(...) Mon premier soin au réveil, fut de m'inspecter dans la glace. Blondie m'avait bien arrangé. Mon nez avait doublé de volume, et j'avais l’œil droit complètement fermé. On aurait très bien pu me prendre pour la dernière victime de Joe Louis.
Furieux, je me remis au lit. Plus question de sortir Mardi avec une bille comme ça. Ça serait le meilleur moyen de la dégoûter de moi.
J'allumai une cigarette et me mis à réfléchir. Si nous étions mariés, tout ça serait sans importance. Au contraire, elle serait là aux petits soins, à me dorloter. Puis je me redressai avec consternation. Moi, marié ! Elle était raide celle-là ! Moi qui charriais tous les copains qui se laissaient mettre le grappin dessus, j'aurais bonne mine avec un fil à la patte. J'avais toujours frémi à l'idée de passer ma vie avec la même bonne femme et me voilà en train de peloter le projet !
Décidément, je commençais à me ramollir. Ce qu'il me fallait, c'était de l'exercice physique. Je me levai et m'envoyai une bonne lampée. (...)
30 juin 2023
LE CORBILLARD DE MADAME (James Hadley Chase, 1949)
24 juin 2023
IT'S NOT TOO LATE (Hamish Miller, 1998)
(...) A cette époque je travaillais avec des amis de la Fédération Nationale des Guérisseurs Spirituels [National Federation of Spirtual Healers] et j'ai obtenu leur accord pour radiesthésier leurs sanctuaires avant et après la séance de guérison, afin de voir s'il y apparaissait une figure commune à tous. Un facteur intéressant devint apparent après en avoir examiné des douzaines dans différentes régions du pays.
Dans tous les cas se forme le schéma d'une grille régulière, dont la taille dépend non seulement de la durée pendant laquelle le guérisseur a officié dans la pièce, mais aussi de la qualité de la guérison. Ces variations sont importantes dans les différentes régions du Royaume-Uni, et les quelques observations que j'ai pu faire à l'étranger semblent confirmer la similarité de ces effets à travers le monde. Il apparaît qu'existe une grille de terre universelle dont les rectangles ou carrés pulsent tranquillement, avec des lignes parfois séparées de plus de cent mètres, et dans d'autres secteurs de seulement quelques centimètres. (...)
[Traduit de l'anglais]
MEURTRES EN COMMUN (André Caroff, 1965)
(...) Le mardi était toujours pour Barclett un jour d'affluence. Évidemment, les week-ends amenaient bien les jeunes twisteurs des environs, mais la nouvelle vague se cuitait au jus de fruits et les filles ne buvaient pas pour ne pas perdre la ligne. D'ailleurs, Barclett pendant un week-end, ça n'était plus Barclett.
Entre les grattements des guitares, les détonations syncopées de la batterie, les battements de mains et les trémoussements de toute cette jeunesse triste, aux chansons mélancoliques, gueulant son désespoir d'être jeune et amoureuse, par le truchement de chanteurs aphones dans une aveuglante débauche de projecteurs, et le Barclett du mardi, il y avait tout un monde.
Tango, lumières tamisées, ombres enlacées glissant harmonieusement sur la piste brillante, seaux à champagne ruisselants de gouttelettes glacées, odeurs de tabacs, de parfums coûteux, joie discrète d'humains sur le retour, sachant que le plaisir n'est formé que d'instants fugitifs qu'il faut saisir à pleins bras, avant que tout ne croule en un petit tas qu'on appelle souvenirs...
Ernest Jousse renifla, donna un coup de coude à Nortens.
– Ça sent la pépée, souffla-t-il.
Nortens était mal à l'aise, mais il faillit pouffer.
– Vestiaire, messieurs ?
Jousse se retourna. La femme était blonde, mince, très élégante dans une robe beige aux revers marqués de deux B discrets. (...)
07 juin 2023
A PIEDS JOINTS (James Hadley Chase, 1974)
(...) Deux heures s'étaient écoulées depuis la scène que j'avais eue avec Valérie. Assis à mon bureau, encore tremblant, j'étais trop occupé pour m'occuper des dossiers étalés devant moi.
Qu'avais-je fait ? me demandai-je sans cesse. Quelle influence démoniaque avais-je libérée en faisant claquer mes doigts ? Bien que Dyer m'eût averti, je ne m'attendais pas à une réaction aussi effrayant. Valérie s'était transformée en fantôme. Son visage avait perdu toute personnalité; il était inexpressif comme le faciès des morts. Ses yeux avaient le regard vide d'un aveugle. Puis elle se pencha en avant et contempla par-dessus mon épaule le mur en face d'elle. (...)
27 mai 2023
LE MAUVAIS LIVRE (Jules Renard, 1890/1900)
(...) Peu importe, lecteur, que tu ne comprennes point Éloi devenu tout à coup symboliste. Il n'a aucune sorte d'estime pour toi. Si tu lui dis « Je ne comprends pas ! » ses mains se frottent d'elles-mêmes, et s'il lui arrive de se comprendre, il n'est plus fier.
C'est pourquoi il veut, infatigable, toujours aller à l'obscur, vers du plus obscur encore. Aveugle, il jetterait, la nuit, sur un tableau noir, les lettres retournées de mots sans suite.
Or, il surprend sa gentille amie en larmes.
