21 octobre 2022

LE PERROQUET POURPRE (Clyde B. Clason, 1937)


· Edition française, 1939, F. Rouff ·

(...) Le perroquet pourpre était installé sur le bureau de Mack. Je l'examinai avec attention, mais cette figurine n'avait pas la moindre valeur artistique.
    Si Morse, comme Westborough semblait le croire, l'avait payé dix mille dollars, il aurait dû être mis entre les mains d'un aliéniste.
(...)

19 octobre 2022

LE BERGER DE L'AVENT (Gunnar Gunnarsson, 1936)


· Edition française, 2019, Zulma ·

(...) Chaque homme vit sa vie de façon différente. Les uns parlent sans discontinuer. Les autres sont familiers du silence. Certains ont besoin d'être entourés d'autres hommes pour se sentir bien. D'autres ne sont eux-mêmes qu'en se retrouvant seuls, au moins de temps en temps. Benedikt n'était pas ennemi du genre humain. Mais il l'évitait pendant ses randonnées de l'Avent. Quand il était dans la montagne, il en faisait partie, d'une certaine façon. Et ce n'était sûrement pas l'endroit pour écouter des bavardages incessants ! Jadis, il était plus tolérant. Mais il vieillissait, c'était incontestable. Où donc étaient la paix et la sérénité profonde qu'il avait éprouvées le dimanche précédent ? Ce sentiment d'apaisement et d'attente. C'était seulement cinq jours plus tôt, aussi incroyable que ça puisse paraître. Si tout s'était passé comme prévu, il serait sur le point de rentrer chez lui. Et il était là, aussi usé que ses haillons, usé de corps et d'esprit. Les années passent et on les sent passer. (...)

15 octobre 2022

LE COLLÈGE INVISIBLE (Jacques Vallée, 1975)

· Edition originale, 1975, Albin Michel ·

(...) Résumons les deux premiers facteurs de dissimulation :
1. La pression sociale décourage le rapport d'une observation.
2. Les structures bureaucratiques se croient obligées de fournir à tout prix une « explication » si un rapport est publié.
    Je crois qu'à ces deux facteurs s'en rajoute un troisième.
3. Le phénomène contient un mécanisme pour s'expliquer lui-même !

    Le lecteur qui a peut-être patiemment suivi mon explication des deux premiers camouflages va sans doute buter sur le troisième. Qu'il prenne alors connaissance du cas suivant, sans oublier qu'il s'agit d'une observation analysée à fond par l'Université du Colorado, insoluble d'après le professeur Condon, et enfouie dans la confusion de son rapport. Le cas était si gros qu'il ne put le camoufler entièrement.

    La scène se passe le 3 décembre 1967. Un policier américain, Herbert Schirmer, roulait à 2 h 30 du matin dans la région d'Ashland, dans me Nebraska. Soudain il crut voir un camion devant lui sur la route. Il s'agissait d'un objet qui portait une rangée de lumières clignotantes. Le policier se mit en « phares ». Le soi-disant « camion » décolla ! Le témoin rentra au poste de police et inscrivit sur le registre :
    « Vu soucoupe volante à l'intersection des routes 6 et 63. Croyez-le ou ne le croyez-pas. »
    L'histoire pourrait s'arrêter là. Une grande majorité des cas d'OVNI s'arrêtent là. Le témoin va se coucher ! Or Schirmer alla effectivement se coucher mais il ne put trouver le sommeil. Il avait un mal de tête épouvantable. Il entendait un bourdonnement. Il avait une trace rouge sous l'oreille gauche.
    Le cas fut porté à l'attention de l'Université du Colorado. Schirmer fut placé sous hypnose. On découvrit qu'il avait une « absence » de vingt minutes, au cours de laquelle il ne pouvait pas décrire ses actes. On poursuivit l'hypnose et l'histoire se compliqua.
    L'objet qu'il avait cru être un camion décolla, mais Shirmer ne rentra pas au poste de police comme il l'avait affirmé. Il décida au contraire de suivre l'engin, prit un chemin de terre et roula dans la direction de la lumière intense. Arrivé à Wahoo, il tenta d'entrer en contact radio avec la police mais son émetteur ne fonctionna pas. C'est alors que son moteur de voiture cala. L'engin approcha. Il était métallique, ovale, entouré d'une lueur argentée... Il faisait un bruit de tourbillon, et il finit par atterrir juste devant la voiture. Le policier Schirmer voulait rentrer à la maison. « Quelque chose dans son esprit » l'en empêchait. Les occupants de l'engin apparurent venant vers la voiture. Schirmer voulait tirer son révolver mais ne put le faire. Ils lancèrent sur lui un éclair verdâtre, tirèrent un petit objet d'un étui, l'éclairèrent avec une lumière, et il perdit connaissance !
(...)

