ; j'ai déjà la sentence de condamnation sur moi », – tout le chemin de croix de Savonarole est jalonné d'un affreux cortège de prêtres-anthropophages.
    Savonarole, qui n'est pas un saint, devient dans ce cadre un martyr.
(...)

30 juin 2022

L’ÉTOFFE DU DIABLE (Michel Pastoureau, 1991)


· Édition originale, 1991, Seuil ·

(...) Ce sur quoi l'on peut déjà insister, c'est le lien qui au Moyen Age unit la rayure et l'idée de diversité, de varietas, comme dit le latin médiéval. Rayé (virgulatus, lineatus, fasciatus, etc.) et varié (varius) sont parfois synonymes, et cette synonymie tire d'emblée la rayure du côté péjoratif. Pour la culture médiévale, en effet, ce qui est varius exprime toujours quelque chose d'impur, d'agressif, d'immoral ou de trompeur. Un homme qualifié de varius est soit un être rusé ou menteur, soit un individu cruel, soit un malade, spécialement lorsqu'il s'agit d'une maladie mentale ou d'une maladie de peau. Au reste, le substantif même de varietas sert à désigner tout à la fois la tromperie, la méchanceté et la lèpre. Et, tout naturellement dans les images, nous l'avons vu, les personnages félons (Caïn, Judas), cruels (le bourreau), atteints de « folie » (le bouffon de cour, l'insensé du livre des Psaumes), ou bien infirmes (lépreux, cagots), sont fréquemment dotés de vêtements rayés. L'écart est grand ici entre notre sensibilité contemporaine – qui fait plutôt de la « variété » une valeur positive, connotant la jeunesse, la gaîté, la tolérance, la curiosité d'esprit – et la sensibilité des hommes du Moyen Age, qui investit surtout dans cette notion des valeurs péjoratives. (...)

19 mai 2022

L'ANCIEN RÉGIME (Frantz Funck-Brentano, 1926)


· Réédition, 1938, Flammarion ·

(...) « Voilà comment je traite les amoureux ! » s'écriait Pierre Retif en cinglant son fils de coups de fouet comme un cheval vicieux. Les mésalliances – ou, pour parler plus exactement en nous servant du néologisme créé par le marquis de Mirabeau, les désalliances – étaient le grand danger pour les familles constituées comme nous venons de le dire. Chacune de ces familles avait ses mœurs, ses sentiments, sa position sociale héréditairement définis. Par l'introduction d'un élément disparate, auraient été amenés des coutumes, des idées, des sentiments, des mœurs par trop différents et qui auraient menacé de ruiner cet organisme auquel les générations, séculairement, avaient tout sacrifié et sur lequel reposait la société elle-même.
    L'individu ne comptait pas : la famille le primait, et de très haut. En étudiant la société de l'Ancien Régime, nous nous en étonnerons moins. Admet-on de nos jours que les unions dans les maisons souveraines soient déterminées par l'amour ? – On n'y songe pas.
    Ce que nous disons des familles souveraines s'applique aux grandes maisons princières ou seigneuriales, identiques en leur essence, en leur structure, en leurs intérêts, en leurs aspirations, bien que sur une moindre échelle.
    Imagine-t-on une demoiselle, dont la gracieuse petite personne traîne à sa suite une chaîne infinie, se mariant
au désir de son cœur ; le trouble que l'allure cavalière d'un galant aurait pu apporter dans d'immenses intérêts? (...)

03 mars 2022

AFFAIRES ÉTRANGES (G. LENOTRE, 1899/1914)


· Édition originale, 1950, Grasset ·

(...) Au moindre soupçon, pour une bête malade, pour une récolte perdue, on dénonçait... n'importe qui. Et quand les tribunaux en tenaient un, la répression était terrible. Les juges mettaient d'abord le prévenu à la torture. Au troisième ou quatrième coin, il avouait ; mais comment croire à la parole d'un chrétien qui s'est donné au diable ? Il fallait d'autres preuves, et on commençait à larder le patient de coups d'aiguille par tout le corps. Jusqu'à ce qu'on eût découvert la marque, la place insensible qui était en quelque sorte la signature de Satan. on la trouvait toujours. Alors seulement le sorcier, dûment convaincu, était condamné à être brûlé vif.
    Le malheur était que, soit pour se venger de ses dénonciateurs, soit pour aller au supplice en bonne compagnie, le misérable, questionné sur ceux de ses concitoyens qu'il avait reconnus au Sabbat, énumérait tous ses ennemis ou même ses simples connaissances qui, à leur tour, étaient appréhendés et soumis aux mêmes expériences... Rien que dans le duché de Lorraine, on brûla, en vingt ans, de 1585 à 1604, plus de quatre cents sorciers ; et la chose aurait duré longtemps, si, au commencement du XVIIe siècle, en la prévôté de la Marche, un prévenu, Thomas Gaudel, sommé de révéler les noms de ses compagnons de fredaines diaboliques, n'avait eu l’ingéniosité de dénoncer ses juges : il avait vu, au Sabbat, faisant table commune avec le démon, tous les magistrats présents à l'audience, depuis le procureur général jusqu'au greffier. Et comme il jurait sur son salut éternel qu'il disait la vérité, il fallut bien suspendre les débats : le cas parut si embarrassant qu'on dut le soumettre aux plus fameux savants du Bassigny. Je pense que Thomas Gaudel ne fut pas mis à mort, et son stratagème refroidit grandement le beau zèle des juges enquêteurs.
    C'est à peu près depuis ce temps-là qu'on ne brûle plus les sorciers ; et coïncidence singulière, c'est aussi vers la même époque qu'on s'abstint d'aller au Sabbat.
(...)