– Oui, dit-elle, il faut que je t'ouvre mon cœur. J'ai trop de chagrin. Je lis tout ce que tu fais. Je le relis en cachette, mon Petit Larousse sur les genoux. Va, je travaille ; souvent ma tête éclate. Et je peine vainement. Impossible de traduire une ligne. Je suis donc bien bête ! J'en crierais ; je serais si heureuse de deviner quelquefois. Je t'aime tant !
Elle pleure comme une source pure.
Éloi lui baise les mains, et, presque vaincu, appuie son front sur l'épaule de son amie, mais pour le relever soudain, avec orgueil et défi.
Il mourra avant d'oublier cette minute où il faillit, à cause de sa gentille amie, perdre, d'un coup, tout le talent qu'il a de ne pas écrire en français. (...)
FRÉNÉSIES AMOUREUSES (Jean de Chancènes, 1960)
(...) Son besoin de meurtrir n'était qu'un corollaire morbide de l'amour exalté qui 'enchaînait à Odette, la petite compagne lascive et tendre.
L'exemple pernicieux est toujours rapidement suivi, tant il est vrai que la nature humaine a plus de penchant pour le vice que pour la régularité des mœurs.
Pourtant il y a à cela un revers de la médaille et si le plaisir est physique, le mal qui en résulte est toujours un mal physique.
Il n'est pas de cas, en effet, où une passion quelconque n'entraîne pas à bref délai un détraquement de l'état général de la santé. Tantôt c'est le foie qui est atteint, tantôt c'est le cœur, le ventre, pour aboutir à la fin logique : la mort prématurée. (...)
22 mai 2023
INFORTUNE (G.J. Arnaud, 1966)
(...) – Vous n'avez rien à craindre. Je vous promets le secret. C'est pour son contenu que vous avez tué Charly ?
– Ce n'est pas moi qui l'ai tué.
– Robert sourit tout en secouant la tête.
– Allons. Vous saviez que je vérifierais le chargeur et que je le viderais. A tout hasard, vous aviez placé cette balle-suicide dans le canon, mais vous comptiez sur mon horreur du sang. Vous aviez fait un beau calcul. Prat n'avait aucune chance en menaçant un gendarme avec une arme vide. N'importe quel policier aurait dégainé et tiré. Mais, à tout hasard, il y avait la balle dans le canon. Quel trésor cachez-vous dans ce coffret pour que vous alliez jusqu'au meurtre ? (...)
CUISANT NOVICIAT Tomes 1 & 2 (Paulette Vergès, 1935)
· Réédition, 1990, Éditions Dominique Leroy · Pour adultes
(...) Un soir quand, les joues rouges, encore plus d'excitation que de honte, je fus entrée dans le cabinet de la supérieure pour y chercher la punition que j'avais encourue au cours de la journée, la sœur de service qui me déculotta était une jeune femme que je n'avais encore jamais vue. Elle était extrêmement jolie et, en dépit de son costume peu flatteur de religieuse, il était facile de voir que son corps devait être d'une beauté classique. (...)
08 mai 2023
Y'A BON SAN-ANTONIO (Frédéric Dard, 1961)
(...) Madame porte un gaine garnie de dentelle noire, un porte-bas affolant, noir aussi, et un bustier d'où elle retire successivement : un kilo de farine blanche, deux poissons rouges, un dis de carreau, un tesson d'aquarium, un tronçon de baguette magique, un bouton de col, un berlingot Bio-dop, un étui à lunettes, le reste d'un sandwich aux rillettes, une balle de tennis, une de Lebel et une de coton. C'est pas un soutien-chose, c'est un hotte. Je m'attends à l'en voir retirer le gars Alfred en personne, mais elle stoppe l'évacuation, se sonde l'entre-seins, ramène encore un chandelier à trois branches et déclare forfait.
– San-A., proteste le Gros, je te prierais de ne pas regarder Mme Bérurier de cet œil c...-c...-pissant. Je veux bien que tu es mon supérieur, mais ça ne donne pas le droit de cuissage. (...)
30 avril 2023
FILE-MOI UNE COUVERTURE (Jame Hadley Chase, 1980)
(...) Dans le hangar où plusieurs filles noires disséquaient des grenouilles (spectacle et odeurs qui me soulevèrent le cœur), je trouvai un homme de soixante-cinq ans environ qui mangeait des haricots blancs dans une boîte de conserve. Qu'on puisse manger dans cette puanteur atroce me dépassait. Mais cet homme petit, trapu, solidement bâti, à la barbe grisonnante et assez cradingue, paraissait déjeuner tranquillement. Je lui débitai ce que j'avais déjà dit à Weatherspoon. Je collectais des renseignements pour le compte d'agence. Il m’écouta pendant qu'il mangeait, puis me regarda avec des yeux gris où brillèrent une lueur de ruse propre aux pauvres.
Ça faisait des années que je me livrais à la chasse aux renseignements, et je connaissais bien ce regard.
– M. Weatherspoon m'a dit que vous pourriez me fournir des tuyaux, commençai-je. Je ne les demande pas pour rien. Cinq dollars vous intéresseraient-ils ?
– Dix dollars, ça serait mieux, répondit-il aussitôt.
Je sortis un billet de cinq dollars de mon portefeuille et l'agitai devant sa figure.
– Cinq pour commencer. Voyons ce que vous avez à dire.
Il m'arracha la coupure des doigts comme un lézard gobe une mouche. (...)
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