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30 juillet 2023

MÉNAGE TES MÉNINGES (Frédéric Dard, 1969)


· Edition originale, 1969, Fleuve Noir ·

(...) – Laisse-le moi, y me plaît ! fait dans mon dos la voix graillonneuse et tant aimée de Bérurier.
    Et le Gravos fait une entrée de théâtre. Il a ses bretelles qui lui battent les noix, une veste de pyjama au lieu de chemise, sa veste est partagée en deux dans le dos, il est sans chapeau et sans souliers. Ses chaussettes grises sont ravaudées avec du coton rouge. On dirait qu'il a deux truites de six livres à la place des pieds.
    
– T'as eu le naze creux en me bigophonant, fait-il. Figure-toi que pendant que tu me causais la Rousse investissait l'hôtel. (...)

08 mai 2023

Y'A BON SAN-ANTONIO (Frédéric Dard, 1961)


· Réédition originale, 1967, Fleuve Noir ·

(...) Madame porte un gaine garnie de dentelle noire, un porte-bas affolant, noir aussi, et un bustier d'où elle retire successivement : un kilo de farine blanche, deux poissons rouges, un dis de carreau, un tesson d'aquarium, un tronçon de baguette magique, un bouton de col, un berlingot Bio-dop, un étui à lunettes, le reste d'un sandwich aux rillettes, une balle de tennis, une de Lebel et une de coton. C'est pas un soutien-chose, c'est un hotte. Je m'attends à l'en voir retirer le gars Alfred en personne, mais elle stoppe l'évacuation, se sonde l'entre-seins, ramène encore un chandelier à trois branches et déclare forfait.
    
– San-A., proteste le Gros, je te prierais de ne pas regarder Mme Bérurier de cet œil c...-c...-pissant. Je veux bien que tu es mon supérieur, mais ça ne donne pas le droit de cuissage. (...)

31 mars 2023

SAN-ANTONIO POLKA ( Frédéric Dard, 1963)


· Réédition, 1969, Fleuve Noir ·

(...) Je reprends mes prouesses amygdaliennes là où je les ai laissées. Elles ne semblent pas déplaire à la môme Lydia, bien au contraire. La voilà qui se plaque contre moi, qui m'étreint, qui me chevauche, qui me comprime, qui m'exprime, qui s'incruste, qui s'insinue, qui s'empare, qui ne désempare pas, qui promet, qui tient, qui tient bien, qui n'y tient plus, qui se dit que deux tu les as vaut mieux qu'un tien tu l'auras... (...)

26 février 2023

LA RATE AU COURT-BOUILLON (Frédéric Dard, 1965)


· Réédition, 1969, Fleuve Noir ·

(...) Comme dans les films américains des années 30, la belle Eczéma est à sa coiffeuse. Elle porte un déshabillé qui mérite bien son blaze ; tellement transparent, il est, qu'on a l'impression que la dame s'est fringuée uniquement avec de la fumée de cigarette. Le cadre de son miroir est en or massif, vous aviez rectifié de vous-mêmes. Elle se tourne vers moi en m'apercevant et me virgule un sourire d'accueil qui ferait fondre l'obélisque de la place de la Concorde. (...)

06 février 2023

FLEUR DE NAVE VINAIGRETTE (Frédéric Dard, 1962)


· Édition originale, 1962, Fleuve Noir ·

(...) – Béru, il faut absolument que nous découvrions l'assassin. Il est inadmissible que nous volions des heures dans le même zinzin que lui sans rien faire pour le démasquer.
    Le Gros agite les grelots de son sombrero.
    – D'ac ; mais je vois pas le moyen !
    – Moi, je l'entrevois, dis-je.
    – Quel est-ce ?
    – Je vais essayer de le débusquer en lui filant les grelots.
    – De quelle manière ?
    – Tu vas voir à la prochaine escale.
    – C'est à dire ?
    – Calcutta.
    Le Gros n'insiste pas.
    – Calcutta, c'est bien au Danemark ? murmure-t-il d'un ton indécis.
    – Naturellement.
    – C'est ce qui me semblait. On a beau dire, mais l'instruction ça reste. On ne sait pas toujours, mais quand on sait, on sait.
(...)

