10 décembre 2021

BÉRU-BÉRU (Frédéric Dard, 1970)


· Édition originale, 1970, Fleuve Noir ·  Pour adultes 

(...) On roule un moment en direction des faubourgs. J'aime les faubourgs italiens. Ils n'ont pas la tristesse grise des nôtres. Au contraire, ils sont pétants de vie et d'allégresse. L'humanité dégouline sur les trottoirs. Ça sent la friture, la vinasse, le safran. Ça sent l'enfance joyeuse. Le bébé qu'on vient de faire ! Celui qu'on va fignoler tout à l'heure. La pauvreté y semble source de joie. Ils sont pleins de grosses femmes volubiles, de vieillards édentés, de mâles en chaleur. Y'a des beignets partout, du poisson frit, de la tomate. Et puis des gosses, surtout ! Jaillissant de tous les orifices de la rue, des gosses sales et beaux, barbouillés de rires. Y'a plus que les Italoches qui soient encore un peu vivants en Europe. Ailleurs, c'est fini, ça s'éteint dans des oxydes de carbone. Même en Espagne. Une grande ombre accablante s'étale sur le vieux continent. (...)

03 décembre 2021

LA DISPARUE DE MINUIT TRENTE (René Virard, 1933)


· Édition originale, 1933, J. Ferenczi & Fils ·

(...) Le commissaire Carriolet ne se sous-estimait pas, mais il ne se prenait pas non plus pour un aigle. Il aimait son métier et l'exerçait avec conscience. Il y avait des affaires particulièrement difficiles qu'il réussissait comme en soufflant dessus, et d'autres, bien qu'elles eussent, de prime abord, l'apparence d'un simple jeu d'enfant, qu'il ratait indubitablement. (...)

29 novembre 2021

PRINCESSE NICHONNETTE (André Chandor, 1929)


· Édition originale, 1929, Collection Gauloise ·

(...) Ce matin-là, Hilarion XIV, roi de Boulimie, se réveilla de fort méchante humeur. En jouant à le belotte la veille au soir avec son valet de chambre – que voulez-vous, quand on est roi, les distractions ne sont pas très nombreuses – Sa Majesté avait perdu les derniers trente-cinq francs qui lui restaient sur ses petites économies personnelles. Or, deux jours plus tôt, son grand trésorier lui avait signifié qu'il ne pouvait plus lui lâcher un "radis" (monnaie du pays qui ne vaut guère plus que notre franc actuel) jusqu'à la fin du mois.
    D'autre part, l'accorte et jeune camériste qui était chargée depuis un mois déjà du réveil de l'auguste souverain, avait filé, la veille, avec un acrobate roumain venu en représentation de gala au palais, à l'occasion des dix-huit ans de la princesse Viviane. Or, pour des raisons qu'il ne nous appartient, ni à vous ni à moi, d'approfondir, Hilarion XIV appréciait tout particulièrement la manière aimable qu'avait cette jeune fille de chambre de le faire passer du rêve à la réalité.
(...)

THE DEFINITIVE WEE BOOK ON DOWSING (Hamish Miller, 2002)


· Édition originale, 2002, Penwith Press ·

(...) Par la radiesthésie nous manipulons un outil qui stimule des sens au-delà des cinq habituels. Cette voie permet d'admettre les limitations de notre courante perception. En prenant conscience que peuvent être remises en question les restrictions sociales, spirituelles et morales qui ont contrôlé historiquement nos schémas de pensée, qu'elles peuvent être modifiées ou abolies, émerge la liberté de choisir soi-même le mode de vie que nous souhaitons suivre. (...)
[Traduit de l'anglais]

27 novembre 2021

TIME TO LIVE (John Rackham, 1966)


· Édition originale, 1966, Ace Books ·

(...) Par terre et par mer s'acheminaient vers Dangelar les "miettes de la table du riche", toutes ces choses précieuses sans utilité pour les Kalmedans, mais dont les Terrans étaient avides et qui pouvaient se vendre pour d'énormes profits. Depuis Dangelar, par vaisseaux traversant le vide, partaient des fourrures et des plumes, des fruits exotiques et des épices, les gemmes étranges et les minéraux rares. A Dangelar affluaient les touristes, les excursionnistes, les chasseurs de souvenirs. Ainsi, dans le quartier central de la capitale se dressaient tous les somptueux bureaux de chaque entreprise Terran importante. (...)
[Traduit de l'anglais]

