(...) Le monsieur qui déjeune en wagon.
Pouah ! le sale ! ...
Je l'ai en horreur ! C'est pour moi l'un des êtres les plus désagréables qui traversent la vie en chemin de fer.
Par économie, il a emporté de quoi manger en route, soit un demi-poulet, soit un fragment de jambon enveloppé dans un papier blanc, auquel la graisse a donné une huileuse transparence. Il a sa petite bouteille de vin, son verre, son pain de deux sous, son sel dans un cornet de papier, son poivre dans un autre cornet, le tout roulé par précaution dans une serviette qu'il va étaler sur ses genoux.
Attention ! C'est l'instant, c'est le moment ! Une demi-heure avant l'arrêt qui va vous permettre de déjeuner au buffet, ce voisin désagréable déploie sa serviette et sort de leur papier comestibles et ustensiles les uns après les autres. Si vous croyez que votre présence les gêne, détrompez-vous. Il dispose toutes ses petites affaires, il se tourne à demi vers la fenêtre, afin de pouvoir lancer plus commodément ses détritus sur la voie, et le voilà qui mastique, qui lèche, qui pourlèche, qui ronge, qui boit, qui sirote, avec une gravité insupportable. Il ne se doute pas qu'il est vilain à voir. (...)
25 septembre 2021
LA VIE EN CHEMIN DE FER (Pierre Giffard, 1888)
· Édition originale, 1888, La Librairie Illustrée ·
