01 septembre 2021

NUITS À PARIS (Rodolphe Darzens & Willette, 1889)

 
· Édition originale, 1889, E. Dentu, Éditeur ·

(...) Place Pigalle, le Rat mort est le plus ancien des cafés qui s'y trouvent. Il y a quelque vingt-cinq ans, quatre joyeux compères, le peintre Marchal, Léon Goupil, Victor Davau et Olivier Métra vinrent y prendre un apéritif. Ils trouvèrent le café en grand émoi : on venait de découvrir, dans la pompe à bière je crois, un énorme rat récemment décédé. « C'est ici le café du Rat Mort », s'écria Marchal, et ainsi fut baptisé l'endroit. Goupil tout aussitôt peignit au plafond la malheureuse bête, et Davau, plus tard, fit quatre panneaux oblongs qui ornent encore l'établissement. Extérieurement le café fait l'angle de la place Pigalle et de la rue Frochot ; intérieurement il a la forme d'un boyau coudé ; des artistes, des peintres l'ont fréquenté, le fréquentent encore. Mais le bruit court que c'est aujourd'hui le rendez-vous préféré des jeunes femmes que l'exemple de la poétesse Sapho initia aux rites mystérieux de Lesbos. Même, dit-on, de "grande dames" viennent avec leurs amoureux, y choisir une compagne d'une heure, l'auxiliatrice discrète et savante qui leur évitera les inévitables fatigues préliminaires.
    Le fait est qu'on y voit souvent souper de jeunes femmes, en tête à tête, gentiment.
(...)