23 mai 2022

TARZAN AND THE MADMAN (Edgar Rice Burroughs, 1940)


· Édition poche, 1965, Ballantine Books
·

(...) Cette fois Mal-Gash resta immobile ; et Tarzan se jeta sur lui, son grand couteau de chasse scintillant dans les airs. "Kagoda ?" demanda-t-il.
    Mal-Gash, surpris, et étourdi, vit le couteau briller au-dessus de lui, ressentant la pression des doigts
sur sa gorge. "Kagoda", dit-il, ce qui signifie soit "Te rends-tu?" ou "Je me rends", en fonction de l'inflexion.
    Tarzan bondit sur ses pieds et se mit à se frapper la poitrine, car il connaissait bien ces anthropoïdes, et il savait qu'un roi se doit non seulement de prouver son droit au pouvoir, mais aussi d'impressionner continuellement ses suivants à l'esprit simple par des battements de poitrine et des fanfaronnades, tout à fait comme l'esprit simple du fasciste se laisse impressionner. "Je suis Tarzan, roi de tous les singes," s'écria-t-il ; puis il parcourut du regard l'assemblée de singes pour voir si aucun d'entre eux oserait discuter son droit au pouvoir.
(...)

[Traduit de l'anglais]

19 mai 2022

L'ANCIEN RÉGIME (Frantz Funck-Brentano, 1926)


· Réédition, 1938, Flammarion ·

(...) « Voilà comment je traite les amoureux ! » s'écriait Pierre Retif en cinglant son fils de coups de fouet comme un cheval vicieux. Les mésalliances – ou, pour parler plus exactement en nous servant du néologisme créé par le marquis de Mirabeau, les désalliances – étaient le grand danger pour les familles constituées comme nous venons de le dire. Chacune de ces familles avait ses mœurs, ses sentiments, sa position sociale héréditairement définis. Par l'introduction d'un élément disparate, auraient été amenés des coutumes, des idées, des sentiments, des mœurs par trop différents et qui auraient menacé de ruiner cet organisme auquel les générations, séculairement, avaient tout sacrifié et sur lequel reposait la société elle-même.
    L'individu ne comptait pas : la famille le primait, et de très haut. En étudiant la société de l'Ancien Régime, nous nous en étonnerons moins. Admet-on de nos jours que les unions dans les maisons souveraines soient déterminées par l'amour ? – On n'y songe pas.
    Ce que nous disons des familles souveraines s'applique aux grandes maisons princières ou seigneuriales, identiques en leur essence, en leur structure, en leurs intérêts, en leurs aspirations, bien que sur une moindre échelle.
    Imagine-t-on une demoiselle, dont la gracieuse petite personne traîne à sa suite une chaîne infinie, se mariant
au désir de son cœur ; le trouble que l'allure cavalière d'un galant aurait pu apporter dans d'immenses intérêts? (...)

17 mai 2022

L'ARCHIPEL DES MALOTRUS (Frédéric Dard, 1967)


· Edition originale, 1967, Fleuve Noir ·

(...) – Gardes ! Vite ! La justice de Sa Majesté ne souffre pas de retard.
    Les colosses aux corps couleur d'ébène s'emparent de nos personnes en deux temps trois mouvements (quatre au plus).
    Ils nous entraînent vers le fond de la salle.
    
– Admirez la clémence de Sa Majesté, poursuit la vieille frappe, on va seulement vous couper le cou. Il m'aurait appartenu de décider seul, je vous aurais arraché chaque parcelle de chair avec des tenailles rougies !
   
– Je reconnais bien là la mansuétude de la reine Kelbobaba, dis-je. Veuillez la remercier pour nous.
   
– Il en sera fait selon votre dernière volonté, déclare sans humour le devin.
    Il montre Béru :
   
– Commencez par lui !
    Ma parole, c'est pas de la frime. Ecoutez, se faire sectionner le cigare dans une grotte, en plein
Pacifique, y a de quoi perdre la tête, non ? Et le plus fortissimo de caoua, c'est que moi qui vois toujours la feinte à Jules dans les circonstances dramatiques, eh bien ! en ce moment je vois rigoureusement bézef, les gars.
(...)

