30 avril 2023

FILE-MOI UNE COUVERTURE (Jame Hadley Chase, 1980)


· Édition française, 1981, Gallimard ·
 

(...) Dans le hangar où plusieurs filles noires disséquaient des grenouilles (spectacle et odeurs qui me soulevèrent le cœur), je trouvai un homme de soixante-cinq ans environ qui mangeait des haricots blancs dans une boîte de conserve. Qu'on puisse manger dans cette puanteur atroce me dépassait. Mais cet homme petit, trapu, solidement bâti, à la barbe grisonnante et assez cradingue, paraissait déjeuner tranquillement. Je lui débitai ce que j'avais déjà dit à Weatherspoon. Je collectais des renseignements pour le compte d'agence. Il m’écouta pendant qu'il mangeait, puis me regarda avec des yeux gris où brillèrent une lueur de ruse propre aux pauvres.
    Ça faisait des années que je me livrais à la chasse aux renseignements, et je connaissais bien ce regard.
    
– M. Weatherspoon m'a dit que vous pourriez me fournir des tuyaux, commençai-je. Je ne les demande pas pour rien. Cinq dollars vous intéresseraient-ils ?
    – Dix dollars, ça serait mieux, répondit-il aussitôt.
    Je sortis un billet de cinq dollars de mon portefeuille et l'agitai devant sa figure.
    
– Cinq pour commencer. Voyons ce que vous avez à dire.
    Il m'arracha la coupure des doigts comme un lézard gobe une mouche. (...)

24 avril 2023

L'HOMME DE MINUIT (Francis Carco, 1938)


· Réédition, 1973, Gallimard ·

(...) Alors Jimmy fit son entrée et Jim, trois secondes plus tard, s'avança par la droite, une rose à la main. Il y avait cinq mois qu'il n'avait repris contact avec le public des Folies et, sur-le-champ, il eut la sensation qu'on l'accueillait moins chaleureusement. Ce n'était pas la froideur ni l'hostilité qui se dégageaient de cette foule encore palpitante de son dernier accès de rire, mais une certaine réserve, marquée par une soudaine, bizarre attention. Les gens devaient songer au meurtre de la mère Paul car, du haut des galeries, lorsque Jimmy s'informa stupéfait : « Eh bien donc, master Jim, où allez-vous? » une voix répondit, goguenarde :
    « Au quart ! »
    Des chut ! s'élevèrent aussitôt, mais les deux acrobates avaient compris l'allusion et ils se sentirent mal à l'aise.
(...)

23 avril 2023

HYPOTHÈSE EXTRA-TERRESTRE (Jean-Gabriel Greslé, 1994)


· Édition originale, 1994, Guy Trédaniel Éditeur ·

(...) En France, le 5 novembre 1990, se déroule en moins d'une heure une vague d'observations de structures volantes de grandes dimensions. Vers 19 heures, des triangles similaires à ceux observés en Belgique sont décrits, mais aussi des engins monstrueux, de plusieurs centaines de mètres de long, comme à Gretz-Armainvilliers, où plusieurs groupes de témoins voient comme une poutre de section triangulaire, balisée de lumières et de phares énormes, descendre à moins de 400 mètres du sol, se stabiliser en palier et changer deux fois de direction, dans un silence impressionnant. L'engin étant entré sous les yeux de deux techniciens de l'aéronautique dans un nuage bas, de faible développement vertical, dont l'altitude était connue. Il a été possible de calculer ses dimensions avec une bonne précision :
    longueur totale = 300 à 400 mètres
    section : base = 70 à 90 mètres - hauteur = 60 à 80 mètres
    Si cette structure avait été un hangar, elle aurait pu contenir sans difficulté une demi-douzaine de Boeings 747. L'équipage d'un Embraer-120 « Brasilia » en vol au-dessus du Massif Central a, quant à lui, vu un groupe de dix à douze lumières suivies de traînées brillantes, croiser sa route alors que leur avion se trouvait en palier à 25.000 pieds (7.600 mètres).
(...)

16 avril 2023

LE MEC PLUS ULTRA (Peter Randa, 1957)


· Edition originale, 1957, Fleuve Noir ·

(...) Sans en avoir l'air, je dois reconnaître qu'il m'aime beaucoup, le vieux. Je lui rappelle maman dont je suis le portrait. Ma mère, il l'a toujours placée sur un piédestal. Lorsque j'y pense, je me marre tout seul. Elle l'a vachement fait cocu. Moi j'étais au courant, lui pas. Elle s'était fait aménager un chouette petit coin pour recevoir ses amants. A Saint-Germain, dans notre propriété. Un bunker souterrain construit par les frisés sous l'occupation. Un bunker ultra secret qu'on n'a pas signalé aux autorités à la libération.
    Ma mère est morte il y a deux ans. Un accident de bagnole. Elle a percuté un arbre à cent à l'heure. Rémy Vignaud, l'acteur, était avec elle. J'ai toujours pensé que son mauvais coup de volant, elle le devait à Rémy qui l'embrassait.
    La famille, quand on prend la peine de l'examiner à froid, sans idées préconçues, ça vous blinde !
(...)

