(...) – Comment, c'est vous ? dit Rouxval agacé. Vous êtes encore là !
– Oui, monsieur le Ministre, et je ne saurais trop vous engager à me tenir compagnie.
Rouxval fit la grimace et il allait relever, comme elle le méritait, cette familarité choquante, lorsqu'un haut-le-corps le redressa soudain. Il venait de s'apercevoir que la canine du policier pointait à gauche, en dehors de la lèvre retroussée. Il n'eût pas été plus décontenancé si quelque phénomène inattendu avait surgi en face de lui. L'apparition de cette dent acérée, très blanche, longue comme une dent de bête fauve, il savait ce que cela signifiait d'ironique et d'impertinent. (...)
08 juillet 2022
LE PARDESSUS D'ARSÈNE LUPIN (Maurice Leblanc, 1926)
30 juin 2022
L’ÉTOFFE DU DIABLE (Michel Pastoureau, 1991)
.png)
· Édition originale, 1991, Seuil ·
(...) Ce sur quoi l'on peut déjà insister, c'est le lien qui au Moyen Age unit la rayure et l'idée de diversité, de varietas, comme dit le latin médiéval. Rayé (virgulatus, lineatus, fasciatus, etc.) et varié (varius) sont parfois synonymes, et cette synonymie tire d'emblée la rayure du côté péjoratif. Pour la culture médiévale, en effet, ce qui est varius exprime toujours quelque chose d'impur, d'agressif, d'immoral ou de trompeur. Un homme qualifié de varius est soit un être rusé ou menteur, soit un individu cruel, soit un malade, spécialement lorsqu'il s'agit d'une maladie mentale ou d'une maladie de peau. Au reste, le substantif même de varietas sert à désigner tout à la fois la tromperie, la méchanceté et la lèpre. Et, tout naturellement dans les images, nous l'avons vu, les personnages félons (Caïn, Judas), cruels (le bourreau), atteints de « folie » (le bouffon de cour, l'insensé du livre des Psaumes), ou bien infirmes (lépreux, cagots), sont fréquemment dotés de vêtements rayés. L'écart est grand ici entre notre sensibilité contemporaine – qui fait plutôt de la « variété » une valeur positive, connotant la jeunesse, la gaîté, la tolérance, la curiosité d'esprit – et la sensibilité des hommes du Moyen Age, qui investit surtout dans cette notion des valeurs péjoratives. (...)
28 juin 2022
SAN-ANTONIO CHEZ LES "GONES" (Frédéric Dard, 1968)
.png)
· Edition originale, 1968, Fleuve Noir ·
(...) – C'est le grand circus dans la cour de l'école. La fiesta des big days. Les mouflets ont investi le groupe scolaire et ils ont commencé à l’anéantir systématiquement.
Les morceaux de craie sont écrasés, ils jouent au foot avec les éponges, ils ont dessiné des phallus sur les tableaux, les bureaux sont empilés les uns sur les autres, et les cahiers sont devenu basse-cour (cocottes en papier), ou escadrilles d'avions. Bref, it is the bavordavel intégral.
En arrivant dans la strass, le Gros, que sa picolanche de la nuit et mes sarcasmes ont foutu en renaud, pique une crise féroce.
– Qu'est-ce que j'aspers-je ! trépigne Son Enormité courroucée. On fait la vacherie dans ma classe ! En vingt ans de carrière j'ai jamais vu ça !
Il se précipite sur les marmots et se met à les boxer à tout va. Les gnons pleuvent drus. Je suis obligé d'intervenir.
– Hé ! Molo, Gros, c'est pas une armada de blousons noirs, seulement des écoliers en folie.
Intrigué, je me rends dans la classe voisine. La même agitation l'embrase. J'interroge un tout petit.
– Et ta maîtresse ?
– L'est pas là, m'sieur.
– Vous l'avez pas vue ce matin ?
– Non, m'sieur...
Le cœur étreint d'une affreuse angoisse, je grimpe au logement de Rosette. Sa porte n'est pas fermaga à clé et je n'ai même pas à faire appel à sésame pour entrer. Personne ! Tout est en ordre, le lit est fait, mais pas de Rosette ! (...)
26 juin 2022
ALERTE DANS LE CIEL (Charles Garreau, 1956)
(...) Car la nuit du 17 au 18 février donna lieu au spectacle le plus extraordinaire que les radaristes de l'aéroport d'Orly aient jamais observé sur leurs écrans. Ce fut, en tous points, une réédition complète de la nuit du 20 juillet 1952, à Washington.
Il était 22 h. 55 quand le phénomène commença de se manifester par un brouillage de l'écran des radars du centre de contrôle régional : des taches, en forme de croissant, « de banane », se formèrent sur les cadrans. Et soudain, au milieu de ces taches, un « blip » apparut. Il était plus large, plus intense que les habituels points lumineux signalant un avion dans le ciel. Il avait la même luminosité verdâtre.
Croyant à un dérèglement du radar, le chef de l'équipe de quart, M. Devaux, appela l'ingénieur de service. Un examen approfondi, diverses vérifications, confirmèrent que le radar fonctionnait normalement.