23 novembre 2021

LE NOUVEAU DÉFI DES O.V.N.I. (Jean-Claude Bourret, 1976)


· Réédition, 1977, France Loisirs ·

1er MAI 1975 : ATTERRISSAGE PRÈS D'UNE PATROUILLE DE GENDARMES
(...) Le jeudi 1er mai 1975 à 23 h 10, nous effectuons une patrouille de surveillance dans les communes de Lezay, Saint-Coutant et Sainte-Soline, circulant à bord de notre véhicule sur le chemin départemental 15, dans le sens Sainte-Soline-Lezay, nous nous trouvons au lieu-dit Bois-de-la-Trouille. Nous apercevons alors dans le ciel une boule lumineuse de couleur jaune vif d'un diamètre apparent de 20 centimètres environ, se déplaçant d'est en ouest. Elle se rapproche du sol à une vitesse régulière. Cet objet semble vouloir se poser à une faible distance de nous.
    Constatations : A 23 h 15, nous nous transportons immédiatement en direction du lieu supposé de l'atterrissage. Arrivés à l'intersection du chemin départemental 15 et du chemin départemental 45 nous observons à travers des haies, direction ouest, à environ 3 ou 4 mètres du sol, un scintillement lumineux. Nous estimons que ce phénomène se situe dans un pré, au lieu-dit Vaugru, en bordure du chemin départemental 105, à 400 mètres de la sortie ouest de Lezay.
    A 23 h 17, nous étant approchés des lieux et ne remarquant rien de particulier au premier abord, nous descendons de notre véhicule pour examiner plus particulièrement cette zone. Presque aussitôt nous entendons un léger bruit, genre froissement d'ailes et nous constatons qu'un engin, dont nous ne pouvons déterminer la forme exacte et la couleur, s'élève rapidement suivant une trajectoire est-ouest, laissant apparaître deux lumières rouges de faible intensité, genre dispositif réfléchissant, distantes horizontalement l'une de l'autre d'environ 50 à 60 centimètres.
(...) A 23 h 20, quelques instants après le présumé décollage, l'appareil reprend sa couleur initiale jaune vif et se stabilise à une altitude et à une distance que nous ne pouvons apprécier. Il nous apparaît alors semblable à un disque d'un diamètre de 20 cm. Devant l'immobilité prolongée de l'OVNI nous l'observons à la jumelle. Nous découvrons que l'appareil est muni de deux ailerons verticaux de 10 centimètres de longueur, placés l'un au-dessus du disque, l'autre en dessous. De plus, l'intérieur de la boule lumineuse semble parsemé de points noirs fixes. A 23 h 25, devant la persistance de ce phénomène, nous nous rendons immédiatement sur la place des Halles de Lezay, où, en compagnie de témoins, nous poursuivons durant trente minutes l'observation. Ce n'est que vers 23 h 45 que l'objet disparaît rapidement vers l'ouest.
(...)

18 novembre 2021

UN P'TIT MODÈLE (René Virard, 1927)


· Édition originale, 1927, Collection Gauloise ·

(...) – Je te dis que tes seins tombent, Kiki ; moi je te dis que tes seins tombent. Bien sûr ! ça ne se voit pas quand tu es habillée. Mais tes seins dégringolent.
    Celle qui devait s'appeler Kiki dans l'intimité, une grosse rousse elle aussi, attrapa son corsage à pleines mains :
    – Mes seins tombent ? Répète-le un peu que mes seins tombent ?
    – Je te dis Kiki que tes seins dégringolent !
    Des boutons giclèrent contre les glaces, de l'étoffe se déchira : poussée à bout, Kiki exhiba deux seins lourds, voluptueux, auréolés de brun, qu'elle soupesa comme une matronne qui choisirait des courges :
    – Je te souhaiterais d'en avoir toute ta vie des pareils, mon petit...
    – Pour me servir d'oreiller, ou de traversin ?
    Kiki ne répondit pas : le gérant de la brasserie se précipitait, la serviette en bataille, en criant au scandale. Il intima l'ordre à toute l'équipe d'avoir à quitter la maison séance tenante. Une maison si tranquille !
    Kiki renveloppa ses tétons, mais pour se venger, avant de franchir le tambour de la porte, aux applaudissements de tous, elle releva ses jupes d'un geste preste et exhiba au nez du gérant un visage sinon souriant, du moins assez joufflu pour avoir l'air de se payer sa tête.
(...)

