(...) La première fois que Jean-Baptiste Greuze, passant rue Saint-Jacques, devant la boutique de livres que tenait Babuti, entrevit, parmi les rayons chargés de volumes, le figure de la jolie Gabrielle, fille du libraire, il revenait de Rome, où il avait passé deux ans, et reprenait contact avec Paris. Son ami Diderot lui avait parlé déjà de la petite Babuti, qu'il s'amusait à taquiner chaque fois que ses perpétuelles randonnées à travers la ville le ramenaient vers la rue Saint-Jacques. Alors plein de jeunesse et de belle humeur, Diderot entrait dans la librairie et, du ton le plus innocent, demandait à la charmante gardienne du magasin : « Mademoiselle, voulez-vous me donner le Portier des Chartreux ? – Oh ! monsieur, nous n'avons que des livres honnêtes. – Et la Tourière des carmélites ? – Mais nous ne vendons pas de pareilles vilenies ! – Ah ! faisait le philosophe, jouant la confusion, ce sont des vilenies ? Moi, je n'en savais rien. » Et, ravi des rougeurs dont s'empourpraient les joues de Gabrielle, Diderot s'excusait, faisait un grand salut et s'esquivait en riant. (...)