15 avril 2023

LA TERREUR INVISIBLE (Jimmy Guieu, 1968)


· Édition originale, 1968, Fleuve Noir ·

(...) A ces questions, nous pouvons aujourd'hui répondre par l'affirmative et reprendre la phrase de Pauwels et Bergier : « un porte s'est ouverte sur autre chose, de façon bruyante et visible » ! Ouverte sur les puissances maléfiques qui répandent la souffrance et risquent de transformer notre globe en une gigantesque géhenne, cette porte, il faut tout tenter pour la refermer..., après avoir repoussé l'invasion des Supérieurs Inconnus. En aurons-nous les moyens ? La parole est désormais à la Science. Et si celle-ci a pu, pendant plus de vingt ans, museler la vérité à propos des soucoupes volantes, aujourd'hui, le péril est parmi nous ; il ne saurait être question – au prix même de sa survie, de notre survie à tous – qu'elle adopte la même attitude négative envers la « terreur invisible » ! (...)

04 avril 2023

PAS UNE POUR RACHETER L'AUTRE (Jean Bruce, 1952)


· Edition originale, 1952, Fleuve Noir ·

(...) Je me mordis les lèvres. J'avais complètement oublié ce foutu collier. Lorsque Tony me l'avait remis, je l'avais glissé dans la poche de mon pyjama. Y était-il encore ? J'étais incapable de le dire. Il y avait eu cette séance d'amour avec Rose, puis ma retraite précipitée devant l'arrivée du mari, enfin la découverte de la pendue dans le garage. Tout cela m'avait fait oublier le collier. (...)

31 mars 2023

SAN-ANTONIO POLKA ( Frédéric Dard, 1963)


· Réédition, 1969, Fleuve Noir ·

(...) Je reprends mes prouesses amygdaliennes là où je les ai laissées. Elles ne semblent pas déplaire à la môme Lydia, bien au contraire. La voilà qui se plaque contre moi, qui m'étreint, qui me chevauche, qui me comprime, qui m'exprime, qui s'incruste, qui s'insinue, qui s'empare, qui ne désempare pas, qui promet, qui tient, qui tient bien, qui n'y tient plus, qui se dit que deux tu les as vaut mieux qu'un tien tu l'auras... (...)

30 mars 2023

THE AFFAIRS OF PAULA (Hank Janson, 1965)


· Édition originale, 1965, Gold Star Books
·

(...) Je me retournai. Avec désintérêt, je me demandais si elle avait l'intention de me tirer dans le dos. Si telle avait été son intention, je n'aurais pas levé le petit doigt pour l'en empêcher. Parce qu'en plus d'être dépourvu d'émotions, je me sentais épuisé et les membres comme du plomb. (...)
[Traduit de l'anglais]

29 mars 2023

L'ORIENT BARBARE (Hérodote, 445 av. J.-C.)


· Traduction de Larcher (1802), 1966, Calmann-Lévy ·

(...) Si le roi des Scythes tombe malade, il envoie chercher trois des plus célèbres d'entre ces devins, qui exercent leur art de la manière que nous avons dite. Ils lui répondent ordinairement qu'un tel ou un tel, dont ils disent en même temps le nom, a fait un faux serment, en jurant par les foyers du palais. Les Scythes en effet, jurent assez ordinairement par les foyers du palais, quand ils veulent faire le plus grand de tous les serments.
    Aussitôt on saisit l'accusé, l'un d'un côté, l'autre de l'autre; quand on l'a amené, ils lui déclarent que par l'art de la divination, ils sont sûrs qu'il a fait un faux serment en jurant par les foyers du palais, et qu'ainsi il est la cause de la maladie du roi. Si l'accusé nie le crime et s'indigne qu'on ait pu le lui imputer, le roi fait venir le double d'autres devins. Si ceux-ci le convainquent aussi de parjure par les règles de la divination, on lui tranche sur-le-champ la tête, et ses biens sont confisqués au profit des premiers devins. Si les devins, que le roi a mandés en second lieu, le déclarent innocent, on en fait venir d'autres, et puis d'autres encore; et, s'il est déchargé de l'accusation par le plus grand nombre, la sentence qui l'absout est l'arrêt de mort des premiers devins. (...)

LAZARE N° 7 (Richard Sale, 1942)


· Édition française, 1950, Gallimard ·
 

(...) Il y avait un table d'opération, des vitrines pleines d'instruments de chirurgie, des produits chimiques bien rangés sur des étagères, une table de laboratoire chargée de cornues, de tubes, de brûleurs à gaz et enfin une grosse centrifugeuse qu'il appelait G. On aurait dit un de ces appareils sur les lesquels s'entraînent les aviateurs, un de ces appareils sans ailes qu'on pilote comme un avion, auxquels on peut faire faire tout ce que fait un avion, mais qui ne quittent jamais leur support. Au centre de cet appareil était fixée une table équipée de lanières. Je lui demandai des explications.
    – Je me sers de G pour faire repartir la circulation. On ne peut pas compter sur un cœur qui a cessé de battre. L'adrénaline ne suffit pas. Il faut une poussée du sang dans les artères pour ranimer le cœur. Cette machine tourne sur elle-même à toute vitesse, à un maximum de 1.500 tours par minutes. Je ne vais pas jusque-là, naturellement, mais la machine remet le sang en circulation. Un autre jour, je vous expliquerai le mécanisme en détail. Pour Lazare numéro 7, vous viendrez peut-être chez moi et vous verrez vous-même. (...)