14 mai 2022

POKER DU DIABLE (Jacques-Henri Juillet, 1970)


· Édition originale, 1970, Continental Pocket ·

(...) – Tout cela est bien joli, déclara Stucker, mais il y a 300 livres sur la table et...
    – Qu'à cela ne tienne, interrompit Frère Panurge toujours en verve. Je vous propose une solution originale qui mettra fin au conflit.
    Il sortit de sa soutane un paquet de cartes, neuf.
    – Voici un jeu neuf et garanti, et que vous pouvez vérifier. Je mets l'égalité de vos mises et nous jouons le « pot » ensemble sur un seul coup !
    – Très original, admit sir Kingston qui voyait une possibilité de rattraper ses pertes.
    – Je croyais que votre état vous interdisait le jeu, remarqua ironiquement Stucker.
    – Il y a toujours des « dispenses » dans certains cas, affirma Panurge sans se démonter.
    – Je suppose que c'est pour vos œuvres que vous avez des cartes avec vous ? interrogea Sturm, en offrant sa place à Panurge.
    – Non ! pour mes patronages, répliqua celui-ci.
(...)

07 mai 2022

CROWS CAN'T COUNT (Erle Stanley Gardner, 1946)


· Édition poche, 1950s, Dell Books
·

(...) "Allons, viens, Pancho." Elle tendit un doigt.
    Le corbeau tourna la tête pour planter sur moi ses yeux de perle. "Menteur," dit-il, et se mit à rire avec une joie animale, d'un rire rauque.
    "Pancho, ne sois pas comme ça. Tu te comportes en vilain garçon. Ce ne sont pas là de bonne manières de corbeau. Viens par ici."
    Le corbeau sautilla avec hésitation vers elle, s'arrêtant sur une bûche de la cheminée encrassée.
    "Viens, maintenant. Mr Lam veut être ton ami. Il souhaite apprendre quelque chose de particulier à ton sujet. Viens, et parle-lui gentiment."
    Le corbeau fit un autre bond puis, avec de rapides battement d'ailes, vint s'installer sur son doigt. De son autre main, elle le caressa sous la gorge. Elle précisa tranquillement, "Il a horreur que l'on place la main au-dessus de sa tête."
(...)

[Traduit de l'anglais]

29 avril 2022

ONIRIA (Jimmy Guieu, 1962)


· Édition originale, 1962, Fleuve Noir ·

(...) Une douce torpeur avait envahi Raymond Dubray et Micheline Laurent peu après que le masque inhalateur leur eut été appliqué, tout au début de l'expérience. Pendant un temps qu'ils n'auraient pu évaluer, ils sombrèrent dans l'inconscience, incapables d'échanger la moindre pensée. Les vapeurs du Kélène, en les anesthésiant, avaient sur le moment totalement interrompu leurs communications télépathiques.
    Puis, graduellement, ils éprouvèrent des sensations étranges mais indéfinissables dans les couches sous-jacentes de leur conscient. Un malaise inexplicable s'empara de leur esprit au fur et à mesure que se développait en eux la prise de conscience de leur état proche du sommeil normal. Car ils commençaient à peine à raisonner, au sortir du néant initial de l'anesthésie. Brusquement, et avec une rapidité qui les rendait insaisissables dans leur détail, des visions cauchemardesques les assaillirent.
(...)

