(...) Les deux gendarmes avaient posé leur main militaire sur l'épaule du baron :
– Au nom de la loi, je vous arrête. Vous allez passer la journée au clou !
Tandis qu'ils opéraient ainsi, ils tournèrent le dos au panier. Alors, deux hommes robustes surgirent de derrière les feuilles te empoignèrent la malle par les anses.
– A la gare du Nord, ordonna la voix sépulcrale de la victime.
Les gendarmes prêtèrent l'oreille :
– Ah ! Ah ! voilà une bonne piste.
Ils se frottèrent les paumes :
– On va prévenir le procureur que l'assassiné se fait conduire à la gare du Nord.
Et avec une juste sévérité, ils entraînèrent l'inculpé.
La baronne suivait en se lamentant. Josuette avait allumé une nouvelle cigarette. Elles suivirent leur mari et père, mais devant la massive porte du clou, elles durent s'arrêter.
M. de la Rumichel demeurait impassible, froid comme un particulier qui se sent la conscience légère et le ventre sans pli.
Le brigadier hésita dix secondes, puis se décida :
– On va vous fouiller, au moindre signe de résistance on vous passera à tabac, ensuite on vous donnera la médaille des bons serviteurs pour compenser.
Mais le baron n'offrit aucune résistance ; il ne portait d'ailleurs que son gilet par-dessus sa chemise de nuit, ses jambes étaient nues, ses pieds se chaussaient de pantoufles en peau de zébie.
Au premier contact, le brigadier sentit un objet contondant et du gousset du gilet il extirpa, un canif, un bout de ficelle, des brins de tabac.
Il eut une exclamation de triomphe :
– Le crime est évident.
Il montra le canif :
– Voilà l'arme du crime...
Il leva le bout de ficelle :
– Vous avez attaché votre victime avec ce qui manque à cette corde.
Il brandit la punaise :
– Vous aviez cinq punaises dans votre poche, les quatre autres ont servi à placer l'étiquette sur le panier.
Il prit un temps, sa moustache frémit. Ses yeux lançaient des éclairs.
– Avouez ou je vous casse la gueule !
– Je suis innocent ! rétorqua le baron avec dignité. Labille est un galapiat !
Le brigadier pâlit, il essaya un autre moyen :
– Allons, avouez mon cher ami, avouez, je vous paierai la goutte. (...)
13 septembre 2022
LA MALLE D'AMOUR (Harry Kover, 1930)
LE GRAND MYTHE (Jimmy Guieu, 1971)
(...) Kotchaac désignait à présent les hommes aux vêtements bouffants, la taille serrée par une large ceinture et, en face d'eux, un groupe d'hommes et de femmes stylisés portant le pagne. En arrière-plan, l'on apercevait, esquissé, leur village mais les maisons de celui-ci étaient différentes et ressemblaient davantage à des huttes au toit plat. Une autre scène symbolisait une foule mêlant les primitifs aux hommes sortis de la tour ; plus loin encore, la même foule, mais, là, les vêtements bouffants avaient disparu et l'on reconnaissait ceux qui les avaient portés jusqu'ici à leur chevelure courte ; de même leur tête n'était plus enfermée dans un cercle.
Une autre série de gravures présentait les primitifs en train de construire la tour brillante qui, un peu plus loin, était achevée tandis que les hommes aux cheveux courts paraissaient contempler le résultat et la foule des « longs cheveux » prosternés devant la tour.
– Je ne pige pas, avoua Baker. La première gravure est celle de la tour et celle-ci montre la tour au terme de son achèvement, juste après sa phase de construction.
– Non, Will, la progression est correcte, à cela près que la première image n'était pas celle de la tour..., mais celle d'un cosmonef ! (...)
06 septembre 2022
PATATE (Marcel Achard, 1957)
(...)
ROLLO, indigné.
Comment ? Il s'appelle Noël.
Emerveillé.
Noël ! Et moi, avec exactement les mêmes quatre lettres... il a fallu que je m'appelle Léon !
EDITH, gaiement.
C'est gentil, Léon !
ROLLO
J'aime mieux Noël. Et toi aussi !
EDITH
Pas moi.
ROLLO
Et comme si cette supériorité ne lui suffisait pas, c'est lui qui m'a affublé de ce sobriquet. Et quel sobriquet !
EDITH
Je dois reconnaître...
ROLLO
Je l'entends.
EDITH, se méprenant, se rassied.
Enfin !
ROLLO
Non. Je l'entends déjà me demander – quand il m'aura suffisamment fait attendre – : « Alors, cette bonne vieille patate a encore besoin d'argent ? »
EDITH
Et tu diras oui !
