(...) Timoléon de Bennes était parti, en effet, résolu à gagner Coblentz pour s'enrôler dans l'armée que formaient sur le Rhin les Princes, frères de Louis XVI, afin de marcher sur Paris et réduire à merci la révolution. Mme de Bennes, informée du projet de son mari, avait décidé de ne point se séparer de lui ; vêtue d'un costume d'homme, elle l'accompagnait dans son long voyage.
Par quels moyens arrivèrent-ils au but ? La voiture était bien coûteuse pour leur maigre bourse ; leur bagage, d'ailleurs, devait être léger et ne les embarrassait guère ; il est probable qu'ils allèrent à pied, évitant les grandes villes où leur allure suspecte eût pu leur attirer des désagréments, et qu'ils parvinrent à la frontière par Laigle, Amiens, Beauvais, La Fère ; là ils se trouvaient à une quinzaine de lieues des Pays-Bas autrichiens où, en leur qualité d'émigrés, ils rencontreraient de bienveillants concours. Il paraît certain qu'ils voyagèrent sans passeports, ou, du moins, munis de fausses pièces d'identité, car ils se donnaient pour deux frères, – les frères de Haussey, le chevalier et son cadet. Ils avaient à peu près le même âge, même tournure ; les formes viriles de Mme de Bennes justifiaient son travestissement masculin. Ils sortirent de France sans malencontre et poursuivirent par la Belgique leur route vers le Rhin. (...)
29 octobre 2022
VIEILLES MAISONS, VIEUX PAPIERS VI (G. Lenotre, 1929)
25 octobre 2022
LA CONCIERGE N'EST PLUS DANS L'ESCALIER (Pierre Lamblin, 1951)
(...) L'inspecteur sort d'ici. Pas chic, Brenot ! Je vais être obligée moi-même de percer ce mystère. Dire avec certitude (car c'est une certitude) que nous avons à faire à un assassin intra-muros, c'est ne pas admettre que quelqu'un a pu s'introduire cette nuit-là dans la loge en venant de l'extérieur. (...)
[Traduit de l'anglais]
24 octobre 2022
PRENEZ-EN DE LA GRAINE (Frédéric Dard, 1959)
(...) – Où est-elle ? mens-je, car je sais pertinemment qu'à l'heure où je mets sous presse, la pauvre dame gît dans un tiroir frigorifique de la morgue.
– En voyage... Elle est partie avec Tonton...
– Tonton ?
– C'est le surnom de son mari...
Ça me rappelle la fameuse histoire d'Alphonse Allais. Celle du gars qui écrivait à son pote pour lui annoncer que sa femme s'était barrée avec son oncle en emportant un bouquin de Taine auquel il tenait beaucoup et un petit thon qu'il élevait au biberon dans un aquarium... Le copain disait en un condensé saisissant : « Ta femme est partie avec Tonton, ton Taine et ton thon ! » Pas mal, non ?
– Où est-elle allée ?
– En France, je crois...
– Que fait-elle dans la vie ?
La grosse morue plisse ses paupières en forme de blagues à tabac démunies. Elle pige mal ma question, je suis obligé de la démultiplier.
– Comme moi, dit-elle...
– Ah, bon...
Je ne m'attendais pas à ça. Mme Van Knossen avait l'air de n'importe quoi, et surtout d'une morte lorsque je l'ai vue, mais assurément pas d'une dame qui a fait ses classes à Saint-Claude, Jura ! (...)
21 octobre 2022
19 octobre 2022
LE BERGER DE L'AVENT (Gunnar Gunnarsson, 1936)
(...) Chaque homme vit sa vie de façon différente. Les uns parlent sans discontinuer. Les autres sont familiers du silence. Certains ont besoin d'être entourés d'autres hommes pour se sentir bien. D'autres ne sont eux-mêmes qu'en se retrouvant seuls, au moins de temps en temps. Benedikt n'était pas ennemi du genre humain. Mais il l'évitait pendant ses randonnées de l'Avent. Quand il était dans la montagne, il en faisait partie, d'une certaine façon. Et ce n'était sûrement pas l'endroit pour écouter des bavardages incessants ! Jadis, il était plus tolérant. Mais il vieillissait, c'était incontestable. Où donc étaient la paix et la sérénité profonde qu'il avait éprouvées le dimanche précédent ? Ce sentiment d'apaisement et d'attente. C'était seulement cinq jours plus tôt, aussi incroyable que ça puisse paraître. Si tout s'était passé comme prévu, il serait sur le point de rentrer chez lui. Et il était là, aussi usé que ses haillons, usé de corps et d'esprit. Les années passent et on les sent passer. (...)
15 octobre 2022
LE COLLÈGE INVISIBLE (Jacques Vallée, 1975)
(...) Résumons les deux premiers facteurs de dissimulation :
1. La pression sociale décourage le rapport d'une observation.
2. Les structures bureaucratiques se croient obligées de fournir à tout prix une « explication » si un rapport est publié.
Je crois qu'à ces deux facteurs s'en rajoute un troisième.
