(...) Saïd eut un petit sourire qui mit à nu ses belles dents régulières, puis se pencha vers moi :
– Dis, madame Dédé...
– Je t'écoute...
– Tu peux toujours pas me donner le nom de l'assassin de mon frère ?
Je restai quelques secondes silencieuse. Puis saisie d'une inspiration soudaine, je répondis à Saïd:
– Peut-être !
– Ah ! haleta-t-il.
– Mais d'abord je te veux, chéri ! Donnant, donnant !
– Puisque je t'offre mille dollars !
– J'ai pas besoin de ton fric ! C'est toi qu'il me faut !
– Tu es drôle ! Qu'est-ce qui te plaît en moi ?
– Tout !
De nouveau Saïd devint cramoisi.
– Tiens ! fit-il. Tu me dis le nom de l'homme et tu as deux mille dollars !
– Ce n'est pas un homme !
– C'est une femme ?
– Oui !
– Je la connais ?
– Oui !
– C'est celle qui a eu peur de moi, l'autre jour ?
– Oui !
– Tu me le jures, madame Dédé ?
– Je te le jure, Saïd ! Va, je la hais autant que toi ! Elle a tué mon premier mari, après l'avoir torturé !
– Et tu ne l'as pas vengé ?
– Ensuite, c'est elle qui m'a fait enfermer dans cette maison où tu m'as trouvée !
– Et tu l'as laissée en vie ?
– J'ai jamais tué personne, mon pauvre petit ! Je crois que je saurais même pas !
Saïd me regarda longuement.
– Je te crois, madame Dédé ! fit-il. Je lis la vérité dans tes yeux ! Raconte-moi tout... Je te vengerai, en vengeant mon frère... (...)
