(...) Que s'est-il passé ? L'ancre du radeau a-t-elle chassé ?
Le moment n'est pas d'en chercher les causes mais d'essayer de regagner cette terre dont un courant marin nous éloigne de plus en plus : « Ah ! m'écriai-je ! Si seulement nous avions une voile, la brise souffle vers la terre ! » Une voile ? Où en dénicher une ! Il n'y a même pas une bêche dans la resserre. Doudou l'explore sans en trouver. Mais elle reparaît par l'écoutille avec la boîte où Baptistin tient son fil et ses aiguilles.
– Voilà, dit-elle, de quoi coudre une voile.
– Coudre ! C'est bientôt dit. Mais coudre quoi ?
– Nos maillots de bain, donc ! cria Doudou !
Tonnerre ! Comment n'y avais-je pas pensé !
Je donne aussitôt l'exemple en enlevant mon caleçon et en criant à mes compagnes d'en faire autant. Pressées par le danger, elles m'imitent toutes, sauf une, la pudique miss Boolott qui gémit :
« Mais alors nous allons nous montrer sans voiles ! »
« Au contraire ! m'écriai-je avec impatience. Nous allons en avoir une » et j'invite les autres à dépouiller de force la récalcitrante de son ample maillot. Elles en viennent à bout malgré sa résistance. Vite ! Vite ! Toutes celles qui savent tenir une aiguille se pressent de découper et de coudre ensemble ces étoffes disparates de façon à obtenir suivant mes indications une voile triangulaire.
« Fort bien, fait remarquer Doudou dont le corps se manifeste comme celui d'un éphèbe à la peau délicate, mais où trouver le mât. Avez-vous la prétention de le fournir comme ça, tout de go ? » (...)
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