12 octobre 2022

SAN-ANTONIO RENVOIE LA BALLE (Frédéric Dard, 1960)


· Réédition, 1964, Fleuve Noir ·

(...) Brusquement, je  sens le dimanche... Je le sens à la qualité de l'air, à cette espèce d'assoupissement bizarre, de navrance inconsciente qui flotte autour des gens.
    Le dimanche, c'est le jour où les hommes sentent leur mort. C'est pourquoi ils font la gu... Quelques-uns picolent pour ne pas y penser. Ils chantent « Boire un petit coup c'est agréable » avec des copains, comme ça, pour s'étourdir, pour reculer la fatalité qui les menace... Ou bien ils vont tuer du goujon, ou du perdreau...
    
– A quoi tu penses, dis, Louis XVI ? rigole le Gros...
   
– Justement : à ma mort, assuré-je.
   
– Faut toujours que tu débloques, s'épanouit Béru.
    Je lui vote un regard sincèrement admiratif.
   
– Tu n'y penses jamais, toi, à la mort ? je questionne.
    
– Moi ! T'es dingue, mon pauvre San-A ! Pourquoi que j'y penserais à la mort, puisque je vais mourir...C'est à ce qui ne peut pas arriver que je pense... A ce dont au sujet duquel à propos de quoi on n'est pas sûr ! La mort, ça, au moins, j'en suis sûr... Y a pas de problème.
   
– Tu trouves ?
   
– Certainly, Sir !
   
– Ça ne t'effraie pas ?
    Cette fois, il a l'air franchement inquiet. Pas pour lui : pour moi.
    
– T'as des vapeurs ? C'est peut-être la digestion. Qu'est-ce t'as morfillé à midi ?
(...)

07 octobre 2022

SENS DESSUS DESSOUS (Raymond Devos, 1976)


· Réédition, 1989, Stock ·

(...) On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C'est difficile  de juger. Moi, j'ai longtemps donné raison à tout le monde. Jusqu'au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc, j'avais raison ! Par conséquent, j'avais tort ! Tort de donner raison à des gens qui avaient tort de croire qu'ils avaient raison. C'est-à-dire que moi qui n'avais pas tort, je n'avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu'ils avaient tort. J'ai raison, non ? (...)

04 octobre 2022

CES DIEUX VENUS D'AILLEURS (Christine Dequerlor, 1977)


· Edition originale, 1977, Albin Michel ·

(...) Nous venons de voir qu'il y a environ un millénaire, au Toro Muerto, les Indiens gravèrent des cosmonautes, aussi fidèlement que des photographies et semblables à ceux de notre époque. Je précise qu'ils ne le firent pas pour répondre à une tradition. La maîtrise du dessin, les costumes des Extra-Terrestres, le cadre dans lequel ils se situent, varient avec les civilisations. Les artistes ne se copiaient donc pas, mais reproduisaient exactement ce qu'ils observaient de façon vivante et réaliste. (...)

25 septembre 2022

LE NAUFRAGE DU TERSCHELLING (Frans Janssen van der Heiden,1675)


· Édition françaisee, 1999, Chandeigne ·

(...) A peine nous étions-nous reposés une heure ou deux que le navire se mit à verser. Les cris et gémissements des premiers qui s'en aperçurent réveillèrent la plupart des autres qui dormaient encore profondément ; et ainsi ils découvrirent l'eau qui montait si promptement que la confusion et la bousculade furent totales. Nous trouvâmes refuge derrière le grand mât et sur la dunette. Il manqua trois hommes à l'appel, qui certainement s'étaient noyés.
    Nous fûmes deux heures dans cet état, la plupart à demi-morts, quand soudain le navire se rétablit aussi droit sur le sable qu'un vaisseau peut l'être sur mer. Cela semblait être un miracle de Dieu, car s'il ne s'était pas redressé, nous n'aurions pas pu couper la mâture pour en faire un radeau, et aurions tous immanquablement péri. Rassemblés à la poupe, nous ouvrîmes quelques coffres et distribuâmes des habits et des chapeaux à nos gens. Puis l'eau-de-vie coula en abondance.
    L'effet en fut plaisant et bientôt bien des choses changèrent en peu de temps, car habillés et coiffés de neuf certains s'imaginaient de grands seigneurs, burent à la santé de leur commerce et ne parlaient que de millions, sans se soucier de savoir comment ils allaient quitter le navire. Au contraire, le chapeau sur l'oreille, ils allèrent s'abreuver encore davantage devant puis dans la cabine des pilotes ; peu s'en fallut qu'ils ne chantassent, mais nous les en empêchâmes. D'autres, également en proie aux excès de l'eau-de-vie,
cherchaient à oublier que la mer menaçait à tout instant de broyer le navire condamné, que la mort approchait et que l'unique ressource était de faire un radeau en coupant les vergues, et de partir en remettant notre sort à la divine providence. Envahis par l'angoisse, ils ne faisaient que gémir et maudire le Ciel car ils avaient perdu tout espoir. (...)

