19 septembre 2022

SAVONAROLE (Georges Mounin, 1960)


· Édition originale, 1960, Club Français du Livre ·

(...) Or toute la dernière partie de la vie du frère a le caractère d'une longue agonie autour de laquelle hurle de plus en plus frénétiquement l'ignoble danse du scalp d'une ville civilisée tout entière – ou peu s'en faut. Comme arrière-plan, l'acharnement carnassier de tous les religieux contre ce religieux – carnivorisme de basse-cour, où l'on sait que les poules achèvent à coups de bec la volaille blessée simplement parce qu'elle saigne déjà. Sur le chemin de Fiesole, un groupe de frères mineurs – les gens de saint François ! – lui crient des injures et des grossièretés. Les franciscains de Santa Croce, contre lui, se font indicateurs et provocateurs, et les dominicains (moins rigoureux) de Santa Maria Novella aussi. Depuis Ponzo, qui le tourne en ridicule avec sa marmite, jusqu'à fra Mariano qui s'abaisse, en cour de Rome, en présence du pape, à traiter le frère Jérôme dans un sermon, de juif, de larron, de ribaud scélérat, d'ivrogne inspiré par le trop bon vin de Trebbiano ; jusqu'à fra Francesco di Puglia qui donne suite à sa bravade de l'épreuve du feu parce qu'il est assuré – par la seigneurie d'Arrabiati et par les Compagnacci, – que de toute façon elle n'aura pas lieu ; jusqu'au sémillant commissaire apostolique Romolino, dont le premier mot quand il arrive à Florence, en réponse à la foule qui crie à mort, est celui-ci : « Nous ferons un beau feu ; j'ai déjà la sentence de condamnation sur moi », – tout le chemin de croix de Savonarole est jalonné d'un affreux cortège de prêtres-anthropophages.
    Savonarole, qui n'est pas un saint, devient dans ce cadre un martyr.
(...)