ROLLO
Franchement, tu trouves que j'ai l'air d'une patate ?
EDITH, sincère.
Non.
ROLLO
Je n'ai absolument rien de la pomme de terre, voyons !
EDITH
Rien.
ROLLO
Même pas le nez. Sur mon passeport, ils ont marqué « nez ordinaire » et ils ne cherchent pas à être aimables, à la Préfecture.
(...)
04 septembre 2022
UNE LUEUR DANS L'OMBRE (Edgar Wallace, 1918)
(...) Le policier prit la petite lampe de chevet et, en s'éclairant avec elle, continua ses investigations. Il ne tarda pas à découvrir des traces de sang qui, formant une piste parfaite, semblaient conduire dans la cave du dessus. Il perdit cette trace au pied de l'escalier menant à la trappe. Le fil de la lampe ne lui permettait pas d'aller plus loin et il dut avoir recours à sa lampe de poche.
Une longue traînée s'étalant sur le parquet lui fit penser qu'une masse lourde avait été tirée dans la pièce. Cette traînée le conduisit dans la salle de bain voisine.
Celle-ci, contrairement à la première pièce, possédait une véritable porte et lorsque le policier essaya de la pousser, il sentit une résistance. Il projeta la lumière de sa lampe du dehors. Le cadavre d'un grand chien, raide, les yeux vitreux et la langue pendante, gisait là. Il portait autour du cou un collier auquel pendaient quelques mailles d'une chaîne brisée. Absorbé dans ses pensées, T. X. remonta dans la cave supérieure, puis passa dans la cuisine.
Belinda Mary avait-elle tué Kara ou le chien ? Car il était certain qu'elle avait tué l'un des deux. La pensée qu'elle les avait peut-être tués tous les deux le fit frissonner. (...)
31 août 2022
LIKE LOVE (Ed McBain, 1962)
(...) Les morts ne transpirent pas.
Il faisait très chaud dans la morgue, et la sueur couvrait d'une fine pellicule le visage de Carella et de Hawes, s'accrochait à la lèvre supérieure de l'homme qui les accompagnait, et dessinait une auréole sous les aisselles de l'assistant qui leur jeta brièvement un regard morne avant d'ouvrir le tiroir.
Le tiroir glissa presque sans bruit sur ses roulements à billes. La fille Irène était étendue nue et morte sur la couche ; ils l'avaient découverte avec sa culotte, mais celle-ci avait été expédiée immédiatement au laboratoire, et elle était là nue et froide et sèche tandis que l'assistant et les trois hommes la regardaient. Un peu plus tard, elle serait transférée vers une autre partie de l'hôpital, où aurait lieu l'autopsie. Pour l'instant, son corps était encore intact. Il n'y manquait que la vie. (...)
[Traduit de l'anglais]
27 août 2022
L'AILE DE L'ABÎME (Dominique Henri Keller, 1955)
(...) Le ressuscité fut exact au rendez-vous. Il avait longuement réfléchi et s'était demandé s'il ne risquait rien à sortir au vu et au su de tout le monde.
Mais qui aurait pu penser à cette supercherie tragique ? Pour tout le monde, Andy Sadan était mort et bien mort. On pourrait seulement incriminer le hasard ou la coïncidence si quelqu'un qui avait connu le négociant venait à rencontrer Simon Arrow.
Toutefois, pour sauvegarder les apparences et pour ne pas trop tenter le destin, il avait décidé de porter un chapeau, alors qu'il était de notoriété publique que Sadan sortait toujours nu-tête, et il avait mis sur son nez d'épaisses lunettes noires. (...)
25 août 2022
MISTRESS OF FEAR (Hank Janson, 1958)
(...) Il s’adressait à des jeunes teenagers qui avaient toujours vécu dans une cité industrielle morne et sans rien d'exaltant. Pour elles, Casablanca paraissait probablement aussi mystérieuse et enchanteresse qu'Aladin et sa lampe. Elles s'imaginaient une grande ville moderne, étincelante, avec de belles voitures, le nom de célébrités s'affichant au néon sur les théâtres où elles se voyaient en tournée, ou bien dans les night-clubs, entourées par un désert romantique, ses dunes de sables, traversé occasionnellement par quelque arabes et leur joyeux campement de tentes à rayures.
"Y a-t-il des chameaux là-bas ?" demanda l'une des filles d'une voix excitée.
"Eh bien, je pense qu'on peut y apercevoir un chameau par-ci par-là," concéda Salk.
