(...) Nous devons tous ensemble tourner notre attention vers les mouvements secrets dans le monde et comprendre comment ils nous affectent jusque dans nos vies privées. Bien sûr, nous avons tendance à considérer qu'ils ne nous atteignent pas dans notre existence de tous les jours, et pourtant c'est le cas. Ils ont une influence sur vos enfants à l'école, ils déterminent ce que vos enfants apprennent, ils déterminent aussi ce que vous apprenez jour et nuit par la télévision. (...)
[Traduit de l'anglais]
07 février 2022
MATRIX OF POWER (Jordan Maxwell, 2000)
03 février 2022
TROIS SIÈCLES D'HISTOIRE DE FRANCE - vol. II/III (G. LENOTRE, 1898/1942)
(...) Quant à la maison de Mlle Bou, elle devint, à l'époque de la Restauration, la propriété de M. Fiéron qui, en raison, sans nul doute, de l'hôte illustre que Valence avait jadis abrité, avait reçu au baptême le prénom de Napoléon. Jusqu'en 1871, une plaque de marbre, apposée sur la façade, signalait aux passants que Bonaparte, aux débuts de sa carrière, avait habité là. Beaucoup d'étrangers considéraient cette maison avec respect ; quelques-uns s'enhardissaient jusqu'à demander à la visiter. Vers 1830, deux Anglais s'y présentèrent, de bon matin et sollicitèrent la faveur d'entrer dans la chambre de Napoléon. Un chroniqueur local qui a rapporté l'anecdote assure que la domestique à laquelle ils s'adressèrent, et que n'obsédait pas, probablement, la légende napoléonienne, répondit avec le plus beau sang-froid :
– Il n'est pas encore levé.
Les deux Anglais la regardèrent avec stupeur.
– Pas levé, s'écrièrent-ils. Mais il est mort depuis longtemps.
La servante eut un sursaut : pourtant elle se remit vite, et répondit avec assurance.
– Mort ! Napoléon ! Ah ! Par exemple ! Il se porte mieux que vous.
Les insulaires se croyaient déjà en possession d'un formidable secret politique, quand M. Fiéron, le propriétaire, qui avait entendu le colloque, se présenta, mettant ses bretelles.
– Messieurs, dit-il, cette fille a raison ; vous avez Napoléon devant vous... Seulement, c'est Napoléon Fiéron. (...)
02 février 2022
SALUT, MON POPE (Frédéric Dard, 1966)
(...) Des volumes tout ce qu'il y a de volumineux et une ligne de bassin qui mystifie le bassin Aquitain. La tête n'est pas déplorable non plus. Brune, bronzée, le regard clair, la bouche bien faite... C'est tout de même marrant, la vie. On est là à se pâmer le chou-fleur pour un visage, sous prétexte qu'il est mignon, harmonieux et tout. Et pourtant, hein ? Après tout c'est quoi, une bouille ? Deux yeux gélatineux ? Deux narines, deux cages à miel, une bouche ; autrement dit des trous, quoi !
L'homme consacre sa vie à des trous, en conclusion. Il gravite autour d'orifices plus ou moins propres, son existence durant. C'est débectant à y réfléchir de près. (...)
24 janvier 2022
LE CIMETIÈRE DES CACHALOTS (Ian Cameron, 1961)
(...) – Non ! criai-je. Ne faites pas de folie !
Il ne prêta pas la moindre attention à mon appel. Ses yeux restaient fixés sur l'amulette. Il choisit bien son moment : quand, sur la crête d'une petite vague, le disque en os de baleine vint flotter près du rivage, il plongea dans l'eau, le ramassa, dans un geste souple et précis de la main, puis il vira en direction de la plage. Mais, si rapide fût-il, les épaulards l'étaient plus encore. Je me couvris les yeux. J'entendis une voix hurler de terreur : « Non ! Non ! Non ! », sans reconnaître que cette voix était la mienne. Je ne vis pas nettement ce qui arrivait. En effet, comme malade de peur, j'avançais en titubant vers le bord de l'eau, la mer, la plage, les orques et le capitaine Ross tournoyèrent devant mes yeux telles les images d'un kaléidoscope. Ce qui arriva, Sommerville me le raconta par la suite. Dans leur âpreté à se jeter sur Ross, deux des épaulards entrèrent en collision dans l'espace. Leurs mâchoires se refermèrent – mais non pas sur Ross : l'une sur l'autre. (...)
20 janvier 2022
SAN-ANTONIO MET LE PAQUET (Frédéric Dard, 1959)
(...) – On va pouvoir passer à table ! prévient Mme Pinaud
– Auparavant, décide le gros, faut planter ce sacré sapin ! Après la tortore on n'aura plus envie de bosser...
Pinuche dit que ça ne presse pas, espérant vaguement que le sapin sera groggy ; mais quand Béru s'est mis une idée dans la lanterne, rien ne peut l'en déloger.
On va emprunter une pioche et une bêche chez le bouseux d'à côté et on détermine l'endroit le plus approprié pour la plantation, c'est à dire dans un carré de vieux poireaux montés en graine.
– Je t'ai pris un sapin, explique Béru, parce que ça reste vert toute l'année.
Il pose sa veste noire sur un tas de terre, retrousse ses manches, crache épais dans ses battoirs et se met à piocher sec.
Soucieux d'apporter ma contribution à l'effort commun, je dégage la terre au fur et à mesure. Le gars Béru a raté une merveilleuse vocation de terrassier. Faut le voir taper dans la glaise !