20 avril 2022

FRÈRE PANURGE FAIT DE L'ESPIONNAGE (Jacques-Henri Juillet, 1962)


· Édition originale, 1962, Atlantic & Grand Damier ·

(...) Un moine conduisant une voiture peut déjà paraître un spectacle quelque peu anachronique, mais quand ce moine s'appelle Frère Panurge, ça devient de l'exhibition, à mi-chemin entre la parade de cirque et la campagne électorale.
    Sa tête dépassant de trois pouces le pare-brise de sa décapotable grand sport, modèle Cotin-Desgouttes – sans secousses – amélioré – 3 carburateurs, 80 chevaux (un peu fatigués), 30 litres au cent et presque autant d'huile, il avait l'air d'un matador fonçant sur un taureau invisible pour la dernière estocade.
    La tête droite et le regard sévère. Le corps plaqué sur le volant qu'il tenait à pleines mains comme s'il allait lui faire une prise de judo. Son capuchon flottant au vent comme un pavois de torpilleur tandis que son scapulaire de bronze se trémoussait à chaque cahot comme un métronome déréglé... Et surtout sa robe qui virait du blanc originel à la feuille morte sous les outrages du temps... robe toujours boursouflée et déformée par on ne sait quels objets hétéroclites dont lui seul aurait pu donner la définition ou situer l'utilité et qui allaient de la bible de poche, « commentaires de César », aux pièces détachées pour voitures déficientes en passant par des chargeurs à balles de modèles disparates, des clous, une pompe à bicyclette et par-ci par-là des grenades de grosseurs et de pays différents... le tout noué d'une façon désinvolte par son éternel cordon guère plus petit qu'un câble de remorqueur...
    Ainsi bardé, mi-bibliothèque, mi-arsenal, le nez au vent comme une proue de caboteur, l'air bourru mais l’œil rêveur, Frère Panurge conduisant son bolide attirait plutôt l'attention des badauds du village...
    Comme Hans Fieseler s'étonnait qu'un pareil véhicule pût encore tenir la route, Frère Panurge avait eu cette formule un peu chinoisée sur les bords :
   
– Les vieux chameaux ont l'habitude du désert. (...)

17 avril 2022

REFUGE COSMIQUE (Jimmy Guieu, 1968)


· Édition originale, 1968, Fleuve Noir ·

(...) – A quand remonte la destruction de ce refuge [lunaire], Log-Larnya ? s'informa Hopkins.
   – Selon votre chronologie temporelle, vers l'année mille neuf cent huit de votre calendrier. Il est d'ailleurs aisé de vérifier, fit-elle en s'approchant du pupitre de commande. Voyez, dans cette « fenêtre
», ces chiffres bloqués depuis le drame. Possédant notre langue, vous pouvez par conséquent lire notre alphabet et nos signes numériques.
    Le chef de mission lut sur le tambour rotatif l'inscription désignée par la jeune femme et hocha la tête :
    – Oui, cela correspond au trente juin mille neuf cent huit de notre ère.
    Samuel Parker réfléchit, perplexe :
    – C'est bizarre, Steve. Cette date me dit quelque chose. Je n'arrive pas à...
    – Sapristi ! s'exclama Hopkins. Mais oui, c'est ce jour-là qu'en Russie, à Podkamennaïa, dans la Toungouska, s'abattit ce que la plupart des astronomes ont appelé une « météorite géante » ! Cette zone de la Sibérie fut ravagée par un véritable cataclysme, bien que la prétendue météorite n'y eut creusé aucun cratère gigantesque, comme cela aurait dû être le cas pour un bolide aussi colossal !
    – En effet, confirma Reagan. Et depuis une trentaine d'années, des esprits ouverts et intelligents –  on en rencontre même chez les astronomes, surtout en Russie ! –  ont soutenu avec des arguments et même des preuves irréfutables, qu'il ne pouvait s'agir d'une météorite. L'hypothèse la seule capable de rendre compte des étranges traces laissées par ce cataclysme est celle de la désintégration en altitude d'un astronef géant.
    Log-Larnya suivait ce dialogue avec une vive surprise :
    – Nous ignorons évidemment ce curieux épisode de votre Histoire. Il se peut, effectivement, que l'un de nos astronefs en déroute ait cherché refuge sur une planète présentant des conditions de vie compatibles avec notre métabolisme. A-t-il été détruit par un appareil ennemi alors qu'il cherchait à se poser dans une zone inhabitée ? Cela est fort possible. Ces malheureux, hélas ! n'auront pu atteindre votre monde..., sinon sous forme de débris !
(...)