08 janvier 2023

DU POULET AU MENU (frédéric Dard, 1958)


· Réédition, 1966, Fleuve Noir ·

(...) Quelle humanité en péril ! C'est tout en pleine décomposition, ça, madame ! Ah ! si vous pouviez mater ces tronches, ces corps, ces physionomies !
    Des grosses mochetées, gonflées et rondouillardes comme le bonhomme Michelin. (Du reste l'une d'elles a appelé sa petite fille Micheline.) Avec des bourrelets aux cuisses, au bide, au fignedé... Des nichons pareils à des sacs de farine, des bajoues. Le tout couvert de peinture, d'or, de soie, de prétention... Couvert d'imbécilité... Des sourires lippus ; des regards visqueux comme des beignets mal cuits ! Ah ! les belles dames rupinos ! Bien faisandées, varicées, cellulitées, engraissées, mais dignes ! Dignes avec du rouge aux lèvres et aux joues, du noir et du vert, et du bleu et du violet aux châsses ! Et jaunes aussi... C'est jaune et ça ne sait pas !... Jaune verdâtre, comme toutes les barbaques gâtées.
(...)

10 décembre 2022

TOUT LE PLAISIR EST POUR MOI (Frédéric Dard, 1959)


· Réédition, 1964, Fleuve Noir ·

(...) Un type ayant des principes, comme Archimède par exemple, demanderait à la veuve Coras si elle prend sa poire pour un quart de Brie et lui conseillerait d'aller cultiver le pois de senteur sur la tombe de son défunt. J'ai déjà vécu des moments pas ordinaires, vous le savez ; et si vous le savez pas il vous suffit de ligoter les tomes (de Savoie et autres) sortis de mes presses pour vous en convaincre (un con vaincu valant un vainqueur). Mais des moments comme icelui étaient jusqu'à présent inconnus au bataillon. (...)

24 novembre 2022

FAUT ÊTRE LOGIQUE (Frédéric Dard, 1967)


· Edition originale, 1967, Fleuve Noir ·

(...) – Dites, Larnacq, le houspillé-je, ne jouez pas les grands timides au moment de vous mettre à table, parce que nous risquerions de perdre patience !
    Bérurier intervient.
   
– Tu penses que le Maître n'a pas envie de nous faire languir, dit-il gentiment. Il se doute bien qu'autrement sinon je lui filerais des petites caresses en jus de muscles !
    Joignant le geste à la parole et désireux d'illustrer sa menace, le Gros cloque une mandale sur le museau frelaté de Larnacq qui en éternue ses lunettes.
   
– Je... Je vais parler, assure le tabellion.
   
Ben évidemment, déclare le Gros, tu penses que j'en doute pas, pépère, puisque si tu causais pas tu te ferais massacrer, faut être logique...
    Le notaire s'humecte les lèvres avec son triste bout de langue.
   
– Je... j'avais une bonne assurance, dit-il... dans différentes compagnies suisses et anglaises...
   
– Ça ne m'étonne pas de vous, affirmé-je, vous êtes un méticuleux dans votre genre, Maître.
   
– Alors j'ai fait une déclaration de vol très... très...
(...)

24 octobre 2022

PRENEZ-EN DE LA GRAINE (Frédéric Dard, 1959)


· Réédition, 1963, Fleuve Noir ·

(...) – Où est-elle ? mens-je, car je sais pertinemment qu'à l'heure où je mets sous presse, la pauvre dame gît dans un tiroir frigorifique de la morgue.
    – En voyage... Elle est partie avec Tonton...
    – Tonton ?
    – C'est le surnom de son mari...
    Ça me rappelle la fameuse histoire d'Alphonse Allais. Celle du gars qui écrivait à son pote pour lui annoncer que sa femme s'était barrée avec son oncle en emportant un bouquin de Taine auquel il tenait beaucoup et un petit thon qu'il élevait au biberon dans un aquarium... Le copain disait en un condensé saisissant : « Ta femme est partie avec Tonton, ton Taine et ton thon ! » Pas mal, non ?
   
– Où est-elle allée ?
   
– En France, je crois...
   
– Que fait-elle dans la vie ?
    La grosse morue plisse ses paupières en forme de blagues à tabac démunies. Elle pige mal ma question, je suis obligé de la démultiplier.
    
