(...) J'avais hérité de mon papa la passion des automates. J'en possède un bon nombre que mes électroniciens animent parfaitement. J’aurais voulu en créer d'autres, en créer des masses, que l'on prendrait pour des hommes véritables. En cela, j'ai été dépassé par les princes qui, secrètement, gouvernent les peuples. Ils savent « robotiser » mieux que moi. Ils y emploient leurs savants, leurs journaux, leurs rabâcheurs politiques. Tout leur sert. La télévision, la radio, la littérature, la publicité, l'automobile, l'allocation à la reproduction en série ! D'ailleurs, plus besoin bientôt de fabriquer des mannequins de plastique et métal. Quelques électrodes introduites dans les cerveaux humains, et la grande révolution sera accomplie. L'homme aura laissé sa place au sujet commandé par ondes. Crie : « Vive chose ! » Gueule : « Vive machin ! » Vote ici ! Vote là ! N'achète pas ! Achète ! Fais l'amour ! Fais la guerre ! (...)
23 janvier 2023
LA NUIT DES TRÉPASSÉS (Jean Murelli, 1967)
08 janvier 2023
DU POULET AU MENU (frédéric Dard, 1958)
(...) Quelle humanité en péril ! C'est tout en pleine décomposition, ça, madame ! Ah ! si vous pouviez mater ces tronches, ces corps, ces physionomies !
Des grosses mochetées, gonflées et rondouillardes comme le bonhomme Michelin. (Du reste l'une d'elles a appelé sa petite fille Micheline.) Avec des bourrelets aux cuisses, au bide, au fignedé... Des nichons pareils à des sacs de farine, des bajoues. Le tout couvert de peinture, d'or, de soie, de prétention... Couvert d'imbécilité... Des sourires lippus ; des regards visqueux comme des beignets mal cuits ! Ah ! les belles dames rupinos ! Bien faisandées, varicées, cellulitées, engraissées, mais dignes ! Dignes avec du rouge aux lèvres et aux joues, du noir et du vert, et du bleu et du violet aux châsses ! Et jaunes aussi... C'est jaune et ça ne sait pas !... Jaune verdâtre, comme toutes les barbaques gâtées. (...)
06 janvier 2023
CRÉATURES DES NEIGES (Jimmy Guieu, 1957)
(...) La gorge sèche, des gouttes de sueur perlant à son front, le Dr Richardson frémit en reconnaissant dans ce rectangle un psycho-émetteur-récepteur !
– Ainsi, cogita-t-il, ce ne sont pas les Abominables Hommes des Neiges qui pratiquent les trépanations sur leurs victimes mais... cette chose non moins abominable « panse » glaireuse soutenue hors de ce bassin par cet échafaudage tubulaire qui lui sert d'ossature ! Les Yétis ne sont que les assistants dociles de ce... Maître ! Est-ce donc vraiment à « ça » que Miss Palmer, Brown et Bentos faisaient allusion en parlant des « Maîtres » ? Cette horrible « chose » n'est pas terrestre : jamais hideur pareille n'exista sur Terre ! (...)
29 décembre 2022
LE PAIN DES JULES (Ange Bastiani, 1960)
(...) Au même instant, deux détonations claquèrent sec. Nino, à bout de nerfs, venait d'ouvrir le feu.
– Con ! lâcha Sinibaldi.
Dans la seconde, une rafale de balles fit voler en éclats les vitres de la véranda. Les débris de verre se mirent à pleuvoir autour de Toussaint, qui, toujours courbé en deux, poussa une pointe de course en marche arrière.
Une nouvelle fois, le soufflant de Petit-Nino cracha sa ration de plomb en direction des lauriers-roses.
Ne s'occupant plus de lui, Toussaint avait regagné l'entrée du hall, d'un coup de pied, repoussait les battants de la grille en fer forgé et fonçait droit devant lui. Il se glissa entre les meubles couverts de housses, buttant sur l'un, s'agrippant à l'autre et finit par se retrouver au débouché du grand vestibule d'entrée. (...)
D'AMOUR ET DE PEUR (Juan de Linda, 1954)
(...) Le patron de la petite goélette cracha au sol : quelque chose de gluant, de noir, de malodorant : tabac à chiquer, alcool et piments. Il toisa le métis des pieds à la tête. Il était connaisseur d'hommes, le capitaine. On ne la lui faisait pas. Surtout pas un métis. Encore moins un métis comme Filippo. Il les connaissait tous, comme s'ils appartenaient à sa nombreuse progéniture grouillant un peu dans tous les ports où il avait passé. Ils n'étaient pas si nombreux cependant. (...)
10 décembre 2022
TOUT LE PLAISIR EST POUR MOI (Frédéric Dard, 1959)
(...) Un type ayant des principes, comme Archimède par exemple, demanderait à la veuve Coras si elle prend sa poire pour un quart de Brie et lui conseillerait d'aller cultiver le pois de senteur sur la tombe de son défunt. J'ai déjà vécu des moments pas ordinaires, vous le savez ; et si vous le savez pas il vous suffit de ligoter les tomes (de Savoie et autres) sortis de mes presses pour vous en convaincre (un con vaincu valant un vainqueur). Mais des moments comme icelui étaient jusqu'à présent inconnus au bataillon. (...)