17 novembre 2021

TROIS CONTES (Gustave Flaubert, 1877)

· Réédition, ≃1940, Arthème Fayard ·

(...) Éclatant d'une colère démesurée, il bondit sur eux à coups de poignard ; et il trépignait, écumait, avec des hurlements de bête fauve. Puis il s’arrêta. Les morts, percés au cœur, n'avaient pas même bougé. Il écoutait attentivement leurs deux râles presque égaux, et, à mesure qu'ils s'affaiblissaient, un autre, tout au loin, les continuait. Incertaine d'abord, cette voix plaintive longuement poussée se rapprochait, s'enfla, devint cruelle ; et il reconnut, terrifié, le bramement du grand cerf noir. (...)

16 novembre 2021

L'AURORE DE LA MÉSOPOTAMIE ET DE L'IRAN (Max Mallowan, 1965)

 
· Édition française, 1966, Éditions Sequoia ·

(...) La plate-forme artificielle qui portait le Temple des Yeux de Brak [3000 av. J.-C.] renfermait, profondément enfouis, quatre édifices plus anciens dont le plan était fondamentalement le même que celui du dernier. Beaucoup de vestiges des trésors qui leur étaient consacrés se rattachent à ces premiers temples. Les idoles des yeux en albâtre blanc et noir, et dont il existe des milliers, se distinguent de la multitude d'objets découverts dans ces niveaux inférieurs. Elles se composent généralement d'un corps mince comme un biscuit surmonté de deux yeux humains qui autrefois étaient teintés de peinture à la malachite. Elles constituent très probablement les offrandes votives de chaque membre de la population à un dieu omnivoyant, veillant sur les destinées de la cité. (...)

13 novembre 2021

ALIBI AT DUSK (Ben Benson, 1950)


· Édition poche, 1952, Bantam Books
·

(...) "Qu'as-tu dans les arrière-salles, Akima ?"
    "C'est du passé tout ça, inspecteur."
    "La porte est toujours là. Cette grande, en acier."
    "On a quelques salles de club, pour les parties privées. Les nouveaux proprios tiennent à maintenir un lieu respectable, de grande classe. Allons, un autre verre ? Sur le compte de la maison. Pour célèbrer votre retour."
    "J'ai eu ma dose," dit Paris. "Tu es juste le manager ici, à présent ?"
    "C'est exact, inspecteur."
    "Qu'en est-il des salles que tu as à l'étage ?"
    Les mains d'Akima eurent un léger tremblement. Il se mit à tripoter sa cravate. "Ces pièces sont utilisées pour le stockage."
    "Tout le monde a l'air d'avoir tourné la page."
    "Tout ça, c'est du passé," dit Akima avec irritation.
    "Tu as décroché de la coke, maintenant, Akima ?"
    "Je n'en prends plus," lâcha Akima. "J'ai écopé de quatre-vingt-dix jours de travaux forcés la dernière fois que vous êtes venu. Vous le savez bien. J'ai décroché là-bas. Vous êtes à côté de la plaque, inspecteur. Cet endroit a une licence de la ville et nous suivons tous les règlements. Nous n'avons aucun compte à rendre à la police d'état."
    "Il y a encore des lois contre le jeu et la prostitution," dit Paris. "Mais nous reviendrons à ça plus tard. Je veux voir Candy Brooks."
    "Que lui voulez-vous, inspecteur ?"
    "L'affaire Janess."
    "Que pourrait-elle avoir à faire avec ça ?"
    "Je ne sais pas. Mais je vais le découvrir."
    "Elle ne sait rien du tout de l'affaire Janess."
    "Je veux la voir quand même."
    Akima fixa ses chaussures un moment avant de répondre. "Je n'aime pas ça. Elle à un numéro à présenter dans un instant. Pourquoi n'attendriez-vous pas plus tard ?"
    "Maintenant," dit Paris. "Ca ne me prendra pas longtemps."
    "D'accord," dit Akima. "Mais elle ne sait absolument rien. Vous pouvez la voir dans mon bureau. C'est derrière, par ici."
    Paris se leva en abandonnant son verre. Le barman revint. Il saisit le verre avec deux doigts, lui adressa une grimace, et l'envoya se fracasser dans une poubelle derrière le bar."
(...)
[Traduit de l'anglais]