Pendant ce temps, l'engin inconnu parcourait le ciel de l'Ile-de-France, disparaissant, reparaissant, s'immobilisant, puis parcourant l'espace à des vitesses fantastiques, que des recoupements permirent d'évaluer à 2.600 km à l'heure, avec des pointes frôlant les 4.000 km.-h.
Vers minuit, le DC3 d'Air-France, Paris-Londres, décolla. Comme il arrivait vers 1.500 mètres d'altitude, le contrôle d'Orly l'appela : « Attention, un engin non identifié se dirige vers vous... »
L'avion était alors à la verticale d'Orgeval.
Sur sa droite, le pilote, le commandant Dessavoi aperçut une lumière rouge qui clignotait. Il dégagea sur sa gauche pour l'éviter. Pendant trente secondes, l'équipage suivit des yeux la lueur insolite, qui, maintenant, filait vers le Bourget.
Mais le radar du Bourget ne devait rien enregistrer : radar d'atterrissage à portée restreinte, il était trop faible pour « attraper » la chose, qui, pendant deux heures encore, allait mener une sarabande effrénée, jouant à cache-cache avec les avions, fonçant sur eux pour les éviter à la dernière seconde, puis se lançant dans de nouvelles et fulgurantes évolutions.
Vers deux heures du matin, elle disparut à la verticale de la balise d'Orly. (...)
19 juin 2022
OVNI - UN PILOTE DE LIGNE PARLE (Jean-Gabriel Greslé, 1993)
(...) Bien peu de scientifiques semblent posséder les qualités de décision ou de courage nécessaires pour aborder le problème général d'un éventuel contact entre l'humanité et des représentants de civilisations technologiquement plus avancées que la nôtre. Malgré quelques exceptions notables, une prudence inquiète et tatillonne dissimule bien mal l'embarras. Il en va tout autrement des techniciens de haut niveau chargés des problèmes liés à la défense nationale. Nous avons découvert sans surprise qu'ils constituaient la majeure partie des "troupes" affectées aux États-Unis, dès 1947, à l'étude des OVNI.
Les éléments dont nous disposons nous permettent déjà de construire un ensemble cohérent d'hypothèses :
1° - Au plus haut niveau de l'Exécutif des États-Unis, un petit groupe d'hommes comprenant sans aucun doute la plupart des membres du National Security Coucil et le président Truman lui-même est persuadé de la réalité des faits suivants :
a. Des véhicules volants manufacturés pénètrent sans autorisation dans l'espace aérien national.
b. Les Forces Armées ne disposent pas d'une technologie leur permettant de s'opposer à ces incursions.
c. Toutefois, elles semblent avoir accès dès 1947, à une source d'information privilégiée telle que les témoignages prennent une importance secondaire.
d. Le mémorandum du 23 septembre 1947 suggère que l'AMC et les services consultés sont arrivés aux conclusions qu'ils proposent grâce à l'étude d'objets matériels.
2° - Une décision politique très grave est prise par le Président, après un avis favorable de ses conseillers :
a. La matérialité d'une violation permanente de la souveraineté des États-Unis sera cachée aux représentants du peuple américain.
b. En sa qualité de Commandant en Chef des Armées, le Président impose un secret absolu sur la source d'informations à laquelle ses services compétents ont accès.
c. Les Agences de renseignement existantes, y compris le FBI et la CIA, seront tenues à l'écart du secret.
d. Des Agences spécialisées seront crées suivant les besoins. Elles échapperont au contrôle du Congrès et à la chaîne habituelle de commandement. Elles n'auront qu'une connaissance partielle et "compartimentée" du secret.
3° - Tous les moyens nécessaires au maintien du secret seront utilisés, même s'ils impliquent la suspension des droits constitutionnels de certains individus :
a. Désinformation du public avec la complicité de quelques scientifiques, journalistes, écrivains et faux témoins.
b. Mise en œuvre de tous les moyens adéquats pour réduire au silence les témoins ou les chercheurs trop encombrants, ou détruire leur réputation et leur crédibilité.
c. Création de moyens juridiques contraignants à l'usage des Forces Armées. (...)
17 juin 2022
SEEING IS BELIEVING (John Dickson Carr, 1941)
(...) "Nous devons découvrir la personne qui a remplacé une dague en caoutchouc par une véritable dague, quand tout est là pour prouver que personne n'a été en mesure de le faire. Ça ne sert à rien de demander, "Où êtiez-vous à tel ou tel moment ?" Nous savons où chacun se trouvait. Il est inutile de demander, "Comment expliquez-vous telle attitude suspecte ?" Parce qu'il n'y a aucune attitude à soupçonner. Il n'y a eu absolument aucune action. Hypnotisme ! Dague de caoutchouc ! Urr !" (...)
[Traduit de l'anglais]
03 juin 2022
DEMAIN : L'APOCALYPSE (Jimmy Guieu, 1969)
(...) – Oh ! s'exclama la jeune Russe. Venez donc regarder par ici !