24 novembre 2022
FAUT ÊTRE LOGIQUE (Frédéric Dard, 1967)
(...) – Dites, Larnacq, le houspillé-je, ne jouez pas les grands timides au moment de vous mettre à table, parce que nous risquerions de perdre patience !
Bérurier intervient.
– Tu penses que le Maître n'a pas envie de nous faire languir, dit-il gentiment. Il se doute bien qu'autrement sinon je lui filerais des petites caresses en jus de muscles !
Joignant le geste à la parole et désireux d'illustrer sa menace, le Gros cloque une mandale sur le museau frelaté de Larnacq qui en éternue ses lunettes.
– Je... Je vais parler, assure le tabellion.
– Ben évidemment, déclare le Gros, tu penses que j'en doute pas, pépère, puisque si tu causais pas tu te ferais massacrer, faut être logique...
Le notaire s'humecte les lèvres avec son triste bout de langue.
– Je... j'avais une bonne assurance, dit-il... dans différentes compagnies suisses et anglaises...
– Ça ne m'étonne pas de vous, affirmé-je, vous êtes un méticuleux dans votre genre, Maître.
– Alors j'ai fait une déclaration de vol très... très... (...)
17 novembre 2022
LE COUP DU CHINOIS (Jacques-Henri Juillet, 1971)
(...) La via Santa Lucia est à Gênes ce que la rue Bouterie est à Marseille, la rue Saint Denis à Paris, le petit Socco à Tanger, ou la « rue douze » à Hambourg. C'est une ruelle étroite, perdue dans ce quartier interlope du vieux port où chaque rue est coupée de couloirs, passages, « traboules », s'entrecoupant les unes aux autres dans un dédale inextricable qui en fait le paradis de la pègre et le refuge de tous les commerces illicites qu'on trouve dans tous les ports du monde.
La rue, étroite et animée, rappelle les souks. Il y flotte toujours d'étranges odeurs où se mêlent la friture, les relents des bistrots à matelots et les fumets douceâtres qui s'échappent des soupiraux des « panèteries » où l'on cuit souvent toutes sortes de choses sauf du pain.
Les commerces les plus hétéroclites y foisonnent et chaque pouce carré de trottoir a une valeur documentaire des plus édifiantes.
On peut aussi bien y négocier toutes les marques de cigarettes du monde entier à des prix sans concurrence avec la Régie, l'achat d'une arme, d'un passeport ou les plaisirs tarifés d'une hétaïre aux charmes un peu fanés. Tout se passe dans la rue au vu et su de tout le monde.
Et personne ne dit rien à personne.
Peut-être parce que le mot liberté a encore un sens dans les escales de l'aventure. (...)
10 novembre 2022
SEE YOU AT THE MORGUE (Lawrence G. Blochman, 1941)
(...) Les policiers de la dix-huitième circonscription déclarèrent que le cadavre du barbu Boris avait été découvert un peu avant sept heures ce matin, étendu dans la ruelle, et qu'il avait fallu attendre l'ouverture des boutiques et bureau avant de pouvoir interroger les gens du voisinage. Vers neuf heures, ils trouvèrent enfin des gens pour qui la description du mort était familière. Il s'agissait probablement de Boris Pilozor, responsable des commandes à l'entreprise de fourreur Henry Frye Co. (...)
[Traduit de l'anglais]
29 octobre 2022
VIEILLES MAISONS, VIEUX PAPIERS VI (G. Lenotre, 1929)
(...) Timoléon de Bennes était parti, en effet, résolu à gagner Coblentz pour s'enrôler dans l'armée que formaient sur le Rhin les Princes, frères de Louis XVI, afin de marcher sur Paris et réduire à merci la révolution. Mme de Bennes, informée du projet de son mari, avait décidé de ne point se séparer de lui ; vêtue d'un costume d'homme, elle l'accompagnait dans son long voyage.
Par quels moyens arrivèrent-ils au but ? La voiture était bien coûteuse pour leur maigre bourse ; leur bagage, d'ailleurs, devait être léger et ne les embarrassait guère ; il est probable qu'ils allèrent à pied, évitant les grandes villes où leur allure suspecte eût pu leur attirer des désagréments, et qu'ils parvinrent à la frontière par Laigle, Amiens, Beauvais, La Fère ; là ils se trouvaient à une quinzaine de lieues des Pays-Bas autrichiens où, en leur qualité d'émigrés, ils rencontreraient de bienveillants concours. Il paraît certain qu'ils voyagèrent sans passeports, ou, du moins, munis de fausses pièces d'identité, car ils se donnaient pour deux frères, – les frères de Haussey, le chevalier et son cadet. Ils avaient à peu près le même âge, même tournure ; les formes viriles de Mme de Bennes justifiaient son travestissement masculin. Ils sortirent de France sans malencontre et poursuivirent par la Belgique leur route vers le Rhin. (...)
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