(...) Le mardi était toujours pour Barclett un jour d'affluence. Évidemment, les week-ends amenaient bien les jeunes twisteurs des environs, mais la nouvelle vague se cuitait au jus de fruits et les filles ne buvaient pas pour ne pas perdre la ligne. D'ailleurs, Barclett pendant un week-end, ça n'était plus Barclett.
Entre les grattements des guitares, les détonations syncopées de la batterie, les battements de mains et les trémoussements de toute cette jeunesse triste, aux chansons mélancoliques, gueulant son désespoir d'être jeune et amoureuse, par le truchement de chanteurs aphones dans une aveuglante débauche de projecteurs, et le Barclett du mardi, il y avait tout un monde.
Tango, lumières tamisées, ombres enlacées glissant harmonieusement sur la piste brillante, seaux à champagne ruisselants de gouttelettes glacées, odeurs de tabacs, de parfums coûteux, joie discrète d'humains sur le retour, sachant que le plaisir n'est formé que d'instants fugitifs qu'il faut saisir à pleins bras, avant que tout ne croule en un petit tas qu'on appelle souvenirs...
Ernest Jousse renifla, donna un coup de coude à Nortens.
– Ça sent la pépée, souffla-t-il.
Nortens était mal à l'aise, mais il faillit pouffer.
– Vestiaire, messieurs ?
Jousse se retourna. La femme était blonde, mince, très élégante dans une robe beige aux revers marqués de deux B discrets. (...)
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