Ils la rejoignirent, de l'autre côté du dôme transparent et Bill Howard et Aileen restèrent, plus encore que leurs compagnons, pétrifiés de stupeur. Suspendu dans le vide clouté d'astres innombrables, un monstrueux engin en forme de toupie tournoyait lentement ! Un engin colossal, hérissé d'antennes, percé à « son équateur » d'un grand nombre d'ouvertures rectangulaires, les unes sombres, les autres éclairées d'une lumière jaune, assez vive. Fréquemment, des astronefs lenticulaires, analogues au leur, franchissaient ces ouvertures et disparaissaient ; d'autres en sortaient, fusant alors dans l'espace à une vitesse fantastique, telles des bulles de lumières qui ne tardaient pas à s'amenuiser, à s'estomper dans la lumière réfléchie par la surface terrestre vers laquelle ils se dirigeaient.
– Notre base spatiale, annonça le commandant Thorg, une sorte de satellite artificiel qui, depuis des années, orbite autour de votre planète.
– Le... Chevalier Noir ? hasarda Raymond Dorval.
– Oui, c'est ainsi que vous l'avez baptisé. Cette base spatiale a causé bien des migraines à vos astronomes. (...)
23 mai 2022
TARZAN AND THE MADMAN (Edgar Rice Burroughs, 1940)
.png)
· Édition poche, 1965, Ballantine Books ·
(...) Cette fois Mal-Gash resta immobile ; et Tarzan se jeta sur lui, son grand couteau de chasse scintillant dans les airs. "Kagoda ?" demanda-t-il.
Mal-Gash, surpris, et étourdi, vit le couteau briller au-dessus de lui, ressentant la pression des doigts sur sa gorge. "Kagoda", dit-il, ce qui signifie soit "Te rends-tu?" ou "Je me rends", en fonction de l'inflexion.
Tarzan bondit sur ses pieds et se mit à se frapper la poitrine, car il connaissait bien ces anthropoïdes, et il savait qu'un roi se doit non seulement de prouver son droit au pouvoir, mais aussi d'impressionner continuellement ses suivants à l'esprit simple par des battements de poitrine et des fanfaronnades, tout à fait comme l'esprit simple du fasciste se laisse impressionner. "Je suis Tarzan, roi de tous les singes," s'écria-t-il ; puis il parcourut du regard l'assemblée de singes pour voir si aucun d'entre eux oserait discuter son droit au pouvoir. (...)
[Traduit de l'anglais]
19 mai 2022
L'ANCIEN RÉGIME (Frantz Funck-Brentano, 1926)
(...) « Voilà comment je traite les amoureux ! » s'écriait Pierre Retif en cinglant son fils de coups de fouet comme un cheval vicieux. Les mésalliances – ou, pour parler plus exactement en nous servant du néologisme créé par le marquis de Mirabeau, les désalliances – étaient le grand danger pour les familles constituées comme nous venons de le dire. Chacune de ces familles avait ses mœurs, ses sentiments, sa position sociale héréditairement définis. Par l'introduction d'un élément disparate, auraient été amenés des coutumes, des idées, des sentiments, des mœurs par trop différents et qui auraient menacé de ruiner cet organisme auquel les générations, séculairement, avaient tout sacrifié et sur lequel reposait la société elle-même.
L'individu ne comptait pas : la famille le primait, et de très haut. En étudiant la société de l'Ancien Régime, nous nous en étonnerons moins. Admet-on de nos jours que les unions dans les maisons souveraines soient déterminées par l'amour ? – On n'y songe pas.
Ce que nous disons des familles souveraines s'applique aux grandes maisons princières ou seigneuriales, identiques en leur essence, en leur structure, en leurs intérêts, en leurs aspirations, bien que sur une moindre échelle.
Imagine-t-on une demoiselle, dont la gracieuse petite personne traîne à sa suite une chaîne infinie, se mariant au désir de son cœur ; le trouble que l'allure cavalière d'un galant aurait pu apporter dans d'immenses intérêts? (...)
17 mai 2022
L'ARCHIPEL DES MALOTRUS (Frédéric Dard, 1967)
(...) – Gardes ! Vite ! La justice de Sa Majesté ne souffre pas de retard.
Les colosses aux corps couleur d'ébène s'emparent de nos personnes en deux temps trois mouvements (quatre au plus).
Ils nous entraînent vers le fond de la salle.
– Admirez la clémence de Sa Majesté, poursuit la vieille frappe, on va seulement vous couper le cou. Il m'aurait appartenu de décider seul, je vous aurais arraché chaque parcelle de chair avec des tenailles rougies !
– Je reconnais bien là la mansuétude de la reine Kelbobaba, dis-je. Veuillez la remercier pour nous.
– Il en sera fait selon votre dernière volonté, déclare sans humour le devin.
Il montre Béru :
– Commencez par lui !
Ma parole, c'est pas de la frime. Ecoutez, se faire sectionner le cigare dans une grotte, en plein Pacifique, y a de quoi perdre la tête, non ? Et le plus fortissimo de caoua, c'est que moi qui vois toujours la feinte à Jules dans les circonstances dramatiques, eh bien ! en ce moment je vois rigoureusement bézef, les gars. (...)
.png)

.png)
.png)
.png)
.png)
.png)
.png)