(...) – Dis-moi, Adèle, fais-je, profitant d'une suspension d'audience. Tu es à Paris pour longtemps ?
– Oh ! une huitaine, pas plus, s'excuse-t-elle. Avec mes œuvres, vous pensez, je ne peux pas rester absente longtemps.
M'man déclare sans défaillance que c'est fort dommage. Adèle répond qu'elle sait bien, qu'elle essaiera de rester dix jours en téléphonant chaque matin à m'sieur le curé, et San-Antonio, quant à lui, se demande s'il abat Adèle d'une balle dans la nuque ou s'il se la fait à la poudre à doryphore !
Là-dessus, Adèle me demande si je vais à la première messe le matin. Je lui réponds par l'affirmative et elle est toute rosissante de plaisir.
– Alors, j'irai avec toi, décrète-t-elle.
Rassuré sur ce point, je gobe mon dessert et me lève pour retourner au charbon. Ça me fend le cœur de laisser Félicie dans les serres d'Adèle, mais le boulot commande.
Je file directo au labo. Poilancatre vient d'achever sa tâche. Il semble exténué.
– Alors ? je demande.
– Vous parlez d'un boulot. Tenez, vos photos...
Il me présente trois clichés ruisselants sur une feuille de buvard. Je confronte ces épreuves avec celles qui sont épinglées aux fiches. Pas de doute : le Noir et le Jaune sont bien les disparus de Béjuis. En voici déjà deux d'identifiés. Allons ! ça ne carbure pas trop mal.
– Ensuite ? je demande.
Poilancatre lève les bras.
– Pour ce qui est des empreintes, ne soyez pas trop pressé. Il y en a tellement qui se superposent, se brouillent, je crois que vous n'obtiendrez pas de résultats tangibles de ce côté. Vous pensez : une consigne de gare, tous les types qui...
– D'ac. Que pouvez-vous m'apprendre encore ?
– La nature des décollations. Celles-ci ont été effectuées par le même instrument, c'est-à-dire une lame extrêmement large et tranchante. Je verrais assez un cimeterre. Ces hommes ont été décapités alors qu'ils étaient vivants. On leur a en outre tranché la tête d'un seul coup, comme ferait un bourreau expérimenté. (...)
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