(...) La via Santa Lucia est à Gênes ce que la rue Bouterie est à Marseille, la rue Saint Denis à Paris, le petit Socco à Tanger, ou la « rue douze » à Hambourg. C'est une ruelle étroite, perdue dans ce quartier interlope du vieux port où chaque rue est coupée de couloirs, passages, « traboules », s'entrecoupant les unes aux autres dans un dédale inextricable qui en fait le paradis de la pègre et le refuge de tous les commerces illicites qu'on trouve dans tous les ports du monde.
La rue, étroite et animée, rappelle les souks. Il y flotte toujours d'étranges odeurs où se mêlent la friture, les relents des bistrots à matelots et les fumets douceâtres qui s'échappent des soupiraux des « panèteries » où l'on cuit souvent toutes sortes de choses sauf du pain.
Les commerces les plus hétéroclites y foisonnent et chaque pouce carré de trottoir a une valeur documentaire des plus édifiantes.
On peut aussi bien y négocier toutes les marques de cigarettes du monde entier à des prix sans concurrence avec la Régie, l'achat d'une arme, d'un passeport ou les plaisirs tarifés d'une hétaïre aux charmes un peu fanés. Tout se passe dans la rue au vu et su de tout le monde.
Et personne ne dit rien à personne.
Peut-être parce que le mot liberté a encore un sens dans les escales de l'aventure. (...)
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