22 septembre 2022

SO NUDE, SO DEAD (Ed McBain, 1952)


· Réédition, 2015, Titan Books
·

(...) Il fouilla le bureau encore une fois, le placard, la salle de bain, même la douche. Il fouilla dans son sac à main, éparpilla ses sous-vêtements sur le sol, balança ses propres fringues de leur chaise, sa chemise, ses chaussettes, cherchant l'introuvable boîte de bonbons avec la poudre blanche à l'intérieur.
    "Eileen ! appela-t-il, incapable de se retenir plus longtemps, décidé à la réveiller, ayant maintenant autant besoin de se shooter qu'un homme dans le désert a désespérément besoin d'eau. Pas de blague, cette fois. Une question de vie ou de mort. Ni plus ni moins que la différence entre pouvoir respirer, ou mourir.
    "Eileen ! Réveille-toi, réveille-toi. Aide-moi."
    Il était parcouru de frissons, à présent, a peine capable de maîtriser son corps. Il traversa rapidement la chambre et se pencha sur le lit.
    "Eileen !" dit-il, sa voix un rauque murmure, son corps recouvert d'un film de sueur froide. "Eileen !"
    Il tendit le bras et toucha doucement son épaule, les doigts tremblants. "Eileen. Eileen, émerge."
   Il la secoua plus violemment, ses lèvres agitées frénétiquement, s'efforçant d'avaler une boule inexistante dans sa gorge. "Allons, poupée," supplia-t-il, "allez, maintenant, bouge-toi, allez."
    D'un geste soudain violent, il ouvrit les draps, exposant dans toute sa longueur son corps étendu contre la blancheur du lit. Il la secoua encore, et ses yeux descendirent vers la dépression de son nombril.
    Alors il remarqua les orifices.
   C'était de petits trous, juste à droite de son nombril. Ils étaient cernés de rouge, et il y avait un ruissellement rouge séché en travers de son ventre plat.
(...)
[Traduit de l'anglais]

19 septembre 2022

SAVONAROLE (Georges Mounin, 1960)


· Édition originale, 1960, Club Français du Livre ·

(...) Or toute la dernière partie de la vie du frère a le caractère d'une longue agonie autour de laquelle hurle de plus en plus frénétiquement l'ignoble danse du scalp d'une ville civilisée tout entière – ou peu s'en faut. Comme arrière-plan, l'acharnement carnassier de tous les religieux contre ce religieux – carnivorisme de basse-cour, où l'on sait que les poules achèvent à coups de bec la volaille blessée simplement parce qu'elle saigne déjà. Sur le chemin de Fiesole, un groupe de frères mineurs – les gens de saint François ! – lui crient des injures et des grossièretés. Les franciscains de Santa Croce, contre lui, se font indicateurs et provocateurs, et les dominicains (moins rigoureux) de Santa Maria Novella aussi. Depuis Ponzo, qui le tourne en ridicule avec sa marmite, jusqu'à fra Mariano qui s'abaisse, en cour de Rome, en présence du pape, à traiter le frère Jérôme dans un sermon, de juif, de larron, de ribaud scélérat, d'ivrogne inspiré par le trop bon vin de Trebbiano ; jusqu'à fra Francesco di Puglia qui donne suite à sa bravade de l'épreuve du feu parce qu'il est assuré – par la seigneurie d'Arrabiati et par les Compagnacci, – que de toute façon elle n'aura pas lieu ; jusqu'au sémillant commissaire apostolique Romolino, dont le premier mot quand il arrive à Florence, en réponse à la foule qui crie à mort, est celui-ci : « Nous ferons un beau feu ; j'ai déjà la sentence de condamnation sur moi », – tout le chemin de croix de Savonarole est jalonné d'un affreux cortège de prêtres-anthropophages.
    Savonarole, qui n'est pas un saint, devient dans ce cadre un martyr.
(...)

18 septembre 2022

L'ENVAHISSANT CADAVRE DE LA PLAINE MONCEAU (Léo Malet, 1959)


· Réédition, 1971, Le livre de poche ·

(...) « C'était très bien, dit-elle
    – Quoi donc ?
    – Le coup de poing. Ça m'a fait plaisir.
    – C'était la moindre des choses. »
    Elle se met à rire.
    « Vous vous livrez souvent à ce genre d'exercice ?
    – Non. J'en ai envie chaque fois que je me trouve en présence d'une gueule comme celle de ce Dupont, mais je me retiens. Il y en a trop. Je passerais mon temps à ça. Aujourd'hui, les circonstances étaient exceptionnelles.
    – Vous me paraissez avoir une drôle d'opinion du genre humain, vous !
    – Comme ça.
» (...)