– Comme moi, dit-elle...
   
– Ah, bon...
    Je ne m'attendais pas à ça. Mme Van Knossen avait l'air de n'importe quoi, et surtout d'une morte lorsque je l'ai vue, mais assurément pas d'une dame qui a fait ses classes à Saint-Claude, Jura !
(...)

12 octobre 2022

SAN-ANTONIO RENVOIE LA BALLE (Frédéric Dard, 1960)


· Réédition, 1964, Fleuve Noir ·

(...) Brusquement, je  sens le dimanche... Je le sens à la qualité de l'air, à cette espèce d'assoupissement bizarre, de navrance inconsciente qui flotte autour des gens.
    Le dimanche, c'est le jour où les hommes sentent leur mort. C'est pourquoi ils font la gu... Quelques-uns picolent pour ne pas y penser. Ils chantent « Boire un petit coup c'est agréable » avec des copains, comme ça, pour s'étourdir, pour reculer la fatalité qui les menace... Ou bien ils vont tuer du goujon, ou du perdreau...
    
– A quoi tu penses, dis, Louis XVI ? rigole le Gros...
   
– Justement : à ma mort, assuré-je.
   
– Faut toujours que tu débloques, s'épanouit Béru.
    Je lui vote un regard sincèrement admiratif.
   
– Tu n'y penses jamais, toi, à la mort ? je questionne.
    
– Moi ! T'es dingue, mon pauvre San-A ! Pourquoi que j'y penserais à la mort, puisque je vais mourir...C'est à ce qui ne peut pas arriver que je pense... A ce dont au sujet duquel à propos de quoi on n'est pas sûr ! La mort, ça, au moins, j'en suis sûr... Y a pas de problème.
   
– Tu trouves ?
   
– Certainly, Sir !
   
– Ça ne t'effraie pas ?
    Cette fois, il a l'air franchement inquiet. Pas pour lui : pour moi.
    
– T'as des vapeurs ? C'est peut-être la digestion. Qu'est-ce t'as morfillé à midi ?
(...)

18 septembre 2022

NE MANGEZ PAS LA CONSIGNE (Frédéric Dard, 1961)


· Réédition, 1967, Fleuve Noir ·

(...) – Dis-moi, Adèle, fais-je, profitant d'une suspension d'audience. Tu es à Paris pour longtemps ?
    – Oh ! une huitaine, pas plus, s'excuse-t-elle. Avec mes œuvres, vous pensez, je ne peux pas rester absente longtemps.
    M'man déclare sans défaillance que c'est fort dommage. Adèle répond qu'elle sait bien, qu'elle essaiera de rester dix jours en téléphonant chaque matin à m'sieur le curé, et San-Antonio, quant à lui, se demande s'il abat Adèle d'une balle dans la nuque ou s'il se la fait à la poudre à doryphore !
    Là-dessus, Adèle me demande si je vais à la première messe le matin. Je lui réponds par l'affirmative et elle est toute rosissante de plaisir.
    – Alors, j'irai avec toi, décrète-t-elle.
    Rassuré sur ce point, je gobe mon dessert et me lève pour retourner au charbon. Ça me fend le cœur de
laisser Félicie dans les serres d'Adèle, mais le boulot commande.
    Je file directo au labo. Poilancatre vient d'achever sa tâche. Il semble exténué.
    – Alors ? je demande.
    – Vous parlez d'un boulot. Tenez, vos photos...
    Il me présente trois clichés ruisselants sur une feuille de buvard. Je confronte ces épreuves avec celles qui sont épinglées aux fiches. Pas de doute : le Noir et le Jaune sont bien les disparus de Béjuis. En voici déjà deux d'identifiés. Allons ! ça ne carbure pas trop mal.
    – Ensuite ? je demande.
    Poilancatre lève les bras.
    – Pour ce qui est des empreintes, ne soyez pas trop pressé. Il y en a tellement qui se superposent, se brouillent, je crois que vous n'obtiendrez pas de résultats tangibles de ce côté. Vous pensez : une consigne de gare, tous les types qui...
    – D'ac. Que pouvez-vous m'apprendre encore ?
    – La nature des décollations. Celles-ci ont été effectuées par le même instrument, c'est-à-dire une lame extrêmement large et tranchante. Je verrais assez un cimeterre. Ces hommes ont été décapités alors qu'ils étaient vivants. On leur a en outre tranché la tête d'un seul coup, comme ferait un bourreau expérimenté.
(...)