13 avril 2022

DES HOMMES ET DES... CORBEAUX (Boria Sax, 2003)


· Edition française, 2005, Delachaux et Niestlé ·

(...) Le Petit Trianon, à Versailles, fut le théâtre d'une histoire mettant en scène un corbeau. Alors que Marie-Antoinette prenait son petit déjeuner, un jour d'octobre 1785, un corbeau se posa, la regarda et se mit à agiter doucement ses ailes. La reine donna à l'oiseau le reste d'un biscuit, et c'est ainsi que naquit leur amitié. La reine nourrissait l'oiseau chaque matin, et celui-ci la suivait d'arbre en arbre alors qu'elle se promenait dans son domaine. Quand Marie-Antoinette fut décapitée, en 1793, il disparut pour plusieurs années. Mais en 1810, Marie-Louise d'Autriche, épouse de Napoléon Ier, prenait son petit déjeuner au même endroit lorsqu'elle remarqua le corbeau. Il survolait le pavillon et appelait, espérant visiblement partager sa nourriture. Quand Marie-Louise raconta l'anecdote à Napoléon, celui-ci y vit un mauvais présage et quitta immédiatement Versailles... Les serviteurs considéraient quant à eux l'animal avec bienveillance. Ils le nourrirent jusqu'à la fin de sa vie, et l'on prétend que des visiteurs venaient de loin voir le corbeau de Marie-Antoinette.
    Ce qui rend cette histoire improbable n'est pas tellement le comportement de l'oiseau, mais plutôt celui des humains : à moins d'être soi-même un corbeau, reconnaître un individu en particulier est chose impossible, surtout à distance. Comment pouvait-on savoir qu'il s'agissait du même corbeau ? Il est probable que l'on ait eu affaire à des oiseaux différents. En tout cas, l'anecdote illustre la force des superstitions en temps de crise : le cri d'un corbeau, pris comme un signe du destin, pouvait encore effrayer un homme aussi pragmatique que Napoléon...
(...)

08 avril 2022

LE GANGSTER (Edgar Wallace, 1931)


· Edition française, 1947, Hachette ·

(...) Il [Tony Perelli, le gangster] se leva, vit la lettre sur la table, la lut en hâte et se retourna, brusquement horrifié.
    « Minn Lu, Minn Lu ! chevrota-t-il, vous êtes folle, voyons !... » Il entendit dehors la voix de Kelly [le policier] et l'appela.
    Celui-ci entra, et vit tout d'un coup d’œil : le salon, la petite Minn étendue, morte, sereine, calme... le gangster bouleversé.
    « Mon Dieu ! » s'écria-t-il.
    Il vit dans la main de Tony le cout
eau que celui-ci avait ramassé par terre.
    « Laissez tomber ça ! » Le couteau tomba.
    « Ne bougez pas !... » Perelli était sous la menace d'un révolver.
    « Ce n'est pas moi qui ai fait ça ! balbutia-t-il. C'est un suicide... La lettre est là... Voyez ! C'est elle qui l'a écrite !... »
    Kelly ramassa la lettre et la lut lentement.
    « Au revoir, Tony. Ceci vaut mieux que « Cicero » [maison close où Tony voulait l'envoyer]. Dieu vous bénisse ! »
    Minn Lu avait signé.
    Kelly regarda Minn, puis Perelli. Ensuite, il prit une allumette, l'alluma... et brûla la lettre.
    « Vous avez tué vingt hommes et jamais vous n'avez rien eu, dit-il, la voix tremblante de haine contenue... Mais cette fois vous allez payer pour quelque chose que vous n'avez pas fait. C'est ça qui est drôle ! »
(...)