3. Le phénomène contient un mécanisme pour s'expliquer lui-même !
Le lecteur qui a peut-être patiemment suivi mon explication des deux premiers camouflages va sans doute buter sur le troisième. Qu'il prenne alors connaissance du cas suivant, sans oublier qu'il s'agit d'une observation analysée à fond par l'Université du Colorado, insoluble d'après le professeur Condon, et enfouie dans la confusion de son rapport. Le cas était si gros qu'il ne put le camoufler entièrement.
La scène se passe le 3 décembre 1967. Un policier américain, Herbert Schirmer, roulait à 2 h 30 du matin dans la région d'Ashland, dans me Nebraska. Soudain il crut voir un camion devant lui sur la route. Il s'agissait d'un objet qui portait une rangée de lumières clignotantes. Le policier se mit en « phares ». Le soi-disant « camion » décolla ! Le témoin rentra au poste de police et inscrivit sur le registre :
« Vu soucoupe volante à l'intersection des routes 6 et 63. Croyez-le ou ne le croyez-pas. »
L'histoire pourrait s'arrêter là. Une grande majorité des cas d'OVNI s'arrêtent là. Le témoin va se coucher ! Or Schirmer alla effectivement se coucher mais il ne put trouver le sommeil. Il avait un mal de tête épouvantable. Il entendait un bourdonnement. Il avait une trace rouge sous l'oreille gauche.
Le cas fut porté à l'attention de l'Université du Colorado. Schirmer fut placé sous hypnose. On découvrit qu'il avait une « absence » de vingt minutes, au cours de laquelle il ne pouvait pas décrire ses actes. On poursuivit l'hypnose et l'histoire se compliqua.
L'objet qu'il avait cru être un camion décolla, mais Shirmer ne rentra pas au poste de police comme il l'avait affirmé. Il décida au contraire de suivre l'engin, prit un chemin de terre et roula dans la direction de la lumière intense. Arrivé à Wahoo, il tenta d'entrer en contact radio avec la police mais son émetteur ne fonctionna pas. C'est alors que son moteur de voiture cala. L'engin approcha. Il était métallique, ovale, entouré d'une lueur argentée... Il faisait un bruit de tourbillon, et il finit par atterrir juste devant la voiture. Le policier Schirmer voulait rentrer à la maison. « Quelque chose dans son esprit » l'en empêchait. Les occupants de l'engin apparurent venant vers la voiture. Schirmer voulait tirer son révolver mais ne put le faire. Ils lancèrent sur lui un éclair verdâtre, tirèrent un petit objet d'un étui, l'éclairèrent avec une lumière, et il perdit connaissance ! (...)
12 octobre 2022
SAN-ANTONIO RENVOIE LA BALLE (Frédéric Dard, 1960)
(...) Brusquement, je sens le dimanche... Je le sens à la qualité de l'air, à cette espèce d'assoupissement bizarre, de navrance inconsciente qui flotte autour des gens.
Le dimanche, c'est le jour où les hommes sentent leur mort. C'est pourquoi ils font la gu... Quelques-uns picolent pour ne pas y penser. Ils chantent « Boire un petit coup c'est agréable » avec des copains, comme ça, pour s'étourdir, pour reculer la fatalité qui les menace... Ou bien ils vont tuer du goujon, ou du perdreau...
–
A quoi tu penses, dis, Louis XVI ? rigole le Gros...
–
Justement : à ma mort, assuré-je.
–
Faut toujours que tu débloques, s'épanouit Béru.
Je lui vote un regard sincèrement admiratif.
– Tu n'y penses jamais, toi, à la mort ? je questionne.
–
Moi ! T'es dingue, mon pauvre San-A ! Pourquoi que j'y penserais à la mort, puisque je vais mourir...C'est à ce qui ne peut pas arriver que je pense... A ce dont au sujet duquel à propos de quoi on n'est pas sûr ! La mort, ça, au moins, j'en suis sûr... Y a pas de problème.
–
Tu trouves ?
–
Certainly, Sir !
– Ça ne t'effraie pas ?
Cette fois, il a l'air franchement inquiet. Pas pour lui : pour moi.
–
T'as des vapeurs ? C'est peut-être la digestion. Qu'est-ce t'as morfillé à midi ?
(...)
07 octobre 2022
SENS DESSUS DESSOUS (Raymond Devos, 1976)
(...) On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C'est difficile de juger. Moi, j'ai longtemps donné raison à tout le monde. Jusqu'au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc, j'avais raison ! Par conséquent, j'avais tort ! Tort de donner raison à des gens qui avaient tort de croire qu'ils avaient raison. C'est-à-dire que moi qui n'avais pas tort, je n'avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu'ils avaient tort. J'ai raison, non ? (...)
04 octobre 2022
CES DIEUX VENUS D'AILLEURS (Christine Dequerlor, 1977)
(...) Nous venons de voir qu'il y a environ un millénaire, au Toro Muerto, les Indiens gravèrent des cosmonautes, aussi fidèlement que des photographies et semblables à ceux de notre époque. Je précise qu'ils ne le firent pas pour répondre à une tradition. La maîtrise du dessin, les costumes des Extra-Terrestres, le cadre dans lequel ils se situent, varient avec les civilisations. Les artistes ne se copiaient donc pas, mais reproduisaient exactement ce qu'ils observaient de façon vivante et réaliste. (...)
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