17 août 2022

EN PEIGNANT LA GIRAFE (Frédéric Dard, 1963)


· Edition originale, 1963, Fleuve Noir ·

(...) Troisième service ! C'est fou le nombre de gens qu'on expédie soit à la morgue soit à l'hosto dans cette affaire. Gaffez-vous de ne pas y aller aussi. Votre soupière pourrait bien faire explosion à force de me lire. L'aspirine ne vous suffira pas toujours, les gars. L'organisme s'accoutume. Le jour viendra où vous tomberez en syncope après le mot fin d'un San-Antonio. Notez que ça me fera de la publicité mais comme je suis bonne âme, je verserai une larme, surtout si je m'assure la collaboration d'un oignon. (...)

28 juin 2022

SAN-ANTONIO CHEZ LES "GONES" (Frédéric Dard, 1968)


· Edition originale, 1968, Fleuve Noir ·

(...) – C'est le grand circus dans la cour de l'école. La fiesta des big days. Les mouflets ont investi le groupe scolaire et ils ont commencé à l’anéantir systématiquement.
    Les morceaux de craie sont écrasés, ils jouent au foot avec les éponges, ils ont dessiné des phallus sur les tableaux, les bureaux sont empilés les uns sur les autres, et les cahiers sont devenu basse-cour (cocottes en papier), ou escadrilles d'avions. Bref, it is the bavordavel intégral.
    En arrivant dans la strass, le Gros, que sa picolanche de la nuit et mes sarcasmes ont foutu en renaud, pique une crise féroce.
   
– Qu'est-ce que j'aspers-je ! trépigne Son Enormité courroucée. On fait la vacherie dans ma classe ! En vingt ans de carrière j'ai jamais vu ça !
    Il se précipite sur les marmots et se met à les boxer à tout va. Les gnons pleuvent drus. Je suis obligé d'intervenir.
    – Hé ! Molo, Gros, c'est pas une armada de blousons noirs, seulement des écoliers en folie.
    Intrigué, je me rends dans la classe voisine. La même agitation l'embrase. J'interroge un tout petit.
   
– Et ta maîtresse ?
   
– L'est pas là, m'sieur.
   
– Vous l'avez pas vue ce matin ?
    
– Non, m'sieur...
    Le cœur étreint d'une affreuse angoisse, je grimpe au logement de Rosette. Sa porte n'est pas fermaga à clé et je n'ai même pas à faire appel à sésame pour entrer. Personne ! Tout est en ordre, le lit est fait, mais pas  de Rosette ! 
(...)


17 mai 2022

L'ARCHIPEL DES MALOTRUS (Frédéric Dard, 1967)


· Edition originale, 1967, Fleuve Noir ·

(...) – Gardes ! Vite ! La justice de Sa Majesté ne souffre pas de retard.
    Les colosses aux corps couleur d'ébène s'emparent de nos personnes en deux temps trois mouvements (quatre au plus).
    Ils nous entraînent vers le fond de la salle.
    
– Admirez la clémence de Sa Majesté, poursuit la vieille frappe, on va seulement vous couper le cou. Il m'aurait appartenu de décider seul, je vous aurais arraché chaque parcelle de chair avec des tenailles rougies !
   
– Je reconnais bien là la mansuétude de la reine Kelbobaba, dis-je. Veuillez la remercier pour nous.
   
– Il en sera fait selon votre dernière volonté, déclare sans humour le devin.
    Il montre Béru :
   
– Commencez par lui !
    Ma parole, c'est pas de la frime. Ecoutez, se faire sectionner le cigare dans une grotte, en plein
Pacifique, y a de quoi perdre la tête, non ? Et le plus fortissimo de caoua, c'est que moi qui vois toujours la feinte à Jules dans les circonstances dramatiques, eh bien ! en ce moment je vois rigoureusement bézef, les gars.
(...)