23 février 2022

LA POLLUTION AU MOYEN-ÂGE (Jean-Pierre Leguay, 1999)


· Édition originale, 1999, Editions Gisserot ·

(...) L'opinion publique du XVe siècle considère déjà la crasse comme une protection naturelle, un moyen de combattre les inconvénients de la porosité de la peau qui expose les organes à l'infection ! Plutôt que de succomber à la peste, mieux vaut laisser les corps couverts de croûtes et de vermine, diront les plus farouches adversaires du bain. "Ils doivent défendre les étuves et les bains en raison qu'après qu'on en est sorti, la chair et l'habitude du corps en est ramollie et les pores ouverts, et, partant, la vapeur pestiférée peut entrer promptement dedans le corps et faire mourir subitement, ce qu'on a vu plusieurs fois" dit fort doctement un texte médical du XVIe siècle. (...)

03 février 2022

TROIS SIÈCLES D'HISTOIRE DE FRANCE - vol. II/III (G. LENOTRE, 1898/1942)


· Édition originale, 1977, Librairie Académique Perrin ·

(...) Quant à la maison de Mlle Bou, elle devint, à l'époque de la Restauration, la propriété de M. Fiéron qui, en raison, sans nul doute, de l'hôte illustre que Valence avait jadis abrité, avait reçu au baptême le prénom de Napoléon. Jusqu'en 1871, une plaque de marbre, apposée sur la façade, signalait aux passants que Bonaparte, aux débuts de sa carrière, avait habité là. Beaucoup d'étrangers considéraient cette maison avec respect ; quelques-uns s'enhardissaient jusqu'à demander à la visiter. Vers 1830, deux Anglais s'y présentèrent, de bon matin et sollicitèrent la faveur d'entrer dans la chambre de Napoléon. Un chroniqueur local qui a rapporté l'anecdote assure que la domestique à laquelle ils s'adressèrent, et que n'obsédait pas, probablement, la légende napoléonienne, répondit avec le plus beau sang-froid :
    – Il n'est pas encore levé.
Les deux Anglais la regardèrent avec stupeur.
    – Pas levé, s'écrièrent-ils. Mais il est mort depuis longtemps.
    La servante eut un sursaut : pourtant elle se remit vite, et répondit avec assurance.
    – Mort ! Napoléon ! Ah ! Par exemple ! Il se porte mieux que vous.
    Les insulaires se croyaient déjà en possession d'un formidable secret politique, quand M. Fiéron, le propriétaire, qui avait entendu le colloque, se présenta, mettant ses bretelles.
    – Messieurs, dit-il, cette fille a raison ; vous avez Napoléon devant vous... Seulement, c'est Napoléon Fiéron.
(...)

16 novembre 2021

L'AURORE DE LA MÉSOPOTAMIE ET DE L'IRAN (Max Mallowan, 1965)

 
· Édition française, 1966, Éditions Sequoia ·

(...) La plate-forme artificielle qui portait le Temple des Yeux de Brak [3000 av. J.-C.] renfermait, profondément enfouis, quatre édifices plus anciens dont le plan était fondamentalement le même que celui du dernier. Beaucoup de vestiges des trésors qui leur étaient consacrés se rattachent à ces premiers temples. Les idoles des yeux en albâtre blanc et noir, et dont il existe des milliers, se distinguent de la multitude d'objets découverts dans ces niveaux inférieurs. Elles se composent généralement d'un corps mince comme un biscuit surmonté de deux yeux humains qui autrefois étaient teintés de peinture à la malachite. Elles constituent très probablement les offrandes votives de chaque membre de la population à un dieu omnivoyant, veillant sur les destinées de la cité. (...)

09 novembre 2021

TROIS SIÈCLES D'HISTOIRE DE FRANCE - vol. I/III (G. LENOTRE, 1898/1942)


· Édition originale, 1977, Librairie Académique Perrin ·

(...) La première fois que Jean-Baptiste Greuze, passant rue Saint-Jacques, devant la boutique de livres que tenait Babuti, entrevit, parmi les rayons chargés de volumes, le figure de la jolie Gabrielle, fille du libraire, il revenait de Rome, où il avait passé deux ans, et reprenait contact avec Paris. Son ami Diderot lui avait parlé déjà de la petite Babuti, qu'il s'amusait à taquiner chaque fois que ses perpétuelles randonnées à travers la ville le ramenaient vers la rue Saint-Jacques. Alors plein de jeunesse et de belle humeur, Diderot entrait dans la librairie et, du ton le plus innocent, demandait à la charmante gardienne du magasin : « Mademoiselle, voulez-vous me donner le Portier des Chartreux ? – Oh ! monsieur, nous n'avons que des livres honnêtes. – Et la Tourière des carmélites ? – Mais nous ne vendons pas de pareilles vilenies ! – Ah ! faisait le philosophe, jouant la confusion, ce sont des vilenies ? Moi, je n'en savais rien. » Et, ravi des rougeurs dont s'empourpraient les joues de Gabrielle, Diderot s'excusait, faisait un grand salut et s'esquivait en riant. (...)