Les filles le pressaient pour obtenir plus de détails et, tandis qu'il faisait mine de rechigner à répondre à leurs questions, s'appliquant à leur faire miroiter une cité de rêve, de fortune et d’opportunités, les regards des filles se remplissaient d'un espoir mélancolique.
Finalement, une fille posa la question à 64 dollars. "Il ne semble y a voir aucune raison pour ne pas aller à Casablanca, Mr Salk. Pourquoi pensez-vous que nous ne devrions pas accepter cette proposition ?"
Salk fronça les sourcils. Il les parcourut lentement du regard, les examinant par dessus ses lunettes d'écaille. "Voici la chose, mes petites" dit-il sur un ton de confidence. "Je ne pense pas réellement que vous devez refuser ce contrat. Au contraire, je pense que c'est une formidable opportunité. C'est juste que..." il sourit comme à regret. "C'est ainsi, les filles," reprit-il. "J'ai entrepris de vous amener à Paris, puis de vous ramener à la maison." Il écarta les mains, haussant les épaules, comme s'il répugnait à s'expliquer pleinement. "C'est surtout que je ne veux pas que vous vous imaginiez que je vous pousse à faire quelque chose."
"Oh, non, Mr Salk," protestèrent-elles. "Bien sûr que non."
Il eut un sourire en coin. "Quoi qu'il en soit, c'est à vous toutes de décider. Discutez-en et prenez une décision. J'ai promis de prévenir l'agent demain matin à neuf heures. Mais, dans tous les cas, faites vos valises. Nous partons demain matin. (...)
[Traduit de l'anglais]
21 août 2022
LE FILS DES ÉTOILES (John Morressy, 1972)
(...) J'appris des choses intéressantes : notamment que Poe, le grand prophète des Scarabées, n'était pas du tout un prophète. C'était seulement un écrivain, quelqu'un de semblable aux bardes qui flânent de système en système, gagnant leur droit de passage et leur subsistance en récitant d'anciennes légendes et histoires et en composant des chansons et poèmes.
La grosse différence, c'est que, des siècles après la mort de Poe, quelqu'un prit son livre et le transforma en prophétie mystique. (...)
17 août 2022
LA VIE SECRÈTE DES COUVENTS (Roland Gagey, 1953)
(...) L'évêque de Sisteron, Mgr Lafiteau, ayant attrapé un mauvais souvenir de son séjour chez la Gourdan [mère maquerelle du XVIIIe s.], s'encoléra en ces termes :
« Vous mériteriez, vile mégère, que je vous fisse mettre à l'hôpital. J'ai reçu chez vous un fameux coup de pied de Vénus qui m'oblige à quitter la capitale pour aller rétablir ma santé en province. On a bien raison de dire qu'il y n'y a plus de probité, et qu'on ne sait vraiment à qui se fier. »
Le diagnostic qu'avait posé, après certaine éruption consécutive à ses prouesses amoureuses chez la Gourdan, l'archevêque ne fut pas erroné, car l'abbé de Tencin écrivait, non sans ironie, à sa ... soeur :
« L'évêque de Sisteron est parti d'ici avec la vérole, dit-il, c'est apparemment pour s'en faire guérir qu'il s'en va à la campagne. »
Nul à cette époque ne se scandalisait des débauches du clergé et des moines, bien plus occupés à forniquer qu'à prier Dieu. On se contentait de chansonner ces vénérables ecclésiastiques :
Tous ces prédicateurs
Qui font trembler la chair
Et réforment nos mœurs
Sont les premiers à faire
L'amour
La nuit et le jour.
Le roi nomma cependant une commission d'évêques dans le but de réprimer les orgies du bas clergé, et le chansonnier ajoute :
On a choisi cinq évêques paillards,
Tous cinq rongés de vérole et de chancre,
Pour réformer des moines trop gaillards.
Peut-on blanchir l'ébène avec de l'encre ? (...)
EN PEIGNANT LA GIRAFE (Frédéric Dard, 1963)
(...) Troisième service ! C'est fou le nombre de gens qu'on expédie soit à la morgue soit à l'hosto dans cette affaire. Gaffez-vous de ne pas y aller aussi. Votre soupière pourrait bien faire explosion à force de me lire. L'aspirine ne vous suffira pas toujours, les gars. L'organisme s'accoutume. Le jour viendra où vous tomberez en syncope après le mot fin d'un San-Antonio. Notez que ça me fera de la publicité mais comme je suis bonne âme, je verserai une larme, surtout si je m'assure la collaboration d'un oignon. (...)
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