(...) Brusquement, je sens le dimanche... Je le sens à la qualité de l'air, à cette espèce d'assoupissement bizarre, de navrance inconsciente qui flotte autour des gens.
Le dimanche, c'est le jour où les hommes sentent leur mort. C'est pourquoi ils font la gu... Quelques-uns picolent pour ne pas y penser. Ils chantent « Boire un petit coup c'est agréable » avec des copains, comme ça, pour s'étourdir, pour reculer la fatalité qui les menace... Ou bien ils vont tuer du goujon, ou du perdreau...
–
A quoi tu penses, dis, Louis XVI ? rigole le Gros...
–
Justement : à ma mort, assuré-je.
–
Faut toujours que tu débloques, s'épanouit Béru.
Je lui vote un regard sincèrement admiratif.
– Tu n'y penses jamais, toi, à la mort ? je questionne.
–
Moi ! T'es dingue, mon pauvre San-A ! Pourquoi que j'y penserais à la mort, puisque je vais mourir...C'est à ce qui ne peut pas arriver que je pense... A ce dont au sujet duquel à propos de quoi on n'est pas sûr ! La mort, ça, au moins, j'en suis sûr... Y a pas de problème.
–
Tu trouves ?
–
Certainly, Sir !
– Ça ne t'effraie pas ?
Cette fois, il a l'air franchement inquiet. Pas pour lui : pour moi.
–
T'as des vapeurs ? C'est peut-être la digestion. Qu'est-ce t'as morfillé à midi ?
(...)
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