27 décembre 2021

EN LONG, EN LARGE ET EN TRAVERS (Frédéric Dard, 1958)


· Réédition, 1964, Fleuve Noir ·

(...) – Je me souviens d'une enquête dans un château quand que j'étais à la criminelle. Des mecs qui donnaient une gardienne-partie... Drame passionnel ! Le fils de la taule avait balancé une bastos dans le chignon d'une petite bonne, because elle faisait des gâteries à son dabe ! Fallait du doigté : le dabe grand pote avec un ministre, tu vois le topo ?
    
– Et on t'a choisi ?
    
– Turellement ! J'étais dans mes petits souliers...
   
– Toi ! m'exclamé-je, incrédule, en louchant sur ses 47 Grand-Large !
   
– Alors là, San-Antonio, tu m'aurais vu, tu ne l'aurais pas cru : tout en finesse... De l'élégance, de la souplesse... Le bitos à la main pour causer aux dames... On parlait rien qu'au subjonctif ou, à la rigueur, au passé simple avec la valetaille ! Et des Mâme la baronne par là, et des liaisons à changement de vitesse. Tu mords le style ? « Je voudrais que vous alliassiez z'au fond du parc »... Là faut se surveiller ! Tu te rends compte que la langue française c'est vicelard et compagnie ! Je me rappelle, tiens, l'assassin... Quand y se fout à table. Tu sais ce qu'y me déballe, ce tocard ? j'« entretenais des amours ancillaires... » Textuel ! « Ancillaires », ça m'est resté. Ancillaire ! on se demande où y vont chercher ça... Je me souviens plus ce que ça veut dire, mais à l'époque, j'ai regardé dans le dictionnaire pour voir s'il se foutait pas de ma gueule ! (...)