Pour se donner du cœur au bide, il brame à tue-tête « J'ai soif de tes bras féminins ». Sa voix altière ébranle les confins. Les taureaux du Centre, disséminés dans les pâtures, et les vaches inséminées dans les étables lui répondent. Noble chorale à côté de laquelle celle de Mgr Maillet est peu de chose. Soudain le gros cesse de mugir.
– Tiens ! c'est calcaire dans ton coin, dit-il à Pinuche.
L'autre gland est planté dans son blue-jean qui met en valeur ses genoux cagneux. Il évalue de ses yeux mités la hauteur du sapin une fois qu'il sera planté.
– A cause ? demande-t-il.
– Le sol est tout blanc. On dirait que je pioche dans de la farine, maintenant.
– Y a p'têtre eu une école du temps des Gaulois à c't'endroit-là, suggère Pinaud.
– Pourquoi une école ?
– Ben, à cause de la craie...
– Tu ne sais donc pas qu'à cette époque on se servait d'un ciseau à froid en guise de pointe Bic ?
Tandis que nous nous livrons à ces hypothèses, Béru continue de piocher. Tout à coup il reste immobile, la pioche levée. N... de D... ! s'exclame le digne homme.
Nous le regardons. Il fixe l'extrémité de sa pioche avec des lampions gros comme mes poings.
– M... ! fait Pinaud !
Pour ma part, je m'abstiens de surenchérir dans l'épithète malsonnante, mais je me frotte le pare-brise car je doute de mes sens. Le gros vient de ramener un crâne humain à la pointe de son outil. (...)
19 janvier 2022
14 janvier 2022
MAKER OF UNIVERSES (Philip Jose Farmer, 1965)
(...) "Tu vas devoir apprendre un nouveau vocabulaire," dit-il. "Mort est juste l'un des nombreux nouveaux mots que tu seras capable de prononcer sans arrière-pensée ou sans trembler. Tu n'en seras pour autant qu'une femme plus accomplie. Refuser de l'exprimer n'empêche pas que cela advienne, tu sais. Les ossements de ton amie s'étalent ici, que tu puisses les évoquer ou pas." (...)
[Traduit de l'anglais]
12 janvier 2022
DU SIROP POUR LES GUÊPES (Frédéric Dard, 1960)
(...) A une table voisine de la nôtre, un couple se savoure les muqueuses en produisant des bruits de pansements arrachés. Le maître d'hôtel, qui ressemble davantage à Dario Moreno qu'à Sacha Distel, m'apporte la note. Est-ce la proximité de la ligne Nice-Ajaccio ? Toujours est-il qu'elle est corsée. Julia, tandis que je répands mon bel osier dans la sébile, prend cet air gentiment absent des nanas en pareil cas. Elle se file un petit nuage de poussière de céréales sur le minois et rectifie le dessin de ses lèvres. (...)
02 janvier 2022
ENTRE LA VIE ET LA MORGUE (Frédéric Dard, 1959)
(...) Mouvement ascendant de la fermeture Eclair. Sa robe se referme comme une peau de banane (une peau de banane qui serait à fermeture Eclair, naturellement). Elle ramasse alors les morceaux de photo jonchant la carpette dont la trame est aussi grosse que celle d'une pièce de Labiche.
– Ça fait désordre, explique-t-elle. La semaine dernière, j'ai eu une réclamation du taulier rapport à un client qui avait laissé son pansement dans les draps.
Elle y met brusquement une sourdine.
– Ah ben ça, alors ! murmure-t-elle.
Elle tient un morceau de photo devant son nez d'enfant mutin.
– Quoi ? croassé-je.
– C'est marrant !
Je zyeute le bout d'image ; il représente le menton, la bouche, un œil du mec.
– Comme ça je reconnais, fait la fille des savanes en savates.
– Tu reconnais qui ?
– Ce mecton. T'as pas une autre photo de lui ?
Docile, je produis un exemplaire entier du gars. Elle compare.
– Mais oui, c'est lui. Seulement on s'est amusé à retoucher la photo, hein ? (...)
THÉMIDORE (Godard d'Aucourt, 1745)
(...) Quelle destinée pour la philosophie d'être fille du libertinage ! Rozette fit une comparaison de ses pareilles avec les Abbés, qui n'étoit pas sans ressemblance.
– Les uns, disoit-elle, débutent dans le monde par un air de modestie et de pudeur ; les autres par une affection de cagoterie. Nous regardons les hommes à la dérobée ; les Abbés dévorent les femmes sous leurs grands chapeaux. Les hommes viennent nous chercher ; les femmes se glissent vers nos Messieurs. Nous ruinons nos amans ; ils font fortune par le moyen de leurs maîtresses. Nous sommes dans l'opulence tant que nous sommes jeunes, les autre ne deviennent à leur aise qu'en vieillissant. Nous sommes sages et quelquefois saintes sur la fin de nos jours ; les Abbés, au contraire, sont plus libertins sur le déclin des leurs. La nécessité fait notre vocation ; l'intérêt fait presque toujours le leur : on se donne au monde que ce qu'il y a de mieux, et l'Eglise a ordinairement le rebut de la nature. Nous sommes dans l'Etat deux êtres indéfinissables, qui ne tiennent à rien et se trouvent partout, qui ne sont pas nécessaires, et dont on ne peut se passer.
Elle nous détailla ensuite quelques aventures qu'elle avoit eues avec de très-graves Eclésiastiques et qui nous amuserent beaucoup. Je les passe sous silence, cher Marquis ; ayant un frere Chanoine et un autre Abbé Commendatataire, je ne veux pas qu'il soit dit que j'aie révélé le secret de l'Eglise. (...)
